‹ Raphaël (volume 2)Chapitre 93 sur 100 · ETUDE DE TETE · texte numérisé non relu

ETUDE DE TETE

(Académie de Venise.)

ETUDE POUR UN COMBAT D HOMMES NUS (Université d'Oxford.)

Raphaël et Michel-Ange.

près les artistes anciens, le maître qui exerça sur Raphaël l'influence la plus grande, sinon la plus féconde, fut Michel-Ange. Nous avons vu le jeune Urbinate s'inspirer, à Florence déjà, des modèles créés par son émule. Reprenons l'histoire de cette rivalité épique à partir de l'établissement de Raphaël à Rome.

Lorsque Raphaël parut sur les bords du Tibre, il y avait plusieurs mois déjà que Michel-Ange travaillait aux fresques de la chapelle Sixtine. Le nouveau venu, de son côté, voyait s'ouvrir pour lui, dans les Stances, l'avenir le plus brillant. Il semblait donc que, la tâche de chacun des deux maîtres étant bien délimitée, aucun conflit ne pourrait surgir entre eux, et qu'il n'y aurait place dans leur esprit que pour une noble, une féconde émulation.

Mais Raphaël avait été appelé à Rome sur la recommandation de Bramante : ce seul fait suffisait pour le signaler à l'inimitié de Michel-Ange. Depuis plusieurs années déjà la lutte était engagée entre l'architecte urbinate et le peintre-sculpteur florentin : de jour en jour elle prenait un caractère plus aigu, des proportions plus vastes. Il n'est pas difficile d'en découvrir l'origine. Chargé par Jules II d'élever le tombeau papal, Michel-Ange avait proposé de l'installer dans la tribune commencée par Nicolas V derrière la basilique de Saint-Pierre. Jules II confia l'examen du projet à Bramante et à San-Gallo;

ceux-ci rédigèrent des contre-projets, dans lesquels ils cherchèrent à se surpasser l'un l'autre; finalement, le pape conçut l'idée de reprendre l'œuvre de Nicolas V et de reconstruire la basilique de fond en comble. C'était la ruine des espérances de Michel-Ange; dès lors commença pour lui ce qu'il appelle la tragédie, la longue tragédie, du tombeau papal.

Personne n'avait l'humeur moins endurante que le peintre-sculpteur florentin. Il était donc naturel qu'il en voulût à Bramante d'avoir fiait avorter un projet si bien mûri, et qu'il traduisît ses rancunes avec cette indépendance dont il avait déjà donné tant de preuves. Les bons mots, ou plutôt les impertinences de Michel-Ange, sont célèbres : ils lui ont valu ses innombrables ennemis. Dès l'école, il avait l'habitude de siffler ses camarades : une raillerie de ce genre lui attira le formidable coup de poing de Torregiano. On connaît sa sortie contre le Pérugin, qu'il traita publiquement de « ganache ». Il se montra tout aussi irrévérencieux vis-à-vis du grand Léonard. Celui-ci passant un jour devant la banque des Spini, plusieurs citoyens occupés à discuter sur l'interprétation d'un passage de Dante l'appelèrent pour lui demander son avis; ils appelèrent également Michel-Ange, qui vint à passer en même temps. Léonard, soit qu'il fût embarrassé, soit qu'il voulût faire une politesse à son rival, répondit que Michel-Ange leur expliquerait le passage. Mais Michel-Ange, croyant qu'il voulait se moquer de lui, s'écria tout en colère : « Explique-le toi-même, toi qui as fait le dessin d'un cheval pour le couler en bronze et qui, ne pouvant le fondre, l'as honteusement abandonné ». Léonard devint tout rouge à ces mots, et Michel-Ange, pour le piquer encore davantage, ajouta : « Et qui t'avait été confié par ces « capons » de Milanais ». Mais il n'était même pas nécessaire qu'il fût provoqué pour lancer des sarcasmes. Rencontrant un jour, à Bologne, le fils du brave Francia : « Ton père, lui dit-il, s'entend mieux à faire les figures vivantes que les figures peintes ». On n'en finirait pas, si l'on voulait rapporter toutes ses boutades. — Il est probable que quelque sortie de ce genre l'aura brouillé avec Bramante. Celui-ci, qui n'était pas moins vif et caustique, quoique d'un caractère plus gai, ne tarda pas à lui rendre la pareille. La guerre était déclarée.

