PORTRAIT DE MADELEINE DONI
(Paliiis Fini.)
parvenait en même temps à nous intéresser à son héros et à créer un caractère.
Dans les plus anciens de ses portraits, ceux d'Angelo Doni et de
MaddalcMia Doni, au palais Pitti, Raphaël ne réalise encore que la première partie de ce programme. Il s'y montre uniquement préoccupe' de la ressemblance matérielle. L'effert se trahit à chaque trait; la liberté d'esprit nécessaire pour résumer les caractères extérieurs des personnages, pour les transporter dans une région supérieure, lui fait encore défaut. Si, malgré ces hésitations, ces tâtonnements, le portrait du mari offre déjà une certaine unité; si l'on }• reconnaît l'amateur bilieux, à la fois très enthousiaste et très avare, que ^'asari a si bien défini, en revanche il est difficile de saisir l'expression du ^■isage de sa femme. Le noble sang des Strozzi coule-t-il vraiment dans les veines de cette bourgeoise? Il se dégage bien de ses traits épaissis une certaine candeur, mais le peintre n'a-t-il pas prêté au modèle ses propres sentiments?
Peut-être ces critiques révolteront-elles quelques admirateurs des deux portraits du palais Pitti. Aussi ai-je hâte de me retrancher derrière l'autorité d'un juge dont personne ne contestera la partialité en faveur de Raphaël. « Le dessin du portrait d'Angelo Doni, nous dit Passavant, n'est point partout correct; il lui manque encore la pureté que nous trouverons dans les ceuvrcs suivantes du maître. L'expression roide et guindée de ce portrait est celle qu'ont ordinairement les personnes qui posent devant un peintre... Quoique dans le portrait de Maddalena le dessin soit mieux soigné et plus finement senti, on n'y reconnaît cependant pas encore un artiste excercé dans ce genre de peinture, et tout y accuse la timidité de son pinceau. Néanmoins cette peinture a un charme extraordinaire, et elle est faite avec beaucoup d'amour. »
La comparaison de l'étude dessinée avec le portrait peint ne peut manquer d'être instructive. Dans l'étude (voyez ci-dessus p. ibq', Raphaël, fortifié par le souvenir de la Joconde, perd de vue l'épouse bourgeoise d'Angelo Doni, et nous montre une jeune femme, aux grands yeux rêveurs, à la bouche voluptueuse, digne sœur de Mona Lisa Gioconda. Dans le tableau, au contraire, les imperfections, les pauvretés du modèle l'emportent, sans que l'artiste ait la force nécessaire pour résoudre ces dissonances et les transformer en autant d'éléments de succès.
Il y aurait de l'injustice, cependant, à nous séparer des deux poi'traits sur une pareille impression. Ils témoignent d'un elVort très grand et otlîent, au point de vue du coloris comme à celui du dessin, d'incontestables qualités. Fraîchement sorti de l'atelier du Pérugin, âgé