‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 110 sur 327 · LA FRESQUE DE SAN-SEVERO · texte numérisé non relu

LA FRESQUE DE SAN-SEVERO

suffisamment complet. Les Gamaldules, cependant, attachaient beaucoup de prix à l'achèvement de l'ouvrage. Ils attendirent longtemps le retour de Raphaël. Sa mort leur ayant ôté tout espoir, ils s'adressèrent, en i52i, au Pérugin, et lui demandèrent de terminer la décoration de cette partie de la chapelle. Il fallait que le vieux maître ombrien fût bien avili pour accepter un honneur si périlleux. Il peignit, sans hésiter, au-dessous des admirables ligures créées par son immortel élève, six saints dont la maigreur et la pauvreté détient toute analyse. Jetons un voile sur ces tristes productions de sa vieillesse.

On range d'ordinaire à la suite de ces compositions la Madone Ansidei, commandée à Raphaël par la famille de ce nom pour la chapelle de Saint-Nicolas de Bari, dans l'église San-Fiorenzo de Pérouse, et aujourd'hui conservée à la National Gallery de Londres, qui l'a acquise en 1884, pour la somme fabuleuse de i 700 000 francs, du duc de Marlborough, à Blenheim. On a longtemps cru, sur le témoignage de Passavant et de bon nombre d'autres auteurs, que ce tableau portait la date de MDV. Mais un examen plus approfondi a prouvé qu'il datait de MD^^II, et qu'il était, par conséquent, postérieur de deux ans. A supposer que la Madone Ansidei eût été peinte et composée en i 507 seulement, elle formerait un anachronisme dans l'œuvre du maître, car il est impossible de ne pas }' reconnaître l'induence du Pérugin. Mais on peut admettre sans trop de témérité que l'ouvrage, commencé en i5o5, aura été terminé en 1307 seulement, et que Raphaël, malgré le changement qui s'était produit en lui, aura conservé la composition primitive, au lieu de la remanier de fond en comble et de s'imposer ainsi une double besogne. La composition, fort correcte, quoique sans grande originalité, est celle des tableaux connus sous le nom de Saitites Conversations. Seulement, les personnages, d'ordinaire assez nombreux dans ce genre de représentations, ne sont ici qu'au nombre de quatre : au centre, sur un trône assez élevé, la Vierge tenant l'Enfant, auquel elle apprend à lire; à gauche, saint Jean-Baptiste; à droite, saint Nicolas de Bari, revêtu du costume épiscopal et occupé à lire dans le volume qu'il tient des deux mains. Un baldaquin surmonte le trône de la ^^ierge; un paysage, avec une ville aux murs crénelés, forme le fond du tableau; une arcade soutenue par des piliers massifs encadre le tout.

La prédelle de la Madone Ansidei, depuis longtemps séparée du tableau, renferme des scènes de la Vie de saint Jean-Baptiste. L'une

de CCS scènes, la Prédication de saint .Jean, après avoir fait partie de la galerie d'Orléans, se trouve aujourd'hui en Angleterre.

Le Louvre a acquis, en i(S(S2, à la vente Timbal, un dessin qui est comme la première pensée de la Madone Ansidei. On y voit, au centre, la Vierge assise sur un trône et lisant attentivement dans le livre qu'elle tient de la main droite, l'enfant Jésus écoutant la lecture, et, aux extrémités, saint Sébastien lié à un arbre et saint Roch. Ce dessin est de ceux qui montrent avec le plus d'éloquence quels progrès Raphaël a réalisés dans le maniement de la plume; les traits sont à la fois incisifs et harmonieux-, les moindres linéaments ont quelque chose de vivant, de vibrant, de chantant. Un dessin, moins complet, se trouve au musée StEedel, à Francfort.

Vers i5o6, Raphaël semble avoir fait un nouveau voyage à Urbin. Peut-être s'y rendit-il directement de Pérouse, ce qui est plus court que de passer par Florence. Il est probable qu'il ne se mit pas en route avant le mois de mars. Ce qui nous autorise à le croire, c'est que jusqu'à ce moment la peste sévissait à Urbin'-, en outre, Guidobaldo, qui avait passé l'hiver à Rome, ne revint dans sa capitale qu'à la fm du mois de février de la même année". On n'admettra pas que Raphaël ait choisi pour son voN'age juste l'époque où la cour était absente et où les habitants s'enfuyaient pour échapper à l'épidémie. Nous savons, d'autre part, que lorsque Balthazar Castiglione partit pour l'Angleterre, le lo juillet iSob, il emporta, pour l'olfrir au roi Henri ML le Saint Georges commandé à Raphaël par la cour d'Urbin. (\^03'ez ci-dessus, p. 147.) Raphaël resta-t-il assez longtemps dans sa ville natale pour voir encore Jules II, qui la traversa une première fois le 23 septembre i5ob, une seconde fois le 3 mars 1507? C'est là une question à laquelle nous sommes hors d'état de répondre.

Vasari, qui ne mentionne qu'un seul voyage à Urbin, rapporte que Raphaël exécuta poui' Guidobaldo un (Jhrist an jardin des Oliviers et deux Madones, de petites dimensions, mais fort belles, traitées dans les données de sa seconde manière. Nous avons déjà eu l'occasion de parler du Christ an jardin des Oliviers, que Passavant a cru retrouver dans un tableau aujourd'hui conservé dans la National Gallery de Londres, mais que les meilleurs juges ont depuis longtemps rayé de

1. Pb-NGiLKONi, Eloffio storico di Raffacllo Santi da Urbino, p. 72.

2. Baldi, Dclla vita e de' fatti di Guidobaldo da Montcfeltro, édition do 1826, tome II, page 188.

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LTXFANT. SAINT SK n A S TT F X n S MX! RODI ((^oUeotion Vallardi et vente Jii peintre Timbal.)

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