‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 165 sur 327 · I. Un pensier dolce è rimeinhrare il modo · texte numérisé non relu

I. Un pensier dolce è rimeinhrare il modo

Di quello assalto, ma più grave è 'I danno

Del partir, ch' io restai corne quei ch' hanmi

in niar pc-rso la Stella, se '1 ver odo. Or lingua di parlar disciogli el nodo,

A dir di questo inusitato inganno

Ch'amor mi fece per mio grave aft'anno :

Ma lui pur ne ringrazio, e lei ne lodo. L'ora sesta era, che l'occaso un sole

Aveva fatto, c l'altro surse in loco,

Atto più da far fatti che parole; Ma io restai pur vinto al mio gran tbco

Che mi tormenta : chè dove ruom suole

Disiar di parlar più riman tioco.

(D'après la transcription en italien moderne publiée par M. Gri.mm -. fias Lcbcn Raphaeh von Urbino, p. 365. Voy. aussi Raff.u-lh) Snn~,io. Iiis Sonuct in the British Muséum, par M. Fagan; Londres, 1884.)

l'inexpérience qui se révèle dans la forme, on découvre des images, on saisit des pensées de la plus grande délicatesse.

" Amour, tu m'as enchaîné avec la lumière de deux yeux qui font mon tourment, et avec une face de blanche neige et de roses vivaces,

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AUTOGRAPHE DE R A P H A li L

(British Muscum.i

avec un beau parler et des manières élégantes. — Telle est l'ardeur qui me consume, que ni mer ni fieuve ne pourrait éteindre mon feu. Mais je ne me plains pas, car mon ardeur me rend si heureux, que plus je brûle, et plus je désire brûler. — Combien furent doux le joug et la chaîne de ses bras blancs enlacés autour de mon cou ! En me

détachant, je ressentis une douleur mortelle. — Je m'arrête, un bonheur trop grand fait mourir. Aussi je me tais, mes pense'es tournées vers toi. »

Dans le troisième sonnet, Raphaël se jure à lui-même de ne pas dévoiler le secret de son bonheur : « De même que Paul, descendu du ciel, ne put pas révéler les secrets de Dieu, de même mon cœur a recouvert toutes mes pensées d'un voile amoureux. C'est pourquoi, tout ce que j'ai vu, tout ce que j'ai fait, je le tais, à cause de la joie que je cache dans mon cœur. xAIes cheveux changeront (de couleur) sur mon front plutôt que le devoir ne se changera en pensées coupables, » etc.

A qui furent adressées ces compositions si passionnées et en même temps si respectueuses? On l'ignore. Passavant a admis que la jeune fille célébrée dans les sonnets n'est autre que la Fornarine, avec laquelle Raphaël aurait été en relations dès cette époque. Mais ce n'est là qu'une hypothèse, à l'appui de laquelle l'auteur allemand n'a apporté aucun argument positif. Faisons de nécessité vertu; imitons la réserve de Raphaël, qui n'a pas prononcé le nom de celle qu'il aimait, et renonçons à soulever le voile qui couvre l'histoire de ce premier amour.

Avant de quitter la chambre de la Signature, jetons encore un regard sur ce sanctuaire, le plus complet, le plus splendide que l'art moderne ait créé. Par la profondeur des idées, la noblesse du style, la vie et la jeunesse qui régnent jusque dans les moindres parties de la décoration, ce vaste ensemble restera un monument unique dans les annales de la peinture. Raphaël, et c'est tout dire, Raphaël lui-même ne s'est jamais élevé plus haut.

SIGNATURE D lî RAPHAËL

(Miisce de la Pi'opagande. à Rome.)

(Musco du Lom'i'c.)

Raphacl au service de Jules II (suite) : la Chambre d'Héliodore. — Hcliodore chassé du Temple. — La Messe de Bolsene. — Saint Lei))i et Attila. — La Délivrance de saint Pierre.

— Travaux pour les particuliers : Madones et Saintes Familles. — Ulsaie. — Portraits.

— Premières gravures de Marc-Antoine: la Mort de Lucrèce. — Le Massacre des Innocents.

— Mort de Jules II.