Dans ses confidences, Michel-Ange explique d'une manière différente l'origine de la querelle. D'après lui, Bramante ne pouvait lui pardonner d'avoir mis à nu les défauts de ses constructions : il craignait que son rival ne dévoilât au pape le préjudice résultant de la mauvaise qualité des matériaux; enfin il redoutait par-dessus tout de le voir s'exercer dans l'architecture, sachant d'avance qu'il l'y éclipserait complètement!

Que la manière de construire de Bramante prêtât à la critique, nous l'accordons volontiers : impatient, fougueux comme il l'était, Jules II voulait que les édifices naquissent comme par enchantement. Pour lui plaire, Bramante faisait apporter le mortier et les pierres pendant la nuit : le jour venu, on commençait la maçonnerie sans s'inquiéter de la solidité des fondations. Jamais on n'avait

vu précipitation pareille. Les conséquences ne se rirent pas attendre : au bout de peu d'années, des crevasses se produisirent partout; des pans de murs entiers s'écroulèrent, par exemple dans le corridor du Belvédère; les Loges elles-mêmes menacèrent ruine; enfin il fallut des efforts gigantesques pour consolider les fondations de Saint-Pierre. (Raphaël dut consacrer de longues années à ce travail ingrat.) Mais de cette négligence à des malversations il y a loin. Admettra-t-on d'ailleurs que Michel-Ange fût le seul capable de découvrir ces abus, et le seul assez courageux pour les signaler au pape ? Giuliano da San-Gallo était aussi compétent que lui en pareille matière; il avait de plus l'oreille de Jules IL Si Bramante cherchait à se délivrer de quelqu'un, ce devait être de Giuliano, et non d'un sculpteur qui n'avait jamais jusqu'alors fait oeuvre d'architecte.

Ce qui est certain, c'est que dès l5o6 Bramante cherchait à desservir Michel- Ange auprès du maître. On a cru longtemps que, pour se venger de son ennemi, il suggéra au pape l'idée de lui confier la décoration de la voûte de la chapelle Sixtine, sachant que l'artiste florentin n'avait jamais peint à fresque et espérant lui préparer ainsi un échec. Mais les documents nouvellement publiés tendent à prouver, d'accord avec le témoignage de Vasari, que l'initiative de ce projet revient à Giuliano da San-Gallo, et que Bramante, loin de le favoriser, le combattit avec ardeur.

Ces intrigues ne tardèrent pas à frapper vivement l'imagination de Michel- Ange. Ombrageux comme il l'était, il se crut entouré d'ennemis, vit partout des embûches. Il alla jusqu'à se figurer qu'on en voulait à sa vie. « Si je n'avais pas pris la fuite, écrivait-il après s'être mis en sûreté à Florence, je crois que mon tombeau aurait été prêt avant celui du pape. »

Une lettre d'un maçon, compatriote et ami de Michel-Ange, Pierre Rosselli, — celui-là même qui lut chargé dans la suite de mettre en état la voûte de la Sixtine, — nous fournit les détails les plus curieux sur une conversation que le pape eut, en sa présence, avec San-Gallo et Bramante. L'hostilité de ce dernier y éclate au grand jour.

