‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 136 sur 327 · PORTRAIT DE BALTHAZAR CASTIGLIONE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE BALTHAZAR CASTIGLIONE

(Musée du Louvre.)

tique de Castiglione. Nous reproduisons, d'après ce savant, le début de la plus célèbre d'entre ces chansons d'amour : « La fleur de ma première jeunesse est passée; je sens dans mon cœur de moins vagues

3oo RAPHAËL. — CHAPITRE X.

dcsirs, et peut-être mon visage ne respire plus, comme autrefois, le feu de l'amour. Les jours regrette's fuient en un moment, plus rapides qu'une tièc'ne, et le temps, dans son vol, emporte, sans jamais nous les rendre, toutes les choses sujettes à la mort. Cette vie fragile, qui nous est si chère, est une ombre, un nuage d'un moment, une fumée, une vapeur légère, une mer troublée par la tempête, une obscure prison. — En rértéchissant ainsi, à part moi, la raison vient m'éclairer d'une vive lumière, au milieu de ces épaisses ténèbres, et me fait voir que, jusqu'à ce jour, mon cœur a été le jouet des artifices de l'amour, qui seul a causé toutes mes peines. »

Castiglione n'était pas seulement un poète digne de marcher de pair avec les plus grands de son siècle, il était encore, en matière d'art, un juge aussi sévère que délicat. Son influence sur Raphaël, dont il fut un des premiers à deviner le génie, a été des plus considérables. Nul doute qu'il n'ait souvent indiqué à son ami, plus jeune que lui, et moins familiarisé avec la littérature ou l'histoire, les sujets dont celui-ci tirait ensuite un parti si brillant. Ses conseils ne lui furent pas moins précieux pendant l'exécution même des travaux. Ce fut lui aussi, tout nous autorise à l'affirmer, qui encouragea le plus chez Raphaël l'étude de l'antique. Ses vers sur la CAéopâlre exposée au ^'atican, ses lettres, sa passion pour les marbres ou les gemmes, nous prouvent à quel point il était pénétré d'admiration pour les chefs-d'œuvre de l'art classique. Nous le verrons, dans la suite, collaborer au rapport que Raphaël adressa au pape sur la restitution de l'ancienne Rome, et proclamer en termes enthousiastes la grandeur cie la civilisation païenne.

Castiglione était, comme Bembo, de la race des amateurs : on le trouve sans cesse à l'affût des belles choses, et préférant, il nous le dit lui-même, une pièce hors ligne à cinquante ouvrages médiocres. La modicité de ses ressources ne lui permit pas de réunir une collection comparable à celle de son ami-, mais l'ardeur qu'il mit dans ses recherches n'était pas moindre. En vrai fils de son siècle, il poursuivit tout d'abord les antiques : ses lettres nous apprennent qu'il possédait plusieurs marbres, notamment des bustes; elles nous le montrent convoitant la statuette de Satyre, de son ami Balthazar Turini, lui faisant des offres pour ses fragments de sarcophages. Il désirait surtout conquérir certain camée antique orné d'une tète de Socrate, et ne recula pas, pour s'en rendre possesseur, devant la dépense d'une trentaine de ducats, somme relativement fort élevée pour lui. Mais l'art moderne, l'art vivant ne le passionnait guère moins. Intimement lié avec Raphaël

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