La chambre de la Signature avait ctci acheve'e en i5i i, après trois années de travail. Jules II, au comble de l'enthousiasme, chargea Raphaël de décorer également la salle voisine, la chambre d'Héliodore. Mais, si son admiration pour l'artiste n'avait fait que croître, ses idées sur la mission de l'art, et en particulier sur le choix des sujets destinés à illustrer sa résidence, s'étaient singulièrement modifiées. La salle de la Signature est l'expression la plus haute de cette civilisation si admirablement pondérée dont Raphaël, à son tour, a été l'interprète le plus fidèle et le plus éloquent. Les souvenirs du moyen càge s'y mêlent harmonieusement aux splendides conquêtes de la Renaissance; la science, l'art, la poésie, y sont glorifiés au même titre que la jurisprudence et la théologie. Partout éclatent cette large tolérance, cette sympathie universelle, qui ont fait la gloire du quinzième et du seizième siècle.

Tout autre est le caractère de la chambre d'Héliodore. La grandeur de la religion, la puissance du chef de l'Église, telles sont les seules idées qui nous frappent dans les peintures de cette salle. Plus de réminiscences profanes, plus d'excursions dans le domaine de la poésie : l'art a abdiqué son indépendance et ne songe plus qu'à nous rappeler que nous nous trouvons dans l'appartement du souverain pontife; bien plus, d'un pontife ayant nom Jules IL D'un côté, la glorification des exploits militaires du pape dans la transparente allégorie de VHéliodore chassé du temple; de l'autre, la représentation d'un miracle destiné à faire accepter par les plus incrédules les enseignements de la religion. Les deux sujets ajoutés sous Léon X augmentent encore cette impression. L'un rappelle à la fois la délivrance de saint Pierre et celle du pape régnant; l'autre retrace un des actes les plus glorieux du pontificat d'un homonyme de Léon de Médicis, saint Léon, premier du nom. Que nous voilà loin de cette radieuse apothéose de l'antiquité païenne, V Ecole d'Athènes, le Parnasse, Apollon et Marsyas!

Mais on peut soutenir que, même au point de vu2 particulier auquel devaient se placer Jules II et Léon X, le programme des peintures destinées à la salle d'Héliodore, comme aussi celui de la salle de Vlncendie du Bourg; était plein de contradictions. La représentation des triomphes de la papauté une fois admise en principe pour la décoration de l'appartement pontifical, quels étaient les épisodes qui s'imposaient au choix du peintre? C'étaient tout d'abord, si l'on voulait laisser de côté l'histoire de l'Église primitive, les grands événements du règne de Constantin (nous reconnaissons que, à cet égard du moins, Léon X a fait preuve de logique en consacrant une salle spéciale au premier empereur chrétien); puis ^■enaient trois des sujets choisis soit par Jules II, soit par Léon X, la Rencontre de saint Léon et d'Attila, le Couronnement de CharlemaLine, la Messe de Bols'ene, tous événements de la plus haute importance dans les annales ecclésiastiques. Les croisades d'un côté, les luttes de l'Eglise et de l'Empire de l'autre, pouvaient fournir au moins trois ou quatre sujets qu'il n'était pas permis de négliger. (Comprend-on que ces deux papes de la Renaissance, qui reprenaient avec tant d'énergie les traditions du moyen âge, n'aient même pas accordé un souvenir à Grégoire MI, à Innocent III, à Boniface Vm?) Au quinzième siècle, on pouvait emprunter quelque épisode caractéristique, tel que le retour de Martin \ à Rome, ou l'ouverture du concile de Florence. Pour le seizième siècle, enfin, la pose de la première pierre de la nouvelle basilique vaticane aurait fourni la ma-

1- 1 I bi; l'oiR i.i, (.laii l'i; lu: .ii'i.is ii hws i.a (, ii \ m m; i ii ]i ii.i odo k i:

(Miisiie du I.ouvii;.)

LA CHAMBRE D'HÉLIODORE. Sji

tière d'une peinture digne de clore le récit de tant d'actes glorieux. Le Vatican aurait ainsi possédé un cycle sinon complet, du moins homogène; la grandeur des idées aurait répondu à la beauté de l'exécution.

Mais l'amour-propre de Jules II et surtout de Léon X a dénaturé, au profit de l'ambition personnelle de ces pontifes, un programme dont l'idée première était assurément des plus élevées.