« Le pape, écrit Rosselli à Michel-Ange, à la date du 10 mai l5o6, fit venir Bramante et lui dit : « San-Gallo part demain matin pour Florence et ramènera « Michel-Ange. — Saint-Père, répondit Bramante, Michel-Ange n'en fera rien, « je le connais bien ; il m'a dit nombre de fois qu'il ne voulait pas s'occuper de « la chapelle, travail que vous vouliez lui confier. Il veut s'occuper du tombeau, « mais non d'ouvrages de peinture. » Puis il ajouta : « Saint-Père, je crois que « le courage lui manque, car il n'a guère encore peint de figures, et ici surtout « les ligures seront placées très haut et vues en raccourci. C'est bien autre chose « que de peindre au niveau du sol. — S'il ne vient pas, répondit le pape, il me « lait un affront. Aussi je crois que de toute manière il reviendra ici. » Alors ) intervins à mon tour, et devant le pape je lui dis (à Bramante) de grossières injures. Je lui parlai de vous comme vous auriez parlé de moi; il ne sut plus que répondre, et vit qu'il s'était mal exprimé. J'ajoutai encore : « Saint-Père,

« il n'a jamais parlé à Michel-Ange; si ce qu'il vient de dire est vrai, faites-moi « trancher la tête; jamais il n'a parlé à Michel-Ange. Je crois que celui-ci « reviendra de toute manière, quand Votre Sainteté le voudra. » Et ainsi se termina cet entretien. »

Les amis de Michel-Ange se trompaient. Il ne revint pas, et il fallut, pour nous servir des termes mêmes employés pai Jules II, que celui-ci allai le chercher à Bologne.

Depuis le mois de décembre l5o6 jusqu'au mois de février i5o8, l'artiste travailla, dans cette dernière ville, à l'exécution de la statue de bronze du pape. En mai l5o8, enfin, il était de retour à Rome et commença les peintures de la chapelle Sixtine.

Mais les ennuis que lui suscitait l'hostilité de Bramante n'étaient pas sur le point de prendre fin. Il se vit forcé de défaire l'échafaudage que ce dernier avait élevé à son intention et d'en dessiner lui-même un autre.

C'est l'époque vers laquelle Raphaël arrivait à Rome. Élève du Pérugin, protégé de Bramante, c'était là pour Raphaël un double titre à l'hostilité de Michel-Ange. Nul doute qu'un autre grief encore ne vint s'ajouter à ceux-là dans l'esprit de l'irascible peintre-sculpteur florentin : il se considérait comme lésé par les emprunts que Raphaël, dans sa Mise an tombeau, avait faits à sa Pietà et à sa Sainte Famille. En effet, si l'Urbinate, qui partageait sur la propriété artistique les idées si larges, si libérales, de son temps, avait cru pouvoir s'inspirer plus ou moins directement de modèles si excellents, Michel-Ange, par contre, professait des principes d'une sévérité inouïe. Pendant qu'il travaillait à son

LA SIBYLLE DE CUMES, PAR MICHEL-ANGE (Chapelle Sixtine.)

carton de la Guerre de Pise, il ne permit à personne de pénétrer dans son atelier de la Via de' Tintori, de peur qu'on ne copiât ses figures ; plus tard, après une exposition publique qui ne semble pas avoir duré fort longtemps, il obtint du gouvernement florentin qu'on mît de nouveau son carton sous clef et qu'on ne le montrât qu'aux personnes munies d'une autorisation spéciale. La consigne fut si rigoureusement observée, qu'un Espagnol, recommandé par lui, n'obtint même pas la faveur de pénétrer dans la salle où l'on conservait son cbef-d'œuvre.

Alors même que les brillantes qualités de Bramante, sa faconde, sa libéralité, n'eussent pas subjugué ses confrères, son omnipotence aurait bien vite rangé sous sa bannière les neutres ou les indifférents. Architecte en chef de Saint-Pierre et du palais du Vatican, il était en réalité le surintendant des beaux-arts de la cour apostolique. C'est lui qui proposait au pape, non seulement les architectes appelés à travailler sous ses ordres, mais encore les sculpteurs, les peintres, qui devaient concourir à la décoration des édifices élevés d'après ses plans. Si Jules II appela auprès de lui, de sa propre initiative, ses anciens protégés, le Pérugin, Pinturiccio, peut-être aussi Signorelli, Bramante, il n'est pas permis d'en douter, lui désigna Raphaël et aida son jeune compatriote à triompher de toutes les compétitions. Il y avait autour de lui une véritable cour ; son appartement du Belvédère, et plus tard son palais du Borgo Vecchio, étaient le rendez- vous de tout ce que Rome comptait d'artistes de talent. Il y exerçait l'hospitalité sur la plus large échelle, et se dédommageait par un luxe de bon aloi des privations de sa jeunesse.

