‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 128 sur 327 · Supcrhi coUi, c vol sacre ruine · texte numérisé non relu

Supcrhi coUi, c vol sacre ruine

Chc '1 nome sol di Rojna ancor tcncte ; Ahi che reliquie niiserande avetc, Di tant' anime eccelse e pellegrine!

Colossi, archi, teatri, opre divine, Trionfal pompe gloriose e liete, In poco ccner pur converse siete,

E fatte al vulgo \ il tavola al fine.

Cosî, se ben un tempo al tempo guerra l'anno 1' opre famose, a passo lento E 1' opre e i nomi il tempo invi do atterra :

Vivrô dunque fra' miei martir contento; Che se '1 tempo dà fine a cio cli' è in terra, Darà forse ancor fine al mio tormento.

après avoir ctudié l'antiquité en artiste, il l'étudia en archéologue, et conçut le splendide projet de la restauration de Rome antique.

La place que l'antiquité tient dans les préoccupations de Raphaël est trop grande pour que nous puissions examiner ici ce grave et intéressant problème; aussi lui consacrerons-nous un chapitre spécial, dans lequel nous rechercherons tout ce que Raphaël, comme peintre et comme architecte, a dû à l'art des anciens. *

Pour ne venir qu'au second rang, après Rome antique, Rome chrétienne n'en était pas moins riche en souvenirs glorieux, en monuments d'un luxe éblouissant. Cinquante basiliques offraient aux regards des fidèles leurs superbes rangées de colonnes monolithes, leurs précieuses incrustations de marbre et d'émail, leurs tabernacles resplendissants d'or. Elles les entretenaient tour à tour de la victoire de Constantin, des exploits de Charlemagne, dont l'image brillait au fond de plus d'une abside, des luttes de l'Eglise et de l'Empire. Cresccntius, les Othon, Robert Guiscard, Arnaud de Brescia, Frédéric Barberousse, Charles d'Anjou, Cola di Rienzo, tribuns ou réformateurs, aventuriers ou souverains, avaient passé par là, signalant leur passage par de riches fondations, par des dévastations horribles ou par des projets grandioses qui, pour n'avoir pas été réalisés, n'en restaient pas moins vivants dans la mémoire du peuple. Une série de monuments hors ligne proclamait la magnificence des souverains pontifes, depuis les portes de bronze de Saint- Paul hors des murs, commandées à Constantinople par Hildebrand, le futur Grégoire VII; depuis la fresque de Giotto retraçant les pompes du jubilé célébré en i3oo par Boniface VIII, jusqu'aux splendides créations des papes du quinzième siècle. On peut dire que l'histoire du moyen âge était écrite là en traits ineffaçables, non pas seulement l'histoire romaine, l'histoire locale, mais l'histoire même du monde chrétien.

Raphaël étudia certainement ces pages éblouissantes, encore tout empreintes de la grandeur classique, les mosaïques de Sainte-Constance, de Sainte- Pudentienne , de Sainte-Agathe in Suburra, de Saint-André in Barbara, de Saints-Cosme-et-Damien. Les unes, comme celles de Sainte-Constance, le prétendu temple de Bacchus, pouvaient lui fournir les modèles d'ornementation les plus délicats : Psychés et Eros, enfants vendangeurs, oiseaux, fleurs, vases, traités avec la plus entière intelligence des effets décoratifs. D'autres, notamment celles de Sainte-Pudentienne, devaient le familiariser avec la belle ordon-

nance des peintures antiques. En ce qui concerne ces dernières, tout tend à prouver que Raphaël a connu l'œuvre du mosaïste du quatrième siècle. M. Vitet, dans son beau travail sur les mosaïques chrétiennes de Rome, a, le premier, signalé l'analogie entre certaines parties de la décoration de Sainte-Pudentienne et la Vision d'Eiéchid de notre maître. « Regardez bien, dit-il, dans la Vision d'E:{échiel, les figures symboliques des quatre évangélistes, et notamment ce taureau fantastique, d'une forme et d'un caractère si archaïques et si grandioses, n'est-ce pas le même, quoique dix fois plus grand, le même, à peu de chose près, qui est là devant vous, sur cette muraille, et ne faudraitil pas un singulier hasard pour qu'un type aussi original, aussi particulier, eût été inventé deux fois'? »

