‹ Raphaël (volume 2)Chapitre 13 sur 100 · LE LIVRE D'ESQUISSES DE VENISE · texte numérisé non relu

LE LIVRE D'ESQUISSES DE VENISE

déchirant le lion; puis viennent des anges et des génies, des études d'après les maîtres ; des caricatures imitées de celles de Léonard, alternant avec d'adorables têtes de jeunes filles, etc.

L'origine et la destination du recueil expliquent cette diversité, en même temps que l'irrégularité de la facture. Raphaël a évidemment voulu faire provision, dans un album de voyage, de notes dont il pourrait se servir dans ses compositions ultérieures. Plus d'une fois, pressé ou fatigué, il a dû se borner à indiquer en quelques traits l'objet dont il désirait fixer le souvenir; d'autres fois il a eu le loisir de faire des esquisses très poussées. Qu'on ne l'oublie pas, d'ailleurs, un intervalle de dix ans peut-être sépare les premiers feuillets des derniers. Pendant ce temps, Raphaël avait marché à pas de géant. De l'interprétation la plus timide, du besoin d'exactitude le plus scrupuleux, il passe rapidement à une facture libre et mouvementée ; bientôt il sacrifie le détail pour ne s'attacher qu'aux grandes lignes, et ces lignes, tracées d'une main rapide, acquièrent à leur tour, avec le temps, une vie et une puissance extraordinaires. Si d'aucuns sont tentés de se montrer sévères pour ces premiers essais, ils pourront s'autoriser de l'exemple même du maître. Quel sentiment de pitié ne dut-il pas éprouver dans la suite en comparant les premiers feuillets de l'album aux derniers!

LA VIERGE DE TERRANUOVA (Musée de Berlin.)

ETUDE DE RAPHAËL POUR LA FRESQUE DE P1NTURICCHIO : DEPART D .ENEAS SVLVIUS

(Musée des Offices.)

Premières Productions originales de Raphaël. — Travaux à Pérouse et à Città di Castello.

Madones et Saintes Familles.

orsque le Pérugin retourna en Toscane, Raphaël avait dix-neuf ans ; il était donc d'âge à s'essayer dans des travaux personnels, et à affronter ^— yl directement la critique. Le maître, accablé de commandes, fut heureux

de pouvoir faire profiter l'élève de la faveur qui s'attachait à la manière si justement appelée péruginesque; nul doute qu'il ne l'ait recommandé (avec un empressement d'autant plus grand qu'il était désintéressé) à ses amis et protecteurs ombriens. L'Ombrie était devenue pour Raphaël comme une seconde patrie. Si l'artiste se laissa subjuguer avec tant de complaisance par la beauté de ses sites, par le doux mysticisme de sa population, en revanche, ses nouveaux concitoyens ne ménagèrent pas leurs sympathies au plus brillant des disciples de Pietro Vannucci. C'est grâce à leur libéralité, mêlée de dévotion, qu'il put exécuter quelques-uns de ses tableaux le plus justement admirés. Ces encouragements étaient nécessaires pour préserver l'adolescent de l'isolement, des incertitudes, des luttes de toute sorte auxquels le condamnait le départ de son maître. Raphaël ne fut pas ingrat. Jusqu'au moment de son établissement à Rome, en 1 5o8, nous le trouvons à chaque instant au milieu de ses chères montagnes ombriennes.

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