‹ Raphaël et la FarnésineChapitre 7 sur 14 · Dialogues des Dieux marins : premier dialogue · texte numérisé non relu

Dialogues des Dieux marins : premier dialogue

figure une Galntêe, et le passage est trop capital pour que nous manquions à le reproduire ici :

«( Ces moissonneurs et ces vendangeurs que tu vois, mon enfant, n'ont fait ni semailles ni plantations ; le sol de lui-même produit pour eux la vigne et les moissons. Ce sont en effet des cyclopes, pour lesquels, comme le veulent les poètes, je ne sais pour quel motif, la terre est fertile sans culture. La terre a donc feit d'eux des pasteurs en nourrissant leurs troupeaux, dont le lait leur sert de boisson et d'aliment. Us n'ont ni place publique, ni un lieu pour délibérer, ni demeures privées ; ils habitent les cavités des montagnes. Négligeant tous les autres, considère en cet endroit le plus sauvage d'entre eux, Polyphème, fils de Poséidon ; son unique sourcil dessine un arc sur son œil unique; son nez aplati descend sur sa lèvre. Voilà le monstre qui dévore les hommes comme un lion féroce; mais en ce moment il ne songe point à un tel repas, ne voulant paraître ni vorace ni odieux ; car il aime Galatée, qui prend ses ébats dans cette mer et la contemple du haut de la montagne. La syrinx est encore sous son bras; immobile, il chante à la manière des pasteurs que Galatée est blanche et fière, et plus douce que le raisin, et que pour Galatée il élève des faons et de petits ours. Il chante ainsi sous une yeuse et, pendant ce temps, ne sait ni où paissent ses brebis, ni combien elles sont, ni où est la terre. Le peintre lui a conservé l'aspect sauvage et terrible ; il secoue une chevelure épaisse et droite comme un pin ; ses mâchoires voraces découvrent des dents aiguës ; sa poitrine, son ventre, ses bras jusqu'aux ongles, tout est velu. Il veut prendre une tendre expression conforme à son amour, mais son regard a quelque chose de sauvage et de sournois comme celui des bêtes féroces, quand elles cèdent à la nécessité. Galatée, de son côté, se joue noblement sur les flots, menant son attelage de quatre dauphins unis par les mêmes sentiments comme par le même joug et que dirigent, à l'aide d'un frein, les filles de Triton, servantes do Galatée, pour prévenir toute incartade de leur part, toute rébellion contre les rênes. Au-dessus de sa tête, elle déploie au souiïle du zéphir une étoffe légère couleur de pourpre, qui lui donne de l'ombre, sert de voile au char, éclaire son front et sa tête d'un reflet

charmant, moins charmant cependant que l'incarnat de ses jones. Ses cheveux ne flottent pas au gr6 du vent; chargés d'eau, ils déncnt les efforts du zéphir. Le coude droit est on saillie et l'avant-bras, d'une éclatante blancheur, s'incline au point que les doigts reposent sur l'épaule délicate de Galatée. Les bras ont do molles rondeurs, les soins ont de la fermeté, le genou même a sa grâce. Le pied, d'une délicatesse conforme à la beauté de l'ensemble, pose sur la mer et l'edleure comme pour servir de gouvernail au char. Les yeux sont une merveille ; leurs regards, comme perdus dans l'espace, semblent atteindre les dernières limites de la mer'. »

Tel est le sujet que l'aïuiquité fournissait à Raphaël.

Théocrite avait été imprime pour la première fois à Milan en l/iSO. Ovide avait paru j)()ur la première fois à Bologne et à Rome en 1Û71 ; en 1502, à Venise, les Aide l'avaient réimpiimé. Les manuscrits de Lucien, apportés en lâl5 par le Sicilien Aurispa, avaient é(é imprimés en 1496. Quant à Philostrate, ce fut en 1517 qu'il parut; à cette date, la fresque de Galatée était terminée; mais assurément alors il était connu déjà de lettrés comme Politien, Bembo, Sadolet: le rapprochement de l'œuvre de Raphaël avec la description de Philostrate ne peut guère laisser de doute à cet égard. Pour de bonnes raisons, Raphaël ne vit aucune des peintures antiques qui avaient célébré Galatée; mais ses amis, les érudits latinisants et hellénistes, lui traduisaient Théocrite, et Lucien et Philostrate, aussi bien qu'Ovide : ce furent eux, on peut en être certain, qui lui inspirèrent la pensée d'illustrer un tel sujet sur les murailles de la Farnésine.