Le principal allié de Michel-Ange dans cette lutte mémorable fut Giuliano da San-Gallo. L'illustre architecte florentin était depuis longtemps lié avec son jeune compatriote : c'est lui qui l'avait présenté au pape, lui avait fait obtenir la commande du tombeau, celle des fresques de la Sixtine. La solidarité de leurs intérêts et la commune haine contre les Urbinates cimenta encore leur alliance.

Mais que pouvait l'artiste tombé en disgrâce contre la faveur de jour en jour grandissante de son heureux rival ! Sans doute, il n'y eut pas rupture proprement dite entre le pape et lui, comme le rapporte Vasari ; leurs relations devinrent plus froides, voilà tout; cela suffisait, en présence d'un concurrent aussi entreprenant, aussi absorbant, que Bramante, pour réduire à néant l'influence de l'architecte florentin. Il ne se vit plus confier que des travaux secondaires. A un moment donné, il quitta même Rome et reprit du service chez ses compatriotes.

Pendant près de deux ans, Bramante et Michel-Ange s'observèrent jalousement. Mais, chacun d'eux occupant une position très forte, ils jugèrent prudent de rester sur la défensive. S'il fallait en croire Vasari, Bramante aurait le premier recommencé les hostilités; l'instrument dont il se servait n'aurait été autre que Raphaël. Profitant de l'absence de Michel-Ange, Bramante, d'après ce que raconte le biographe, conduisit son favori dans la chapelle Sixtine, dont il avait

les clefs, et lui permit de copier à son aise les figures de son rival. Raphaël profita de ces facilités pour refaire, dans le style michel-angelesque, le Prophète haïe, qu'il avait peint sur un des piliers de l'église Saint-Augustin. Michel-Ange, de retour, ne manqua pas de découvrir, en examinant cette fresque, la fraude commise par Bramante; il vit que l'on cherchait à élever Raphaël à ses dépens.

Que Ylsaïe de Saint-Augustin soit imité des fresques de la Sixtine, c'est ce que l'on ne saurait songer à nier. Mais Raphaël n'avait pas besoin de recourir à un moyen aussi déloyal pour étudier les créations de son rival. Dès i5ii, Jules II avait fait découvrir et livré à l'admiration du public la première moitié de la voûte de la chapelle Sixtine; le reste fut terminé et découvert en 1 5 1 2, l'année même où Raphaël peignait son haïe.

Il est certain cependant que l'exposition de la première série des peintures de la Sixtine coïncide avec une nouvelle phase dans l'histoire de cette rivalité épique. Bramante s'efforça de faire confier à Raphaël l'exécution de la seconde moitié du plafond. Condivi et Vasari sont d'accord pour nous l'affirmer.

Pour le coup, Michel-Ange éclata. Admis devant Jules II, il lui rappela toutes les persécutions de Bramante. Puis il prit l'offensive, et critiqua vertement la direction imprimée par son rival aux travaux de Saint-Pierre. Il lui reprocha surtout sa manie de tout détruire. A l'entendre, Bramante aurait fait briser, sans nécessité aucune, les merveilleuses colonnes monolithes de l'ancienne basilique. Le pape, sans donner tort à son architecte favori, décida que Michel-Ange achèverait les peintures de la Sixtine ; il eut encore la joie, avant de mourir, de pouvoir contempler ce merveilleux plafond qui devait faire le désespoir des siècles à venir. Le travail, terminé au mois d'octobre i5l2, avait duré près de quatre ans.

