ÉTUDE POUR UN DES SAINTS DE LA FRESQUE DE SAN-SEVERO
(Université d'Oxford.)
Bartolommeo. Tout en respectant la symétrie, peut-être excessive, de l'Ecole ombrienne, Raphaël a distribué les figures avec une liberté plus grande; il a mis plus d'émotion dans les groupes, et créé une œuvre irréprochable au point de vue de l'ordonnance.
Le sommet de la fresque, qui est enchâssée dans une arcade en
ogive, était occupé, à l'origine, par la figure de Dieu le Père, tenant le volume mystérieux sur lequel brillent les lettres A et Q. Mais cette figure a entièrement disparu depuis longtemps. L'un des deux anges qui étaient debout aux côtés du Père éternel, celui de droite n'a pas été mieux partagé; il n'en reste plus trace. Une colombe blanche, dont le corps laisse échapper des rayons de lumière, descend sur la tète du Christ, qui trône sur les nuages, au centre de la composition, quoique au second plan; elle relie ainsi la figure du Père à celle du Fils. Celui-ci, les épaules et la poitrine nues, étend sa gauche sanglante, comme pour rappeler son martyre, tandis qu'il lève la droite pour donner la bénédiction. Un ample manteau recouvre ses genoux, tout comme dans le Jugement dernier de Frà Bartolommeo; un nimbe crucifère orne sa tête. Son visage est d'une douceur, d'une sérénité infinies. A ses côtés se tiennent deux anges, au type féminin bien accusé, qui l'adorent, les mains levées vers lui. Six saints, assis sur des nuages et formant un demi-cercle, occupent le bas de la composition : les uns discutent gravement entre eux, les autres sont absorbés par leurs méditations. A droite, nous apercevons saint Romuald, saint Benoît mart}'r et saint Jean martyr (la tête de ce personnage a complètement disparu ; à gauche, saint Maur, saint Placide et saint Benoît. Raphaël n'avait pas encore créé de figures aussi imposantes : vieillards à la longue barbe blanche, ou jeunes saints au regard inspiré. Cette auguste assemblée annonce et prépare celle que nous retrouverons dans la Dispute du Saint-Sacrement.
Le coloris participe de la sévérité de la composition. Dans les draperies le blanc domine. Seuls le manteau de pourpre du Christ, la dalmatique de brocart rouge et or de saint Benoît martyr, et la dalmatique verte de saint Placide, mêlent une note plus vigoureuse à cet ensemble peut-être un peu terne.
La fresque de San-Severo a malheureusement beaucoup souffert, par suite de l'humidité de l'édifice. Des restaurations audacieuses ont encore aggravé le mal. On regrette, en présence du génie si pur de Raphaël, d'avoir à prononcer des paroles de colère, d'indignation. Mais comment qualifier la conduite de ces vandales qui ont osé, en plein dix-neuvième siècle, porter une main profane sur un tel chef-d'œuvre et repeindre des têtes créées par le plus grand des maîtres?
Raphaël, détourné par d'autres travaux, n'eut pas le temps de décorer la partie inférieure de la paroi. Cette lacLine n'était d'ailleurs pas sensible, la composition, telle qu'elle est, formant un ensemble