Sur le conseil de Raphaël, ses élèves étudièrent également les monuments de la primitive Eglise. Ils y trouvèrent plus d'un enseignement utile, plus d'un motif pittoresque. Nous pouvons, entre autres, signaler les rinceaux que Jean d'Udine emprunta aux mosaïques de Sainte-Marie Majeure, restaurées au treizième siècle, ou refaites d'après un modèle ancien, par Jacques Torriti. Dans les fresques des Loges, ce décorateur si ingénieux copia non seulement l'élégant feuillage et les gracieux enroulements qui ornent l'abside, mais encore les oiseaux, les écureuils, les souris, qui folâtrent au milieu des fleurs.

Raphaël se pénétra si bien des avantages de la mosaïque, vraie peinture pour l'éternité, que dans les « Stances » il fit disposer en forme d'incrustation le fond des fresques des plafonds. Plus tard, dans la chapelle de Sainte-Marie du Peuple, il eut même la satisfaction de voir interpréter ses compositions par un habile mosaïste vénitien.

Les créations des époques postérieures le cédaient à peine en nombre et en importance à celles de l'antiquité chrétienne. Tous les styles et toutes les écoles étaient représentés par des monuments du premier ordre. Le Vatican formait à lui seul le résumé le plus complet de l'histoire des arts depuis la chute de l'empire romain. Au triple point de vue de l'architecture, de la sculpture et de la peinture, il n'y avait point de musée aussi riche au monde. Les maîtres les plus éminents en l'art de bâtir, L.-B. Alberti, Bernard Rossellino, Giuliano da San- Gallo, Bramante, avaient tour à tour dirigé la construction de cette

I. Etudes sur l'Iiistoirc de l'art ; Paris, i8(j6, première série, p. 224.

immense agglomération d'édifices. Les sculpteurs qui s'y étaient succédé formaient une légion, depuis l'auteur des bas-reliefs du sarcophage de Junius Bassus, depuis les Cosmati, jusqu'à Filarete, Paolo Romano, Mino da Fiesole, Verrocchio, A. Pollajuolo, Michel-Ange. La peinture y était peut-être représentée plus brillamment encore. Le palais apostolique resplendissait des fresques dont Frà Angelico avait orne la chapelle de Saint-Laurent et de Saint-Etienne; celles de Melozzo da Forli brillaient dans la bibliothèque; celles de Mantegna, dans le Belvédère. Puis, venaient les compositions des « Stances », depuis Nicolas V jusqu'à Jules II, exécutées par des maîtres de la valeur de Piero délia Francesca, de Buonfigli, du Pérugin, du Sodoma, de Balthazar Peruzzi. L'étage inférieur, l'appartement Borgia, s'honorait des fresques de Pinturicchio : jamais peintre n'avait mis plus de talent au service d'un Mécène plus odieux. La chapelle Sixtine à elle seule réunissait les plus belles productions de l'École florentine et de l'École ombrienne. Botticelli et Ghirlandajo, le Pérugin et Signorelli, l'énigmatique Frà Bartolommeo délia Gatta et Cosimo Roselli y avaient laissé des fresques qui parurent inimitables jusqu'au moment où Michel-Ange peignit son fameux plafond. Malgré ce redoutable voisinage, plus d'un regard s'arrête aujourd'hui encore avec sympathie sur ces compositions si calmes, si recueillies, pleines d'une distinction si grande. Les Sibylles et les Prophètes peuvent les éclipser ; ils ne les feront pas oublier.

