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PORTRAIT DE JULES II

(MusJc des Offices.)

maître exigeant que le jeune cardinal de Saint-Pierre-ès-Liens. Pinturicchio et le Pérugin figurèrent successivement au nombre de ses protégés. Tel était son engouement pour le second de ces maîtres, qu'il refusa de le laisser remplir les engagements contractés avec l'œuvre du dôme d'Orvieto, et qu'il écrivit, en iqqi et iqqs, plusieurs lettres

passablement menaçantes aux députés qui voulaient lui enlever son peintre favori.

Homme d'action avant tout, Julien n'hésitait pas, pour satisfaire ses rancunes du moment, à conclure les alliances les plus compromettantes, sauf à tourner le lendemain ses armes contre ses alliés de la veille. L'imprévu de ses résolutions déconcertait tous ses adversaires: personne ne faisait plus facilement volte-face dès que le but était atteint. Son emportement attira sur l'Italie des malheurs incalculables. C'est lui qui décida Charles VIII à cette fameuse expédition de 1494, source de complications sans nombre, dont les suites se sont fait sentir jusqu'en plein dix-neuvième siècle. Pour triompher des irrésolutions du roi, pour avoir raison de l'opposition de son entourage, il sut tour à tour supplier, promettre, menacer ; en un mot, déployer toutes les ressources du machiavélisme le plus raffiné. Et c'est ce même homme qui, quinze ans plus tard, poussa contre les Français le cri féroce de : « Fuori i barbari », hors d'Italie les barbares! Lorsque son élévation au trône pontifical a réuni entre ses mains le sort de la papauté et celui de l'Italie, il prend sous sa protection ce César Borgia contre lequel, dix années durant, il avait accumulé tant de haines, et le dérobe à la vindicte de l'Europe. Venise résiste-t-elle à , ses prétentions, il appelle contre elle Louis XII et Maximilien; puis, par un de ces revirements qui lui sont familiers, il s'allie avec Venise contre les deux monarques. En i5i2, nouvelle alliance avec l'Empereur contre cette même Venise. Pour chasser d'Italie les « barbares » français, il invoque le concours des barbares allemands, suisses, et espagnols, substituant à un mal une calamité encore plus grande ! Qu'importe ! le succès justifia ses entreprises et le pape-soldat mourut au milieu de son triomphe.

Ces contradictions ne doivent pas nous faire oublier les traits, vrai- i ment héroïques, du caractère de Jules II, son indomptable énergie, ses efforts désintéressés pour l'agrandissement de l'État pontifical, la grandeur de ses conceptions. Tout, chez lui, a dit M. Springer, sortait de la règle, ses passions comme ses entreprises. Sa fougue, son irascibilité, blessaient son entourage; mais ces défauts provoquaient la crainte, non la haine, car ils étaient exempts de petitesse, d'égoïsme banal. De ' même, ses projets excitaient l'admiration, non l'incrédulité-, car, loin de caresser des rêves chimériques, Jules II était sans cesse préoccupé î des moyens d'exécution. L'Eglise avait vu au quinzième siècle des papes belliqueux; les efforts de Calixte III et de Pie II contre les ,

JULES II

Turcs, les luttes du second de ces pontifes avec Sigismond Malatesta, celles de Sixte IV avec les Florentins, prouvaient que l'emploi de la force n'avait rien qui répugnât aux prédécesseurs de Jules II. Mais qu'étaient ces souverains, dirigeant de loin les opérations militaires, en comparaison de cet ardent lutteur, impatient de se jeter dans la mêlée, entrant par la brèche dans la ville conquise, ne respirant que feu et flammes, François I", s'entretenant à l^ologne avec Léon X, prononça en public ces paroles mémorables : « Le pape Jules a été un général du plus grand mérite; il aurait été mieux à sa place comme chef d'une armée que comme pontife'. »

En réalité, pour trouver parmi les ecclésiastiques des capacités militaires aussi grandes et une pareille somme d'énergie, il nous faut remonter jusqu'au farouche patriarche d'Alexandrie, Jean Vitelleschi, qui sut le premier forcer à l'obéissance les barons romains, qui détruisit de fond en comble Palcstrine, et qui, devenu trop puissant, fut assassiné par ordre de son maître, Eugène IV. Le successeur de Vitelleschi, le cardinal Louis Scarampi, patriarche d'Aquilée, fut également un grand homme de guerre, dont Jules II dut plus d'une fois admirer la ! valeur et l'habileté.

■ Quoique Jules II tint du monarque séculier plus que du souverain I pontife, le souci de la gloire de l'Eglise se mêlait à toutes ses préoccupations. De même que le népotisme était absolument étranger aux guerres entreprises par lui, — ses conquêtes protitèrent exclusivement à l'Etat pontifical, — de même la protection qu'il accorda aux arts était dictée par le désir de faire servir à l'illustration de la papauté toutes les forces intellectuelles dont il disposait. De là le caractère de grandeur qui nous frappe dans toutes ses créations et qui contraste si singulièrement avec les vues personnelles, comme aussi avec les molles élégances du règne de Léon X.

Jules II montra peu de goût pour la littérature. « Que me parles-tu de livre? « répondait-il à Michel-Ange qui lui demandait s'il devait le représenter avec un livre à la main. « Je ne suis pas un savant, moi; donne-moi une épée. » Che libro? mm spada; ch'io pcr me Jioii sa lettere. Les humanistes virent de nouveau pâlir leur étoile, comme du temps de Paul II, sans que cependant la froideur du pape les empêchât de se multiplier et de faire fortune à la cour pontificale. La bibliothèque du Vatican, à laquelle Sixte IV avait donné une si grande

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