INFLUENCE DE MICHEL-ANGE
mençoit par en établir la carcasse, c'est-à-dire qu'il en dessinoit le
(Collection de M. Malcolm.)
squelette, et que, quand il étoit assuré de la situation que les mouvemens de la figure faisoient prendre aux os principaux, alors il com-
26o RAPHAËL. - CHAPITRE IX.
mcnçoit à les revêtir de leurs muscles, et puis ensuite il couvroit ces muscles de chair; et qu'on ne me dise pas que ce que J'avance ici est une pure fiction, je suis en état d'en donner la preuve : j'ai plusieurs études de Michel-Ange pour sa statue du Christ de la Minerve, dans lesquelles on peut le suivre dans toutes ses opérations. »
C'est à ces efforts que me paraît se rapporter un passage de Vasari, dont l'importance est fort grande pour l'histoire du développement de notre maître. « Raphaël, nous dit le biographe, ne parvint qu'au prix d'efforts considérables à comprendre la beauté des nus et à triompher des difficultés des raccourcis en étudiant les cartons dessinés par Michel-Ange pour la salle du Conseil, à Florence... Lorsqu'il voulut changer et améliorer son style, il ne s'était jamais livré à l'étude approfondie du nu. Jusqu'alors il s'était borné à dessiner d'après nature dans la manière du Pérugin, son maître, en y ajoutant toutefois cette expression gracieuse qui, chez lui, semble un don de la nature. Il s'attacha donc à comparer la musculature des écorchés et des sujets vivants, et à étudier tous les divers effets de I son mécanisme sur les parties ou l'ensemble du corps humain. En outre, il examina avec attention les articulations des os, les attaches des tendons, et les réseaux formés par les veines. Il réunit ainsi toutes les connaissances qui constituent un grand peintre. » — Le jeune maître crut ne pouvoir assez hautement proclamer son admiration pour le maître incontesté de l'anatomie artistique : dans le Christ de la Mise au lombcaii, il s'est visiblement inspiré du Christ sculpté par Michel-Ange pour la basilique de Saint-Pierre de Rome.
L'influence de Michel-Ange ne se borne pas aux recherches anato- j miques : le beau dessin connu sous le nom de la Mor/ de Méléagrc, à l'Université d'Oxford, nous montre des figures fières et élancées, incontestablement inspirées de celles du Buonarroti. Dans un dessin de la i collection Albertine, l'étude pour la figure de la Charité, destinée à orner la prédelle de la Mise au tombeau, Raphaël a pris à son émule jusqu'à son trait ferme, rude, parfois presque brutal. L'expression de la force l'emporte sur celle de la grâce. Ajoutons que la femme agenouillée, qui dans le tableau soutient la "N'ierge, procède de la Vierge peinte par Michel-Ange, dans la célèbre Sainte Famille d'Angelo Doni, aujourd'hui exposée dans la Tribune des Offices. j
Lorsque la Mise au tombeau fut achevée, en \bo- (Vasari affirme | que le carton fut exécuté à Florence, tandis que le tableau fut peint à Pérouse méme\ on put y reconnaître une triple influence : d'abord