‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 112 sur 327 · PORTRAIT DE FEMME · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE FEMME

(Miiscc des Offices.)

L'analogie de la facture et une certaine ressemblance dans les traits nous autorisent à placer, à côté du portrait de Raphaël par lui-même, le beau portrait de femme exposé dans la Tribune de la galerie des

Offices'. Il n'est pas impossible que le jeune maître ait représente ici, pendant son séjour à Urbin, une personne de sa famille. On considère, il est vrai, ce portrait comme antérieur à ceux d'Angelo et de Maddalena Doni, ainsi qu'à celui de la « Gravida ». Mais nous croyons être plus près de la vérité en le plaçant après eux. Il offre, en effet, une liberté, une science et une énergie qui manquent encore à ces œuvres timides. Raphaël est désormais maître de son sujet; il domine le modèle, loin de le subir; tout en reproduisant avec une rare précision ses caractères physiques, il sait aussi dégager ses qualités morales et élever l'individu à la hauteur d'un type. Son portrait de la Tribune offre une poésie, une distinction absolument dignes de Léonard. Rien de plus saisissant que l'expression de mélancolie, on pourrait presque dire de nostalgie de cette femme, jeune encore, qu'un secret chagrin paraît miner : une main appuyée sur une balustrade, l'autre posée sur son avant-bras, elle regarde devant elle, flottant entre une vague rêverie et le souvenir encore très précis de quelque grande infortune.

Au point de vue de l'exécution, ce portrait, jusqu'ici trop dédaigné, est une merveille. Malgré de nombreuses restaurations, on y reconnaît la main d'un coloriste du premier ordre, qui, pour produire une gamme chaude et vigoureuse, n'a plus besoin de tons éclatants. Le costume, d'une élégance parfaite, malgré sa simplicité, fait ressortir la finesse de la carnation, dont les ombres sont accusées en brun, la distinction des traits, la beauté des mains. La chaîne d'or que la jeune femme porte au cou, les deux bagues qui ornent sa droite, font à leur tour valoir les tons discrets du corsage vert, garni d'un ruban cramoisi, des manches brunes bouffantes, et enfin du tablier blanc, retenu par un cordon rouge. Toutes ces notes forment un accord d'une harmonie, d'une originalité que Raphaël n'a pas surpassées, même dans ses admirables portraits de la période romaine. Nous ne craignons pas d'affirmer que si, dans les portraits de Doni et de sa femme, on reconnaît un débutant de la plus grande espérance, nous avons affaire ici à un maître accompli, digne rival de' Léonard.

Le catalogue des Offices dit : « Portrait d'inconnue », et il a raison. On n'a pu découvrir jusqu'ici le nom de la jeune femme que Raphaël a peinte avec tant d'amour. Livrera-t-elle jamais son secret?

I. D'accord avec MM. Gruyer [Rap/iael peintre de portraits, t. I, pp. 1 17-122), Rurckhanlt et Bode {Ciccroiie), Springer, etc., nous maintenons l'attribution à Rapliaël de ce beau portrait, que MM. Crowe et Cavalcaselle ont témérairement essayé de lui enlever.

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