LA MADONE DE FOLIGNO
(Pinacothèque du Vatican.)
beauté des ligures, la liberté des mouvements, enfin par ce coloris dont la puissance éclate même dans le voisinage des Velasquez et des Murillo!
Des torrents d'encre ont coulé sur la signification de la Vierge au poisson. L'explication donnée par le biographe de Raphaël, l'excellent Passavant, est, somme toute, la plus satisfaisante : les maux d'yeux étant très fréquents à Naples, on avait érigé une chapelle particulière, où les personnes atteintes de ce mal allaient prier. La Madone de Raphaël était destinée à cette chapelle; il est donc naturel que l'artiste ait introduit dans la composition le jeune Tobie portant le poisson, instrument de la guérison de son père. Quant à saint Jérôme, peut-être a-t-il pris place dans la composition parce que, traduisant le premier le livre de Tobie, il a contribué à l'incorporer dans la Bible.
La seule fresque que Raphaël ait exécutée sous Jules II pour un particulier, Ylsate de l'église Saint-Augustin, lui fut commandée par le Luxembourgeois Jean Goritz, avec lequel nous avons déjà eu l'occasion de faire connaissance. On raconte à ce sujet une histoire curieuse : « Bramante, qui avait les clefs de la chapelle Sixtine, y introduisit son ami Raphaël, afin de le mettre à même d'étudier le style de Michel-Ange.. Aussitôt Raphaël de recommencer le Prophète Isaïe, qu'il avait déjà terminé dans l'église Saint-Augustin. Dans cette peinture, il prouve combien la vue de l'œuvre de Michel-Ange avait agrandi et ennobli son stylé. Michel-Ange, à son retour, en voyant l'ouvrage de son rival, pensa, et il avait raison, que Bramante avait agi ainsi pour augmenter la gloire de Raphaël. » Qu'y a-t-il de vrai dans cette historiette, je l'ignore. Ce qui est certain, c'est que Ylsate se ressent singulièrement de l'influence de Michel-Ange, si tant est que les restaurations auxquelles la fresque a été soumise, dès le XVIe siècle, permettent encore de juger de son caractère.
Les qualités déployées par Raphaël dans ses portraits florentins, sa facilité à saisir le caractère physique et moral de ses modèles, à le fixer dans des images également parfaites au point de vue de la vérité et à celui du style, semblaient devoir lui attirer de nombreuses commandes de la part des dignitaires de la cour pontificale, d'ordinaire si désireux de transmettre leurs traits à la postérité (sage précaution, en vérité, de la part de ces hommes sans descendance, quelquefois même sans famille, que de s'occuper eux-mêmes du soin de leur mémoire). Le nombre des portraits que Raphaël peignit à Rome est cependant très restreint. On dirait que l'artiste, d'ordinaire si obligeant, voulait réserver cette haute faveur, soit à ses souverains, soit à ses amis les plus intimes. Il serait, en effet, difficile de citer, en dehors du Violoniste et du jeune homme du Louvre, un seul étranger auquel il ait fait l'honneur de le pourtraire : Jules II, le duc François- Marie, Frédéric de Mantoue, Léon X, Julien et Laurent de Médicis, Jeanne d'Aragon, étaient, soit ses maîtres, soit les alliés de ses maîtres; Bindo Altoviti, Inghirami, Bibbiena, Beazzano, Navagero, Tebaldeo, Castiglione et la prétendue