‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 108 sur 327 · LA SAINTE FAMILLE DU COUVENT DE S. -ANTOINE · texte numérisé non relu

LA SAINTE FAMILLE DU COUVENT DE S. -ANTOINE

ou l'indifférence de la foule, la pusillanimité des amis, sont-ce là des scènes propres à prendre place dans les régions sereines de l'art? Malgré ses secrètes résistances, le jeune maître urbinate s'est mis à l'œuvre avec une conviction qui lui fait honneur. Sa composition a la forme d'une frise. En tète du cortège s'avancent deux cavaliers, dont l'un est caractérisé comme Turc par son turban et sa longue tunique descendant jusqu'à la cheville. Puis vient le Christ, entouré de bourreaux et de soldats armés d'épées ou de hallebardes. L'un le tire par la corde passée autour de son corps, l'autre le frappe. Le divin martyr, brisé, anéanti, regarde le spectateur avec une résignation touchante, pendant qu'un personnage en costume de la Renaissance, — barrette, tunique courte, chausses collantes, — Simon le Cyrénéen, s'avance vers lui et cherche à le soulager en lui aidant à porter l'instrument du supplice. L'extrémité gauche du tableau est occupée par la Vierge, qui tombe évanouie entre les bras de trois de ses compagnes, et par saint Jean, à qui cette vue arrache un geste de surprise et de douleur. Ce groupe est emprunté à la Descente de croix de Filippino Lippi et du Pérugin, à l'Académie des beaux-arts de Florence.

Le Portement de croix, après avoir fait partie de la collection de M. Miles, à Leigh-Court, près de Bristol, a été vendu en i8(S4.

Dans le dernier de ces fragments, le Clirist mort 'collection de M""" Dawson, à Londres\ l'action est de la plus grande simplicité. A la place d'un drame, l'artiste nous offre une élégie, une des plus touchantes qu'il ait jamais composées. Le corps du supplicié repose sur les genoux de sa mère, à laquelle un disciple aide à soutenir ce précieux fardeau. Deux autres disciples expriment leur douleur par des gestes éloquents, tandis que Marie-Madeleine se jette à terre et baise, avec une passion mêlée de respect, les pieds sanglants de Jésus. Un paysage chaud et lumineux encadre cette scène d'une tristesse, mais en même temps d'une poésie admirables.

Il est fort possible que vers cette époque, c'est-à-dire au début de son établissement à Florence, Raphaël ait peint un Martyre de saint Etienne. On connaît du moins, au musée de l'Université d'Oxford, un admirable dessin (reproduit ci-dessus, p, i33; Robinson, n° 25) représentant un jeune saint agenouillé, et attendant le supplice.

Les Camaldules de Pérouse ayant demandé à Raphaël de décorer une des parois de la sacristie de leur couvent de San-Severo, le jeune maître, tout fier de pouvoir enfin s'essayer dans la fresque, se rendit

avec empressement à leur désir. Le sujet qu'ils le chargèrent de représenter était la réunion, autour du mystère de la Trinité, de saints appartenant à leur ordre.

Il est difficile d'imaginer un coin de terre plus propre au recueillement et à la rêverie que celui qui allait, quelques mois durant, abriter Raphaël. On arrive au couvent par des rues escarpées, tortueuses, bordées de maisons de briques, dont les arcatures en ogive, aujourd'hui pour la majeure partie masquées, laissent deviner la haute antiquité. La place sur laquelle s'élève le couvent est petite; mais quelle admirable échappée de vue n'offre-t-elle pas au voyageur fatigué de la montée! Ces vénérables masures, qui semblent destinées à nous isoler du reste du monde, forment le contraste le plus pittoresque avec le frais pa^'sage que l'on aperçoit au loin, à travers les constructions placées en contre-bas. Malgré quelques remaniements modernes (le couvent est aujourd'hui transformé en école normale), l'ensemble conserve une poésie qui n'est plus de notre temps. Raphaël, s'il revenait contempler son œuvre, s'arrêterait un instant, avant de pénétrer dans le couvent, pour savourer ces impressions avec lesquelles l'art n'a rien à voir, et qui cependant sont si bien faites pour nous élever et nous ravir.

Une inscription moderne, placée sur la façade du couvent, rappelle que le maître et l'élève, l'un à peine sorti de l'adolescence, l'autre courbé sous le poids des ans, ont tous deux travaillé à la fresque qui fait l'ornement de la sacristie de San-Severo :

QVII) RAPHAËL PVBER LONGAEVVS QVIDQVE VAI.ERKT PEÏRVS, OPVS MVRO DVCTVM TESTATVR EODEM.

D'autres inscriptions tracées à l'intérieur, sur la paroi même qui contient, dans le haut la composition de Raphaël, dans le bas celle du Pérugin, nous fournissent la date de l'exécution des deux ouvrages: i5o5 pour celui de l'élève, i52i pour celui du maître'.

I. Voici le texte tie ces inscriptions, dont l'orthograplie a été inexactement reproduite par Passavant :

R A A E I. DE r R n I N O D. OCTAVIANO STEPHANI V O I, A T E R A N O PRIORE S A N C T A M T R I N I T A T E Hr , A N G E L O S A S T A N T E S , S A N C T O S Q. PINXIT A. D. M. D. V.

PETRL'S DE CASTRO P I. E II I S PERUSINUS TE M PORE D. SU. VESTRI STEPIiAN'I VOI.ATERANI A DEXTRIS ET A SINISTRIS DIV. IHIRISTIPHERAE SANCTOS SANCTASy. PINXIT A. D. M. D. XXI.

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