Mais voici ce qui est bien de Raphaël et ce qui fait son éternelle gloire : c'est la façon dont il va traiter ce sujet. Où les poètes et les

\. Description d'une galerie de tableaux pir l'Iiiloxlrale, liv. II, cliap. xvm : le Cyclope. Traduction do M. Bougaud.

peintres anciens, venus en un temps où l'intelligence des mythes glorieux de la vieille Hellade avait presque entièrement disparu, n'avaient trouvé que des thèmes gracieux ou délicats, des prétextes à déclamation poétique, des occasions de montrer leur bel esprit, Raphaël va rencontrer la plus haute inspiration. C'est surtout aujourd'hui que les fouilles ont fait surgir du sol les Galatées des peintres campaniens que l'on voit de combien Raphaël leur est supérieur. Ce fils de l'Italie et de la Renaissance a possédé le sentiment de la mythologie antique en un degré oîi les peintres de l'époque gréco-romaine ne le possédaient plus. C'est lui et non pas eux qui est le vrai fils, l'héritier légitime de la Grèce. Son âme méditative, sincère, éprise uniquement de la beauté, est entrée en communication intime, en communion profonde avec le génie de l'antiquité.

Il se met en face de ce sujet de Galatée, et aussitôt pour lui le sujet s'agrandit, s'ennobUt, s'élève. De ce qui n'a été jusqu'à lui qu'un motif ingénieux pour des décorations, pour des peintures de genre, il tirera l'œuvre la plus sereine, la plus digne du grand art. La grâce un peu maniérée de Théocrite, la déclamation d'Ovide, le bel esprit de Lucien, il semble qu'il n'en ait même pas été effleuré. Avec lui, Galatée remonte aux plus beaux temps de la Grèce ; on dirait que c'est non pas Théocrite ou Ovide qu'il illustre ou Philostrate qui l'inspire, mais le grand Homère lui-même. Que l'on compare la Galatée de la Farnésine aux fresques exécutées plus tard sur le même sujet dans le palais Farnèse par ce merveilleux décorateur appelé Annibal Carrache, c'est alors que l'on verra combien était haute l'inspiration de Raphaël, combien noble et profonde son émotion d'artiste.

Par une belle après-midi de printemps, sur la mer calme et bleue, sous le soleil radieux, sous le ciel serein, Galatée se promène sur les flots, son empire. Une large coquille lui sert de char, de gais dauphins la trahient. Elle, debout, tenant d'une main distraite les rênes qui guident son docile attelage, appuyée sur un pied, jeune, droite et fière, les regards levés vers le ciel, glisse sur les (lots légers qui se courbent. Il est là quelque part sans doute assis sur un rocher, le Cyclope qui l'aime,

absorbé dans l'adoration que lui cause celte vision. Elle n'y prend même pas garde. Elle est la beauté souveraine qui passe, se sentant belle souverainement ; elle est la splendeur radieuse et triomphante, l'apparition de l'idéal qui se laisse voir et admirer un moment des yeux mortels. Une draperie de pourpre l'enveloppe à demi, et tantôt voile, tantôt découvre ses formes éblouissantes de jeunesse robuste et de pureté sculpturale. Le léger zépliir ici presse contre elle, là, fait flotter dans l'air les plis de son manteau : il se joue dans les flots de la blonde chevelure dénouée qui pend derrière sa nuque.

