‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 15 sur 327 · Rio, De l'art chrétien, t. II, pp · texte numérisé non relu

Rio, De l'art chrétien, t. II, pp

Penna; c'est un chef-d'œuvre. J'ai pensé, en le regardant, à la belle parabole de l'Evangile, le denier de la veuve.

Pour une nature jeune et généreuse, de pareils exemples étaient bien propres à fortifier l'inspiration. A cet égard, il fut heureux pour Raphaël qu'il pût se retremper dans les sources vives des sympathies populaires. Les œuvres qu'il mit au jour plus tard, à Rome, aux applaudissements de l'univers, sont plus savantes, plus belles : mais nous touchent-elles toujours autant?

Rio, dans une page qui mérite d'être signalée, a bien mis en lumière le caractère en quelque sorte pratique de la peinture ombrienne, ainsi que sa connexité intime avec les croyances de la population. Il nous montre le Pérugin travaillant d'abord à Cerqueto, près de Pérouse, comme interprète de la dévotion populaire à l'occasion d'une peste qui désolait depuis plusieurs années la contrée. « Ce fut probablement alors », dit-il, « que la madone miraculeuse du dôme acquit à ses yeux une valeur esthétique que personne peut-être ne lui avait donnée avant lui. Cette image, particulièrement vénérée par le peuple sous le nom de Madonna délia Gracia, devint, avec quelques modifications toujours respectueuses dans leur variété, son type de prédilection. Tantôt il la reproduisit avec une fidélité scrupuleuse, comme dans la fresque du couvent de Sainte-Agnès, à Pérouse; tantôt il s'en inspira pour donner un digne aliment à la piété des citoyens, soit sur les autels, soit sur les bannières, soit même sur la place publique, où il lui arriva de peindre cette Madonna délia Liice, à laquelle, d'après la légende populaire, un blasphème proféré devant elle fit tenir les yeux fermés pendant quatre jours, et qui, devenue, par suite de ce miracle, l'occasion d'expiations solennelles et de prédications émouvantes, fut transférée, en i5i8, dans une petite chapelle d'un goût exquis, dont la construction fut entièrement défrayée par les offrandes populaires. »

Certes on est tenté de crier à l'uniformité, à l'absence d'imagination devant ces innombrables A^ierges ou Saintes Familles, toutes composées, en apparence du moins, sur un plan identique, avec leur disposition consacrée, leurs types traditionnels. C'est qu'ici, comme dans l'art byzantin, « l'esprit populaire attache à ces représentations un sens sacré, et considérerait comme une profanation de laisser le champ libre au caprice des artistes. Ce n'est qu'aux époques où la foi faiblit que leur fantaisie peut s'exercer sans contrainte dans le domaine de l'art religieux'. »

I. Bayet, Kcclicrclics pour servir à l'histoire de la peinture et de la sculpture chrétiennes en Orient avant la querelle des iconoclastes ; Paris, 1879, P- '^4-

PEROU SE. 3-

Les guerres, les troubles de toute sorte qui signalèrent la fin du quinzième siècle, loin de ralentir l'essor des arts, le favorisèrent singulièrement en surexcitant chez les populations le sentiment religieux. A chaque instant nous voyons le Pérugin quitter Florence pour doter Pérouse de quelque chef-d'œuvre nouveau. En 1495, l'église San-Domenico lui commande la madone, aujourd'hui conserve'e dans la galerie de la ville, et l'église San-Pietro de' Monaci Cassinensi, V Ascension, depuis transportée au musée de Lyon. En 1496, le magistrat renouvelle avec lui le contrat pour la décoration de la chapelle du palais municipal. La même année, l'œuvre du Dôme le charge de peindre le Mariage de la Vierge, ou Sposaliyio, qui ne fut toutefois terminé que longtemps après. Puis Pierre Pérugin travaille pour Santa- Maria Nuova, de Fano, pendant que les députés d'Orvieto le pressent en vain de tenir sa promesse, et de terminer la chapelle commencée par Frà Angelico.

C'est à cette exubérance de patriotisme et de piété, à ce besoin de créations nouvelles, que nous devons le plus célèbre peut-être des ouvrages du Pérugin, à coup sûr le plus important de ceux qu'il a exécutés pour l'Ombrie, ces fresques du Cambio, qui sont dans sa carrière ce que les Chambres du ^^atican sont dans celle de Raphaël. Depuis longtemps la corporation des changeurs de Pérouse, 1' « arte del Cambio », brûlait de décorer avec une magnificence tout à fait exceptionnelle la salle de ses délibérations. Elle commença par les boiseries destinées â couvrir la partie inférieure des murs, et par l'estrade sur laquelle siégeaient le conseil et les recteurs de la compagnie. Cette tache fut confiée à un des plus habiles artistes en marqueterie de Florence, Domenico del Tasso, qui s'en acquitta, en 1493, à la satisfaction générale'. En 1496, on résolut de procéder à la décoration de la voûte et de la partie supérieure des parois. C'était le ■iG janvier. I^a réunion comprenait trente membres. Elle délibéra d'abord sur le choix du peintre. Est-il nécessaire d'ajouter que tous les suffrages se portèrent sur le Pérugin? Même unanimité pour décider que la décoration de la salle serait aussi riche que possible. On convint de ne reculer devant aucun sacrifice pour obtenir un résultat qui fit honneur à la corporation. Puis on choisit un comité de six membres chargés de s'entendre avec le Pérugin, qui peignait en ce moment même VAscension de l'église Saint-Pierre. L'artiste

I. A. Rossi, Storia artistica del Cambio di Peru^ia; Pérouse, 1H74, p. 7, et Maestri e lavori di legname in Penigia nei secoli XV» e XVl"; Pérouse, iSy'j, pp. 17, 18.

HAPHAKL. —

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