DIEU APPARAISSANT A NOÉ
(Fac-similé de la gravure do Marc- Antoine. i
armes, que Ton est en droit de regarder Raphaël comme le maître des autres peintres; en ce qui concerne l'imitation de la nuit, la peinture n'a jamais produit d'œuvre plus divine ni plus universellement appréciée. »
La critique moderne s'est montrée plus sévère; elle a pensé que de pareils tours de force étaient plutôt à leur place dans des tableaux de chevalet que dans des fresques monumentales. Elle a, en outre, reproché à Raphaël d'avoir manqué aux règles de l'unité d'action et d'avoir, dans la même composition, représenté deux scènes différentes, saint Pierre en prison, et saint Pierre délivré. Mais ces fautes ne doivent pas nous faire oublier la puissance dramatique déployée par Raphaël dans cette composition, que tout autre aurait traitée comme un simple tableau de genre.
Lorsque Raphaël commença la décoration de la salle d'Héliodore, la voûte était déjà ornée, en partie du moins, de fresques dues au pinceau de Balthazar Peruzzi'. Ici encore Raphaël respecta Tceuvre de son prédécesseur, autant que le permettaient les ordres du pape; ici encore les compositions qu'il ajouta ne devaient pas tarder à éclipser celles dont elles prenaient la place. Si les quatre sujets représentés sur la voûte n'ont plus rapport, comme ceux de la salle de la Signature, aux fresques des parois, ils forment du moins un ensemble absolument homogène. Ils sont tous les quatre empruntés à l'Ancien Testament et rappellent les promesses faites par Jéhovah au peuple d'Israël : ils nous montrent Dieu apparaissant à Noe, — le Sacrifice d'Abraham, — le Songe de Jacob, — - le Buisson ardent. Raphaël, à ce moment, voyait surtout dans les scènes de l'Ancien Testament le côté grandiose ou terrible. Plus tard, dans les Loges, il s'attacha à en développer le côté gracieux et mystique, et tira de la Bible des id3iles d'une grâce exquise. Nous ne craignons pas d'être taxé d'exagération, en comparant deux des quatre scènes, V Apparition de Dieu à Noe et le Buisson ardent, aux peintures de la Sixtine. Raphaël s'y est très certainement inspiré de Michel-Ange, et il a égalé son modèle, du moins dans la première des compositions, Y Apparition. Quant aux deux autres fresques, plusieurs savants dont l'opinion tend à prévaloir depuis quelque temps, notamment M. Robinson dans son catalogue des dessins d'Oxford, les retranchent de l'œuvre du maître pour en faire honneur à un de ses disciples, Jules Romain.
Des cariatides en grisaille (fortement retouchées en 1 702-1703 par Maratta) complètent la décoration de la salle d'Héliodore. Raphaël y a personnilié les forces vives de l'Etat pontifical. Ces figures, peintes au-
I. Voyez Crowe et CAVALCAr.Ei.i.R, Histoire de la Peinture italienne, t. W , pp. 401,405.
LES GRISAILLES DE LA CHAMBRE D'HELIODORE. 38i
dessous des fresques latérales, représentent la Religion, la Loi, la Paix, la Protection, la Noblesse, le Commerce , la Marine, la Navigation, V Abondance, VElève du bétail, V Agriculture et la Vendange. Notre gravure reproduit l'esquisse de la figure du Commerce, d'après la sanguine conservée au Louvre.
Aux figures allégoriques correspondent des tableaux de petites dimensions, en camaïeu brun doré. Comme ces compositions ont été également en partie repeintes par Maratta en 1702lyoS, leur description n'offrirait pas grand intérêt. Il en serait de même de celle des petits tableaux placés dans les embrasures des fenêtres; ils ont été tellement retouchés et remaniés, que l'on n'y retrouve môme plus toujours la pensée de Raphaël : c'est ainsi que l'un d'eux représente, d'après la gravure de Durer, l'homme aux pieds de bronze dont parle l'Apocalypse. (Passavant, t. II, p. iSb.)
Constatons, avant de quitter la salle d'Héliodore, que les réminiscences de l'antiquité, si fréquentes dans la salle de la Signature, font ici presque complètement défaut. En dehors des armures de V Attila, copiées, Vasari déjà l'a remarqué, sur les basreliefs de la colonne Trajane, il serait difficile de citer des imitations directes de la statuaire grecque ou romaine. Raphaël, et c'est ce qui