Est-elle simplement Galatée la Néréide? N'est-cllo pas plutôt Anij)hitrite elle-même, la reine des Néréides? N'est-elle pas plutôt encore Aphrodite, fille de la mer, descendue de l'Olympe pour se promener une heure sur les flots dont elle est sortie? Elle est bien une reine qui parcourt son empire, elle est bien l'immortelle déesse habitante de l'Olympe. Autour d'elle elle sème, elle enfante partout la jeunesse dont elle rayonne, la joie, l'amour, la vie. A ses pieds un adorable amour couché sur le dos, ramassé dans une draperie rose comme en un berceau, a saisi l'extrémité de l'une des rênes dont les dauphins sont attachés; il se fait lui aussi traîner en souriant. Alentour, des Tritons et des Néréides jouent parmi les vagues et se tiennent embrassés. Dans le ciel, où montent de légères vapeurs blanchâtres, d'autres amours non moins adorables glissent, soutenus par leurs ailes : joyeux, ils tendent leurs arcs et lancent leurs flèches.

Des critiques animés des meilleures intentions ont voulu voir dans cette peinture un chant mystique en l'honneur du spiritualisme chrétien. Us ont opposé Galatée aux Néréides qui l'environnent et qu'entraîne la volupté : ils ont trouvé dans les yeux de Galatée la douleur. Le triomphe de l'âme sur les sens, de l'esprit sur la matière, l'âme purifiée par la souffrance aspirant à remonter au ciel sa vraie patrie, voilà pour eux le sens du Triomphe de Galatée. Ah ! qu'une si ingénieuse et pieuse explication eût surpris Raphaël ! 11 ne pensait guère assurément ni à la philosophie spiritualiste ni aux mystères chrétiens lorsqu'il composait son œuvre: et où donc est-elle, de grâce, dans la sereine et superbe figure de Galatée, cette mélancolie, cette douleur dont on nous parle ? Ce jour-là,

Raphaël Saïuio pmx

T de Mare se

PSYCHE RAPPORTE DES ENFERS LE VASE DE L'IMMORTALITE ( Fresque du Palais de laFarnésine, àRome )

Ga^eUe des Beaux- Arts Imp Ch Chardon

Raphaël fut païen, uniquement païen, païen comme l'avaient été un Phidias ou un Praxitèle, — et c'est bien assez pour sa gloire. Galatéc, c'est l'hymne merveilleux chanté par un grand artiste en l'honneur de la beauté superbe et radieuse, de la beauté triomphante, la Vénus victorieuse, la Vénus IJranie d'où vient sur la terre tout ce qui est force, tout ce qui est joie, tout ce qui est amour. Elle se montre, et l'air est doux, la brise légère, le ciel pur, la mer sereine ; tout ici-bas la célèbre et lui sourit : elle se montre, et il lui suffit d'apparaître en sa glorieuse sérénité pour répandre autour d'elle, comme à pleines mains, le bonheur, la fécondité, la vie. N'est-ce pas là la conception antique elle-même dans son naturalisme si puissant et si chaste à la fois? Et, si l'on voulait un commentaire à la peinture de Raphaël, où le trouver, sinon dans les vers d'un des plus grands poètes de l'antiquité, dans le chant triomphal en l'honneur de Vénus par lequel s'ouvre le poème de Lucrèce ?

iEaeadum genitrix, hominum divumque voluptas, Aima Venus, cœli subter labenlia signa Quae mare navigerum, quœ terras frugifei entes,' Concélébras; per te quoniam genusomne animantum Concipilur, visitque exorlum hiinina solis : Te, dea, te fugiunt venti, to nubila cœli, Adventumque tuum : tibi suaves dœdala tellus Summittit flores; tibi rident aequora ponti, Placatumque nitet diffuso lumine cœlum.

