LE VIOLONISTE
(Collection du baron Alphonse Je- Rothschild.)
LA TRANSFIGURATION. 3io
de Raphaël. Aussi les meilleurs experts considèrent-ils la « Donna velata » comme une production de l'École de Bologne, inspirée, il est vrai, d'un original de Raphaël.
Des doutes non moins graves se sont élevés sur l'authenticité du prétendu portrait de Raphaël et de son maître d'armes, au Louvre. On a successivement mis en avant les noms de Sebastiano del Piombo et de Pontormo. Mais le problème attend encore sa solution. Ce qui est certain, c'est que le personnage représenté n'est pas Raphaël.
Dans le dernier de ses tableaux, dans celui que l'on peut considérer comme son testament artistique, Raphaël nous ramène à l'histoire du Christ. On sait comment la Transfiguration a pris naissance. Voulant donner à la ville de Narbonne, dont François Ie'' l'avait fait nommer évêque, des marques de sa piété et de sa magnificence, le cardinal de Médicis commanda, en Ô17, deux retables destinés à la cathédrale de la vieille cité gauloise; il confia l'un à Raphaël, l'autre à Sébastien de Venise. Se proposait-il par là d'ouvrir une sorte de concours entre ces deux maîtres, ou bien les choisit-il uniquement parce que leurs noms s'imposaient à lui? Problème difficile à résoudre. Ce qui est certain, c'est que les contemporains ont vu, dans le choix fait par le cardinal, le désir de mettre aux prises les deux représentants les plus éminents que la peinture comptât alors à Rome. L'ambitieux Sébastien ne pouvait que propager cette croyance, car il avait tout intérêt à se poser en rival de Raphaël. Sa correspondance montre combien les préoccupations qu'il apporta dans cette lutte étaient étrangères à l'art : elle révèle toute la bassesse de ses sentiments, toute l'audace de ses intrigues.
Le tableau commandé à Sébastien devait représenter la Résurrection de Lazare. Des recherches récentes ont mis hors de doute un fait que les contemporains de Raphaël ont passé sous silence, et qui éclaire d'une lumière nouvelle l'histoire de cette lutte mémorable. Raphaël avait d'abord choisi, comme sujet de son retable, la Résurrection du Christ, c'est-à-dire le pendant de la Résurrection de Lazare; ce n'est qu'après coup qu'il lui substitua la Transfiguration. En rapprochant les uns des autres une série de dessins conservés dans les collections de Lille, d'Oxford, de Windsor, etc., on a prouvé que Raphaël travaillait, en i5iq et iÔ20, à la composition d'un grand tableau, divisé, comme la Transfiguration, en deux parties : en haut, le Christ dans une gloire d'anges; en bas, les gardiens du tombeau, réveillés en sursaut, éblouis par la clarté surnaturelle qui tombe sur eux. Un ange, assis sur le sarcophage, aux formes classiques, qui a servi de sépulture, montre le divin supplicié montant au ciel : cette figure sert à relier les deux scènes et à donner à l'ordonnance l'unité à laquelle le maître attachait un si grand prix. Ne nous séparons pas de ces esquisses sans dire combien la facture est hâtive, sommaire, combien les attitudes sont violentes, presque déclamatoires. Cette tendance éclate surtout dans les figures des
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gardiens du tombeau, dont les raccourcis, d'une extrême hardiesse, rappellent le Diogène de l'École d'Athènes et témoignent de l'influence de jour en jour croissante de Michel-Ange. Quelque quinze ans auparavant, Raphaël avait traité le même motif dans des dessins également conservés à Oxford; en les comparant les uns aux autres, on est tenté de croire qu'ils ne sont pas de
LA il DONNA VELATA S •(Galerie I'itii.)
la même main, qu'un siècle les sépare, et, plus qu'un siècle, une révolution. Revenons à la Transfiguration. — On ignore les motifs qui ont déterminé Raphaël à la substituer à la Résurrection. Quoi qu'il en soit, l'artiste, à qui ces tâtonnements avaient pris beaucoup de temps (une bonne partie de l'année l5l8 s'écoula sans qu'il eût commencé le tableau), ne négligea rien pour imprimer à son ouvrage le sceau de la perfection. De nombreux dessins, conservés dans les collections de l'Angleterre et du continent, montrent avec quelle ardeur il étudia chaque groupe, chaque ligure. Comme dans ses premières années, nous le voyons