LA VIERGE AU POISSON
santc : les maux d'yeux étant très fréquents à Naples, on avait érigé une chapelle particulière, où les personnes atteintes de ce mal allaient prier. La Madone de Raphaël était destinée à cette chapelle ; il est donc naturel que l'artiste ait introduit dans la composition le jeune Tobie
LA .MADONE AVEC l' E N F A N T DEBOUT
(Original perdu.)
portant le poisson, instrument de la guérison de son père. Quant à saint Jérôme, peut-être a-t-il pris place dans la composition parce que, traduisant le premier le livre de Tobie, il a principalement contribué à l'incorporer dans la Bible.
La Vierge au poisson a été peinte, vers la fin du règne de Jules II ou le commencement du règne de Léon X, pour l'église Saint-Dominique de Naples. Une lettre adressée de Naples, le 20 mars 1524, au Vénitien
M. A. Michiel, auquel nous devons tant de précieux renseignements sur Raphaël, nous apprend que dès ce moment le tableau était placé dans la chapelle des Doce : « In la medesima chiesa (S. Domenico) dentro la cappella del sign. Joan Baptista del Duco è l'angelo con Tobia facto per man de Raphaël di Urbino. » Elle y est restée jusqu'en i()38, époque à laquelle le vice-roi, duc de Medina, la fit transporter dans r>on palais, malgré la résistance des moines; en iG5b, elle est devenue la propriété du roi Philippe IV d'Espagne.
On place d'ordinaire à la suite de ces compositions la Madojie avec l'enfant debout (Passavant, n° ()o\ qui n'est plus connue que par des copies anciennes, et la Sainte Famille du musée de Naples (Passavant, n" 91), peinte pour Lionel de Carpi, acquise plus tard par les Farnèsc, avec la succession desquels elle est entrée au musée de Naples.
La seule fresque que Raphaël ait exécutée sous Jules II pour un particulier, VIsa'ïe de l'église Saint-Augustin, lui fut commandée par le Luxembourgeois Jean Goritz, avec lequel nous avons déjà eu l'occasion de faire connaissance. Vasari raconte à ce sujet une curieuse histoire : « Bramante, qui avait les clefs de la chapelle Sixtine, y introduisit son ami Raphaël, afin de le mettre à même d'étudier le style de Michel- Ange. Raphaël recommença aussitôt le Prophète haie, qu'il avait déjà terminé dans l'église Saint-Augustin, au-dessus de la Sainte Anne d'Andréa Sansovino. Il prouva dans cette peinture combien la vue de l'œuvre de Michel-Ange avait agrandi et ennobli son style. Michel- Ange, à son retour, en voyant l'ouvrage de son rival, pensa, et il avait raison, que Bramante avait agi ainsi pour augmenter la gloire de Raphaël. »
Nous ne savons ce qu'il y a de vrai dans cette historiette. Ce qui est certain, c'est que VIsaïe se ressent singulièrement de l'influence de Michel-Ange, si tant est que les restaurations auxquelles la fresque a été soumise, dès le seizième' siècle, par Daniel de Volterra (i555), permettent encore de juger de son caractère.
h'Isaïe fut loin de provoquer chez les contemporains le même enthousiasme que le groupe de Sansovino placé près de lui et représentant Sainte Anne, la Vievijçe et l'enfant Jésus. En parcourant le recueil des poésies composées en l'honneur de la chapelle de Sainte- Anne et de son fondateur, les Coryeiana (Pungileoni, p. 287), on ne trouve qu'un distique, d'ailleurs fort vague, dans lequel l'auteur (Blosio