On peut se rappeler ces vers admirables devant la fresque de Raphaël , sans que ce souvenir lui fasse tort. Quel éloge plus grand faire de l'artiste de la Renaissance? Celui-là même qui, dans la Dispute du saint Sacrement, dans ses Vierges, avait été pénétré si profondément du sentiment chrétien, qui allait exprimer si bien, dans ses cartons des Loges ou des tapisseries du Vatican, la poésie sévère de la Bible ou des Actes des Apôtres, prend une légende de la décadence païenne et il la relève aussitôt : il lui rend aussitôt la poésie, la grandeur, la majesté de la conception antique. Lucrèce ou Virgile eût admiré la Gnlatée comme nous l'admirons. Quel Grec contemporain de Périclès ne l'eût jugée digne de

^l^ RAPHAËL ET LA FARNÉSINE.

décorer un temple ? Ce n'est pas à rautour qu'Apellc eût dit : « Ne pouvant la faire belle, tu la fais riche. »

Il faut être absolument sincère, même en présence des œuvres que l'on admire le plus, en présence de celles-là surtout. 11 y a plus d'une réserve à faire sur la GalaUc. Si la composition en est incomparable et donne, chose si rare même dans les plus belles productions de l'art, l'impression de la perfection, il n'en est malheureusement pas de même de l'exécution. Plus de trois siècles et demi ont passé sur la Galalce; la fresque que nous voyons n'est plus celle qu'ont vue les contemporains. Par endroits, l'enduit s'est fendu ; ailleurs il s'est écaillé. Le côté gauche du tableau a particulièrement souiïert; l'humidité a fait son œuvre; la draperie de pourpre a , çà et là , pris d'affreuses teintes violacées. Le visage, les épaules, la poitrine de Galatée ont subi les injures du temps : quelque maladroit a dû repeindre le genou, dont la rotule est si dure et si déplaisante à voir. Telle est la condition de la peinture ; elle n'a point la durée pour elle. Que restera-t-il, dans mille ans seulement, de toutes les merveilles de la Renaissance ?

Mais, à côté de la part du temps, il en est une autre qu'il faut faire. Si toute la partie supérieure de la Galatée est d'une harmonie, d'une puissance et d'un charme qui ne redoutent aucun parallèle, que dire de la partie inférieure, si l'on excepte l'adorable enfant qui joue au pied de Galatée, mollement bercé sur sa draperie couleur de rose ? Que dire des deux Néréides et des Tritons qui les portent ? Quoi de plus disgracieux que la draperie jaune, la bandelette orange jetée dans les cheveux de la Néréide de gauche ? Quoi de plus affreux que les nageoires et la croupe verdâtre, d'un vert criard et faux, des Tritons ? Il n'y a ni souplesse, ni grâce, ni vie dans les corps de femmes; un abominable ton de cuivre a envahi leur torse et jusqu'à leur visage ; il leur ôte toute délicatesse et

toute grâce. Les Tritons sont plus affreux encore. Le pain d'épice et le chocolat possèdent seuls cette hideuse teinte marron dont le peintre les a revêtus.

Dire que les tons ont changé à ce point depuis trois siècles, c'est se payer d'une raison trop commode et trop hypothétique ; rejeter la faute sur les disciples par lesquels Raphaël a pu se faire aider, ici comme en tant d'autres de ses ouvrages, sur le Rosso ou sur Jules Romain, c'est donner au maître la partie trop belle : il serait trop injuste de faire sans cesse et partout deux parts : l'éloge qui reviendrait toujours de droit à Raphaël, la critique qui de droit serait toujours réservée à ses collaborateurs. Non, c'est bien à Raphaël lui-même que doit s'adresser notre critique : qu'il ait fait lui-même ou non ce qui nous déplaît, il ne l'eût point accepté dans une œuvre à laquelle il attachait l'importance de celle-ci, une œuvre étudiée et exécutée avec amour, s'il n'en eût été satisfait. Ces verts, ces jaunes, ces chocolats, il les a sans doute bien réellement voulus.

