‹ Raphaël (volume 2)Chapitre 86 sur 100 · MINI E CECILE · texte numérisé non relu

MINI E CECILE

(Pinacothèque de Bologne.)

SAINTE CECILE (Fac-similé de la gravure de Marc-Antoine.)

plus à pardonner, mais à juger et à condamner. Au-dessous du couple divin, lui offrant son hommage et participant de sa gloire, planent le pape saint Sixte et sainte Barbe : l'un, vieillard aux traits graves, presque rudes, avec sa barbe inculte, son riche manteau de brocart; la tiare négligemment posée au-dessous de lui, personnification admirable du chrétien des premiers siècles, également prêt pour le combat et pour le martyre; l'autre, type inimitable de grâce, de modestie et de ferveur. Par un de ces contrastes dramatiques qui abondent dans l'œuvre de Raphaël, la sainte baisse les yeux, tandis que son compagnon les lève. Cette sainte, cependant, a des origines profanes : qu'on la compare à la nymphe qui, dans le Triomphe de Galatée, se laisse embrasser, un peu trop facilement, par le Triton joufflu, le doute n'est pas possible; le même modèle a servi pour les deux. Tours de force où seul un Raphaël pouvait triompher.

L'impression produite par la Vierge de Saint Sixte est de celles qui ne s'analysent point. Renonçant à éblouir par sa science du dessin, son entente merveilleuse de l'ordonnance, dédaigneux de tout artifice technique et de toute mise en scène, Raphaël n'a voulu laisser parler que ses facultés sensitives et subordonner l'artiste au croyant. De là l'originalité profonde de la composition, qui ne ressemble à aucune autre, sa portée extraordinaire et ce mélange mystérieux, fascinateur, d'émotion humaine, de splendeur divine et d'échappées sur l'infini. Une telle page est plus qu'un miracle de l'art, digne de fixer à jamais l'admiration de tout esprit amoureux du beau : c'est un éternel encouragement aux sentiments qui élèvent et honorent le plus l'humanité, un auxiliaire inappréciable pour l'œuvre de la civilisation.

Ces idées de triomphe, d'apothéose, qui constituent le caractère dominant des Madones de la période romaine, nous les retrouvons dans les représentations du Père éternel, du Christ, des saints. Le spectacle de la lutte et de la souffrance ne s'offre que rarement à nos yeux. En dehors du Portement de croix, de la Descente de croix et de la Pielii, Raphaël ne s'est plus attaché, dans ses dernières années, qu'à exprimer la grandeur de Jéhovah (Loges, mosaïques de la chapelle Chigi, Vision d'Éfécbiel, fresques de la Magliana), la gloire du Christ, que nous voyons tantôt trôner sur les nuages, comme dans les Cinq Saints, tantôt, comme dans la Transfiguration, rayonner d'une lumière surnaturelle. La glorification des martyrs complète cet ensemble si brillant, qui répondait également aux aspirations de l'artiste et aux besoins de son entourage, aux besoins d'une cour avide de pompe et d'éclat.

Par ses dimensions, le tableau connu sous le titre de Vision d'Éçéchiel (quoiqu'il ne soit inspiré que fort indirectement du texte du prophète) ressemble à une miniature; par son style, il rivalise avec les fresques les plus grandioses de Raphaël. Assis sur un aigle, comme un Jupiter Olympien, Jéhovah, le regard inspiré, la poitrine nue, les cheveux et la barbe flottant au vent, étend les bras pour bénir le monde. Deux anges l'accompagnent et le soutiennent, comme

LES CINQ SAINTS (Fac-siir.ilé de la gravure de Marc-Antoine.

dans les peintures du plafond de la Sixtine. Le lion et le taureau, couchés sur les nuages, lèvent leurs regards vers leur créateur et le contemplent avec une

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