ÉTUDE POUR LA VIERGE ESTERUAZY
(Musée des Offices.)
Quant à saint Augustin, il étend la main vers lui, en se retournant vers le spectateur, comme pour proclamer ses mérites.
Dans cette page monumentale, la plus considérable qu'il ait exécutée pendant son séjour à Florence, Raphaël se montre complètement rompu aux difficultés du métier, complètement familiarisé avec les secrets de
l'art : groupement et coloris, connaissance de la draperie et connaissance du nu, raccourcis, expression, il n'est plus aucune partie de la peinture qu'il ne possède en maître, aucun obstacle dont il ne se joue avec une sûreté consommée.
Dans une salle voisine, le visiteur remarque un tableau qui, dès le premier coup d'œil, frappe par son extrême ressemblance avec l'œuvre de Raphaël, et qui porte le nom de Frà Bartolommeo délia Porta. Le sujet diffère cependant : à la place de la Sainte Famille, nous avons les Fiançailles de l'enfant Jésus arec sainte Catherine. Mais on voit que les mêmes principes ont présidé à la composition de deux ouvrages. Cette impression augmente encore lorsque Ton examine, dans la galerie des Offices, le carton de la Conception, du môme maître. Ici encore la communauté d'inspiration est hors de doute. A ne consulter que les dates, la priorité appartiendrait à Raphaël. Les Fiançailles de l'enfant Jésus avec sainte Catherine sont en effet postérieures de quatre ans (i5i2) à la Vierge au baldaquin, et la Conception a été exécutée plus tard encore. Mais, étant données les relations des deux maîtres et leur collaboration intellectuelle à partir de i3oG ou de iSoy, il y aurait de la témérité à trancher le problème en faveur de celui qui a le premier appliqué des règles évidemment élaborées en commun. Raphaël, et c'est là le point capital, l'emporte par des qualités qui manquent à son ami; sa composition a une sincérité et une exubérance de vie que l'on chercherait en vain dans les deux peintures déjà un peu théâtrales et vides du « frate ». Avec l'un, nous assistons au plus complet épanouissement de la Renaissance, tandis que, dans les œuvres, d'ailleurs encore si remarquables, de l'autre, on sent poindre les premiers symptômes de la décadence.
La Vierge au baldaquin fut commandée à Raphaël par une famille florentine, les Dei, qui la destinaient à leur chapelle de Santo-Spirito. Mais le maître, appelé à Rome, n'eut pas le temps de la finir, et le Rosso exécuta le retable à sa place. Vax composition de Raphaël resta donc à l'état d'ébauche et l'on est autorisé à croire, avec Passavant, que ce fut dans son atelier même que son ami Baltha/.ar Turini trouva cette ébauche, dont il lit l'acquisition pour l'église de sa \ ille natale, Pescia. En i()ij7, la Vierge au baldaquin devint la propriété des
1. MM. BuRCKiiAUDT Cl HoDK soiu ciisposcs à croire que la tigurc île saint Augustin a étc ajoutée après coup par une main étrangère, ainsi que range qui se trouve dans la partie supérieure à gauche. (>et ange est une répétition presiiue textuelle de celui que l'on voit dans \ci SibyUcs de l'église de la Pace {Ciccroiic, p. ()5çi..
Médicis, qui la placèrent dans le palais Pitti, dont elle fait aujourd'hui encore l'ornement.
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