Toute sa vie les verts et les jaunes lui ont joué de méchants tours. On retrouve ces verts criards et blessants dans la Messe de Bolscne, dans Vlléliodore, dnns les Cartons des tapisseries; on relrouve ces jaunes violents dans les mêmes peintures, dans les mêmes cartons, dans les Sibylles de l'église délia Pace. Autant Raphaël a compris les harmonies du blanc, du rouge, du noir, autant lui ont échappé presque toujours les harmonies du vert et du jaune, — j'ajouterai du bleu ou du violet. Il y avait là certainement quelque chose qui manquait à son œil. Ce quelque chose a manqué cà plus d'un Italien. A combien d'Italiens, de Romains surtout, ne manque-t-il pas encore aujourd'hui ? Qui s'est promené une aprèsm'di sur le Pincio, à l'heure de la musique, sans être frappé du goût déplorable des femmes de Rome pour le jaune, plus encore pour le vert qui leur va si mal !

RAPHAiiL ET LA FARNÉSINE.

Celte première fresque delaGalatée en appelait d'aut'-es. C'est comme le premier chapitre d'un livre dont la suite n'a pas été écrite. A côté du panneau où se montre à nos yeux Galatée triomphante, d'autres panneaux vides semblent attendre dos peintures qui ne sont pas venues. Il s'est trouvé un audacieux, parmi les contemporains mêmes, pour essayer de remplir l'un de ces panneaux. L'intention de Raphaël, au moment où il abordait le principal sujet, était-elle de continuer la série et d'illustrer dans la salle de la Farnésine toute la légende de Galatée? On n'en saurait guère douter, quand on connaît les habitudes de la peinture italienne, alors même que nous n'aurions pas sur ce point l'intéressant témoignage de Politien.

Cependant ce projet ne fut pas mis à exécution. Il ne s'est pas conservé, parmi les innombrables dessins de Raphaël, seulement une esquisse qui nous apprenne comment il comptait traiter les autres parties de son sujet. Il était déjà occupé de bien des travaux, on l'a vu, au moment où il peignait la Galatée, et chaque jour allait , selon sa propre expression, mettre encore, durant les courtes années qui lui restaient à vivre, un fardeau nouveau sur ses épaules. Peut-être déjà l'histoire de Psyché l'avait-elle attiré, et ce nouvel enthousiasme le possédait-il tout entier. S'il en est ainsi nous n'avons rien à regretter.

Ce qui est plus vraisemblable, c'est qu'il se détacha de lui-même et sans effort. Dans la Psyché telle qu'il la comprit, il allait trouver l'Olympe tout entier, avec ses dieux et ses déesses, tous harmonieux et superbes, exprimant les types différents de la beauté et de la force humaine, mais tous les fils et les filles du ciel. La légende de Galatée, même agrandie et élargie, ne se prêtait point à un semblable développement. Trois acteurs seulement y ont place ; Galatée, Acis et le Cyclope. On voit bien quelle admirable peinture eût pu faire Raphaël d'Acis et de Galatée. Mais quoi !

il fallait bien l'aborder, cette triste physionomie de Polyphème, avec son œil unique, son corps velu, son effroyable sauvagerie ! Il n'est pas téméraire de penser que ce fut devant cette tâche surtout que Raphaël recula. Tout en lui répugnait à la simple laideur, à la difformité plus encore. Son imagination ne se plaisait que parmi les formes élégantes et harmonieuses. Il tourna et retourna sans doute en lui-même cette apparition du monstre horrible; il n'arriva point à surmonter l'horreur qu'elle lui inspirait.

Il avait été droit d'abord à cette vision de Galatée triomphante qui l'avait fasciné ; il l'avait vue surgir devant ses yeux enchantés en lisant la description de Philostrate ; il l'avait vue apparaître plus nettement encore dans les vers de Théocrite : « La blanche Galatée court légère sur le flot limpide qui vient avec un doux murmure expirer sur le rivage ». Il avait réalisé cette vision ; que lui fallait-il de plus? N'avait-il pas tiré de cette légende tout ce qu'elle pouvait fournir dont se pût inspirer son génie ? Le reste lui importait peu ; et que nous importe le reste, à nous aussi? Laissons à leur sort le pauvre Acis et Polyphème. Ne reprochons pas à Raphaël d'en être demeuré là. Tout ce qu'il avait à dire, il l'avait dit.

Page 1