Raphaël ne fut pas un des derniers à exprimer l'enthousiasme que lui causait cet ensemble prodigieux, ces idées profondes traduites dans un style si grandiose. Dans la première en date des Stances du Vatican, la salle de la Signature, terminée en l5i 1, — ainsi longtemps avant la chapelle Sixtine, — il s'était maintenu pur de toute influence michel-angelesque; il crut, dans son haïe, exécuté comme nous l'avons dit en i5i2, donner à son émule un naïf témoignage d'admiration en s'inspirant de lui. N'avait-il pas agi de même vis-à-vis du Pérugin, vis-à-vis de Léonard, de Frà Bartolommeo, sans que personne eût songé à crier au plagiat! Mais Michel-Ange était habitué à tout prendre au tragique : il vit un larcin là où il n'aurait dû voir qu'un hommage flatteur ; il crut que, pour mieux le combattre, son adversaire lui volait ses propres armes. Ce fut bien pis encore lorsque Raphaël peignit à son tour des Sibylles, dans l'église de la Paix, lorsqu'il essaya à son tour, dans Y Incendie du Bourg, de montrer ses connaissances en matière d'anatomie ; lorsqu'il lui emprunta enfin, dans les Scènes de la Création, peintes dans les Loges, sa figure du Père éternel. A partir de ce moment, il ne fut plus à ses yeux qu'un imitateur, un imitateur ingrat, pour ne pas dire un plagiaire.

On aime à opposera ces défiances, à ces injustices, l'attitude noble de Raphaël, qui remerciait le ciel d'être venu au monde du vivant du grand artiste florentin. Longtemps après, en 1542, dans sa lettre apologétique, Michel-Ange résumait comme suit les ennuis que Bramante et Raphaël lui avaient suscités pendant le règne de Jules II : « Toutes les difficultés qui s'élevèrent entre le pape et moi furent causées par la jalousie de Bramante et de Raphaël d'Urbin. Si son tombeau ne fut pas continué pendant sa vie, c'était afin qu'ils me ruinassent. Raphaël

avait ses motifs pour agit ainsi : tout ce qu'il savait en matière d'art, il le tenait de moi. »

L'avènement de Léon X semblait devoir faire pencher la balance en faveur de Michel-Ange. Le nouveau pape n'était-il pas son compatriote, n'était-il pas le protecteur né de l'artiste dont son père, Laurent le Magnifique, avait deviné le génie naissant, dont son frère, Pierre de Médicis, avait favorisé les débuts? Michel-Ange put se laisser aller aux plus riantes espérances.

Il n'est pas admissible que des considérations politiques aient déterminé la conduite de LéonX vis-à-vis de Michel-Ange. On savait, à la vérité, que l'artiste était devenu hostile aux Médicis, malgré tous les bienfaits qu'il avait reçus d'eux, qu'il était intimement lié avec Pierre Soderini, leur vieil adversaire, et qu'il souffrait de voir retomber sa patrie sous ce joug détesté. Dans une lettre adressée à son père (octobre 1612), Michel -Ange se justifie de l'accusation d'avoir dit du mal des Médicis, et paraît inquiet des conséquences que cette accusation pourrait avoir pour lui : « Je n'ai dit d'eux que ce qu'en dit tout le monde, comme cela a eu lieu pour l'affaire (le pillage) de Prato : si les pierres avaient pu parler, elles auraient pris la parole ». Mais le pape, qui avait rappelé de l'exil Soderini luimême, qui avait fait élargir Machiavel et tant d'autres, n'aurait certes pas gardé rancune à un simple artiste, coupable d'exprimer parfois trop librement son opinion.

Il faut chercher ailleurs la cause de la disgrâce de Michel-Ange : en réalité, le pape avait peur de lui. A cette nature facile et brillante, il fallait des courtisans brillants, enjoués, spirituels, tels que Bramante et Raphaël; il avait horreur des moralistes, des misanthropes. Le génie de Michel-Ange le remplissait

Page 1