Dans ses études fort ingénieuses et fort instructives sur les Stances, l'auteur que nous avons cité à l'occasion de la salle de la Signature fait concorder les changements survenus dans les idées de Jules II avec les changements effectués à ce moment au sein même de l'Eglise. Le concile de Latran, ouvert le 3 mai i5i2, clos le ih mars iSiy, tel est, d'après Hettner, le foyer autour duquel gravitera désormais la décoration du palais pontifical. « Ce concile, dit-il, a été une des victoires les plus brillantes et les plus fécondes de la papauté : les fresques de la Stan-a d' FAiodoro, de la Staii^a dcW Iiiceiidio et de la salle de Constantin forment l'expression artistique, monumentale, de cette victoire et des idées hiérarchiques auxquelles elle a donné naissance'. »

On ne saurait nier que quelques-uns des rapprochements établis ! par Hettner ne soient fort ingénieux. Dans la salle de VInccndic du Bourg' surtout, deux des fresques de Raphaël paraissent être la paraphrase des résolutions adoptées par la vénérable assemblée réunie au Latran. Mais s'ensuit-il qu'il y ait eu influence du concile sur les productions de l'artiste? Ne pourrait-on pas plutôt renverser la proposition et dire : Si les peintures du Vatican reflètent les préoccupations du concile, c'est que celui-ci reflétait lui-même les préoccupations du pape ; par conséquent, c'est le pape, et non les Pères réunis au Latran, qui a déterminé le choix des sujets et donné aux trois dernières chambres leur caractère si profondément théocratique.

Un dessin du Louvre, dont nous venons de donner le fac-similé (page 3Gt)), montre à quel point Raphaël et son protecteur ont hésité sur le choix des sujets destinés à la salle d'Héliodore. Il était question, à l'origine, de représenter, dans une des deux lunettes surmontant les fenêtres, une scène de l'Apocalypse (chap. vni, v. 2-5) : Dieu remettant aux sept anges les trompettes dont le son doit engendrer les calamités les plus épouvantables. A droite, on voit saint Jean (figuré sous les traits d'un vieillard) assis et écrivant; au sommet. Dieu planant au-dessus d'un autel et remettant les trompettes à ses messagers; près

I. Italicnisclie Stiidicn, p. 21 3. Dans son Raffacl und Michel- Angola, M. Springer a ri;duit à leurs justes proportions les rapprochements signales par Hettner (t. II, pp. 338-342).

de lui, un autre ange tenant l'encensoir embrasé au contact duquel la terre s'entr'ouvrira et se couvrira d'éclairs; à gauche, le pape agenouillé devant son prie-Dieu, dans une attitude peu différente de celle qu'il aura dans la Messe de Bolsène. Jules II étant ici représenté avec le visage entièrement rasé, cette esquisse semble remonter à une époque assez reculée, puisque dans le Grégoire IX vromiil^uant les Décrétales, le pape porte déjà la barbe'. Le dessin du Louvre se rattache \ d'ailleurs, par son sujet, au courant d'idées qui passionnait alors ' Jules II : comme si ses coups ne portaient pas assez fort, il rêve de faire intervenir la justice divine pour exterminer ses adversaires.

La chambre d'Héliodore avait été décorée une première fois, sous Nicolas y, par Picro délia Francesca. Raphaël, ne pouvant sauver les compositions de son prédécesseur, voulut du moins en perpétuer le souvenir : il les fit copier par ses élèves; ces copies entrèrent plus tard dans le musée formé par Paul Jove. Les ornements dont un peintre contemporain de Raphaël, probablement B. Pcruzzi, avait couvert la voûte, furent mieux partagés : ils existent aujourd'hui encore à côté des créations du Sanzio.

Pour la première fois, Raphaël, dans la chambre d'Héliodore, confia une part considérable du travail à un collaborateur : il s'adjoignit Jules Romain, alors âgé de vingt ans,

La fresque qui a donné son nom à la chambre dont nous nous occupons, VHeliodore chassé du temple, ne le cède guère, du moins comme célébrité, aux compositions de la chambre de la Signature. L'enthousiasme que cette œuvre considérable provoque depuis trois siècles et demi se comprend aisément; il est difficile, après avoir contemplé les compositions si calmes, si nuancées, de la salle précédente, de ne pas être saisi devant ce drame biblique, aussi terrible que vivant. \J Héliodore forme la digne préface des cartons de tapisserie, la plus puissante et la plus populaire des œuvres de Raphaël.

Pour composer cette grande page, Raphaël n'a eu qu'à s'inspirer du récit de l'Ancien Testament. En dehors du groupe formé par Jules II et son entourage, il n'y a pas dans la fresque un seul détail qui soit en désaccord avec l'Ecriture, bien plus, qui n'en forme le commentaire le plus fidèle, le plus vivant qui se puisse imaginer. On en jugera par cet extrait, qu'il est indispensable de placer en regard de la peinture:

I. Ce fut à partir de son voyage à Boloi^ne, en septembre i5io, que Jules II laissa pousser sa barbe. (Voy. le Diarium de P.iris de Grassis, février i5i i.)

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