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LES STANCES

c'tait le compatriote, peut-être même le parent de Raphaël. Il était, en outre, fort lié avec le Pérugin, qui l'entretint sans cloute plus d'une fois du plus brillant de ses élèves. Son obligeance naturelle, peut-être aussi le désir de fortilîcr son parti par une recrue qui lui serait dévouée et qui lui aiderait à tenir tête à la coterie — le mot n'a rien d'excessif — de Michel-Ange, lui firent plaider aupix-s du pape la cause du Sanzio. La recommandation de la cour d'Urbin, du duc François-Marie délia Rovere, neveu de Jules II, fit sans doute le reste. On a beau dire, quels que fussent le mérite, le charme, la perfection des ouvrages exécutés jusqu'alors par Raphaël, l'appui de l'architecte en chef de Saint-Pierre, joint à celui des plus proches parents du pape, lui était indispensable pour l'emporter sur tant de rivaux. Son nom ne s'imposait pas encore; l'artiste s'était à peine exercé dans les compositions monumentales, et quelques initiés seulement pouvaient prévoir le prodigieux essor que son génie allait prendre dans la Dispute du Sainl-Sacrement et dans l'Ecole d'Athènes.

Des maîtres éminents avaient précédé Raphaël dans la décoration du palais papal. Au-dessous des salles dans lesquelles la peinture allait, par lui, célébrer ses plus beaux triomphes, s'étendait l'appartement Borgia, orné, sous Alexandre \^I, de fresques qui constituent le plus sérieux titre de Pinturicchio à l'admiration de la postérité. Quant au second étage, ces « Stanze », auxquelles le nom de Raphaël est indissolublement lié, plusieurs générations de peintres célèbres avaient travaillé à leur embellissement'. Aujourd'hui encore, un modeste écusson sculpté dans la clef de voûte, et si bien dissimulé, qu'il semble avoir échappé à l'attention de tous mes prédécesseurs, proclame la gloire de Nicolas V, l'ardent champion de la Renaissance, le fondateur de cette partie du palais. Si la présence de ses armes au milieu de ces fresques, où tout semble nous entretenir de la magnificence de Jules II et du génie de

I. Jules II ne s'installa qu'en iSoy, le jour anniversaire de son couronnement (26 novembre), au second étage du palais; c'est-à-dire dans l'appartement communiquant avec les Stances. II est donc probable que l'idée de renouveler la décoration de ces salles ne date que de cette époque. Notre hypothèse a pour elle l'autorité du maître de céréinonies pontifical, Paris de Grassis : « Hodie, » dit-il, « papa incœpit in superioribus mansionibus palatii habitare, quia non volebat videre omni hora, ut mihi dixit, Hguram Alexandri prasdecessoris sui. » (Bibl. nal., fonds latin, n" SifiS, t. I, p. 3g2.) La chapelle de Nicolas V, décorée par Frà Angelico, servait d'oratoire à Jules II, qui y célébrait tous les matins la messe. — Dans la notice consacrée à Raphaël par Jove, la salle de Constantin est qualifiée de « amplius cœnaculum », c'est-à-dire de grande salle à manger, celle de VIncendie du Bourg, de « penitius Lconis X triclinium », ou Galle à manger particulière de Léon X. Dans les Elugia vironim bcllica virtute illustrium, Jove désigne cette salle sous le nom de « cœnaculum », qui a le même sens. (Edit. de i56i, p. 446.)

Raphaël, a passé jusqu'ici inaperçue, s'il nous faut entreprendre cette ' tardive revendication, c'est que Nicolas \\ loin de choisir ses armoiries, comme ses prédécesseurs, dans les titres de sa famille, ou de se faire | composer quelque blason prétentieux, s'est contenté des armes mêmes de l'Église, les deux clefs. Vo3vant ces insignes, les auteurs qui se sont ^ occupés des Stances, auront cru qu'elles faisaient partie de l'écusson de Jules II, alors qu'elles forment comme la signature authentique d'un pape dont Jules II n'a fait, à tant d'égards, que reprendre les projets.

Dans les comptes des bâtiments de Nicolas ^', il est souvent question, à partir de 1460, de peintures exécutées dans le palais du Vatican. Les maîtres auxquels le pape confia cette tâche si intéressante s'appelaient : Benedetto Buonfigli, de Pérouse, un des précurseurs les plus éminents du Pérugin ; Andréa del Castagno, le célèbre réaliste floren- j tin ; Bartolommeo di Tommaso, de Foligno, un des chefs de l'École \ ombrienne; Simone, de Rome, etc., etc. Bramantino l'ancien aurait également pris part à ces travaux, s'il fallait en croire ^^asari ; mais les auteurs modernes révoquent en doute jusqu'à l'existence de ce personnage. Rappelons enfin que, à la même époque, Frà Angelico, assisté de Benozzo Gozzoli et de plusieurs autres de ses élèves, peignit, dans l'oratoire attenant aux Stances, ses célèbres compositions de VHistoire de saint Etienne et de saint Laurent. Certes, la Dispute du Saint-Sacrement et la Messe de Bolsène, ont plus de liberté, plus d'éclat, que les fresques de l'humble artiste dominicain. Mais celles-ci ne le cèdent pas à l'œuvre de Raphaël pour l'intensité de l'expression. Aujourd'hui encore, quand, après avoir admiré, dans les Stances, les chefs-d'(euvre du Sanzio, on pénètre dans la modeste chapelle de Nicolas \ ^ on ne peut s'empêcher d'évoquer avec respect et gratitude, à côté des noms de Jules II et de Raphaël, ceux de Frà Angelico et de son illustre protecteur.

Plus tard, s'il faut ajouter foi à l'assertion de ^^asari, Piero délia Francesca et l'énigmatique dom Bartolommeo délia Gatta se signalèrent sur ce champ de bataille historique. Puis vint le tour du Pérugin, de Lucas Signorelli, de Sodoma, de Peruzzi. C'étaient de glorieux champions avec lesquels il eût été dangereux, pour tout autre que Raphaël, de se mesurer. Mais le jeune maître d'Urbin n'eut qu'à se montrer pour reléguer dans l'ombre ses prédécesseurs.

Voici quel était, au moment de l'arrivée de Raphaël à Rome, l'état des travaux destinés à compléter la décoration des Stances. Sodoma, et ce fait l'ésulte jusqu'à l'évidence d'un document récemment publié par le sa\ant bibliothécaire de la Chigienne, M. Cugnoni, Sodoma,

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