A Saint-Pierre, l'attention était surtout absorbée par les mosaïques et par les verrières, ornées, les unes des armes de Nicolas V, les autres de celles des Médicis. Dès l'atrium, la Navicella de Giotto s'imposait au regard et forçait l'admiration. La basilique entière brillait comme un vaste écrin ; les pèlerins étaient éblouis par le scintillement de ces immenses surfaces incrustées d'émaux, dont l'éclat rivalisait avec celui des pierres précieuses. On ne voyait que saphirs, rubis, émeraudes, lames d'or. La chapelle du pape Jean VII, le tombeau de l'empereur Othon II, l'abside d'Innocent III, excitaient surtout l'admiration par le fini et la richesse de leurs incrustations. Les tons sévères des monuments de bronze ou de marbre accumulés dans la basilique, depuis la statue de saint Pierre jusqu'aux mausolées sculptés par Mino da Fiesole, Paolo Romano, Antonio Pollajuolo, étaient bien faits pour en rehausser encore l'éclat. L'ardeur de Jules II et de Bramante ne devait pas tarder, hélas ! à détruire cet ensemble unique au monde.

Parlerons-nous des trésors accumulés dans les autres monuments romains ? A chaque pas, on rencontrait des peintures signées des noms les plus illustres: Giotto et le Giottino, Angelo Gaddi, Pierre de Milan et Pierre Cavallini, Masaccio et Masolino, Gentile da Fabriano et Pisanello, Benozzo Gozzoli et Filippino Lippi. La plupart de ces maîtres étaient pour Raphaël des figures de connaissance. Mais désormais ses pensées étaient ailleurs, et s'il a regardé leurs ouvrages, ce n'a été que d'un œil distrait.

Lorsque Raphaël vint se fixer dans la Ville éternelle, Rome n'était pas seulement la capitale des arts, elle était aussi l'arbitre de l'Europe. Au gouvernement spirituel des peuples venait se joindre, comme jadis, la gloire des armes. L'Italie tremblait devant Jules II, que ses flatteurs comparaient à son homonyme Jules César -, la France, l'Espagne, l'Allemagne, l'Angleterre, recherchaient tour à tour son alliance ou éprouvaient la vigueur de son bras. L'homme qui avait appelé auprès de lui le jeune peintre d'Urbin, qui l'associait à ses hautes destinées, était le plus énergique des monarques, le plus ardent des adversaires, le plus fougueux des capitaines, • — un soldat sous les traits et dans le costume d'un pape.

Né de parents pauvres et obscurs, Julien délia Rovere devait sa fortune à l'avènement de son oncle, Sixte lY. Celui-ci ne tarda pas à le pourvoir des plus riches prébendes, à le nommer archevêque d'Avignon, cardinal de Saint-Pierre-ès-Liens. Le jeune prélat se distinguait dès lors par son esprit d'initiative, son amour de la vérité, sa passion pour les arts, et aussi, pourquoi le taire, par une violence dépassant toutes les bornes. Dévoué et généreux pour ceux qui entraient dans ses vues, il devenait impitoyable toutes les fois qu'il rencontrait de l'opposition. Il put donner un libre cours à ses passions pendant le règne de son oncle, comme aussi pendant celui de l'inoffensif Innocent VIII. Mais lorsque Alexandre VI Borgia prit en mains le gouvernail de l'Église, des conflits ne tardèrent pas à s'élever, et bientôt la rupture devint inévitable. Julien délia Rovere éclata avec une véhémence inouïe et se posa ouvertement en adversaire du souverain pontife. Réfugié en France avec quelques amis dévoués, entre autres avec l'illustre architecte Giuliano da San-Gallo, il ne songea plus qu'à la vengeance.

Mais détournons un instant les yeux de la politique et étudions le rôle joué par Julien délia Rovere comme protecteur des arts. Depuis

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longtemps, les artistes savaient qu'ils étaient en droit de compter sur la faveur du tout-puissant neveu de Sixte IV, à condition qu'ils se distingueraient de la foule par quelque qualité transcendante, car c'était un

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