‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 175 sur 327 · LA SAINTE FAMILLE DU MUSÉE DE NAPLES · texte numérisé non relu

LA SAINTE FAMILLE DU MUSÉE DE NAPLES

(Fac-simili; de la gravure do Marc -Antoine.)

Les qualités déployées par Raphaël dans ses portraits de Florence, sa facilité à saisir le caractère ph3^sique et moral de ses modèles, à le

I. Dans une étude récente, insérée dans le Kunstfreund (i885, n" 4), M. Dehio cherche à démontrer que VIsaie n'est pas de Raphaël. Les arguments de M. Dehio sont ingénieux, mais on m'excusera de m'en tenir purement et simplement à l'opinion ancienne qui a pour elle l'autorité de Vasari.

fixer dans des images également parfaites au point de vue de la vérité et à celui du style, semblaient devoir lui attirer de nombreuses commandes de la part des dignitaires de la cour pontificale, d'ordinaire si désireux de transmettre leurs traits à la postérité (sage précaution, en vérité, de la part de ces hommes sans descendance, quelquefois même sans famille, que de s'occuper eux-mêmes du soin de leur mémoire). Le nombre des portraits que Raphaël peignit à Rome est cependant très restreint. On dirait que l'artiste, d'ordinaire si obligeant, voulait réserver cette haute faveur, soit à ses souverains, soit à ses amis les plus intimes. Il serait en effet difficile de citer, en dehors du Violoniste et du jeune homme du Louvre, un seul étranger auquel il ait fait l'honneur de le pourtraire : Jules II, le duc François-Marie, Frédéric de Mantoue, Léon X, Julien et Laurent de Médicis, Jeanne d'Aragon, étaient soit ses maîtres, soit les alliés de ses maîtres; Bindo Altoviti, Inghirami, Bibbiena, Beazzano, Navagero, Tebaldeo, Castiglione et la prétendue Fornarine constituaient en quelque sorte sa famille. Tout ce que les autres pouvaient obtenir de lui, c'était d'être introduits dans ses fresques, comme personnages accessoires, au risque d'y jouer le rôle le plus infime.

Il est permis de supposer que le portrait de Jules II (voy. ci-dessus, p. 279) est un des premiers ouvrages de ce genre que Raphaël ait exécutés à Rome. Tout le monde connaît cette page grandiose dans laquelle l'artiste s'est élevé à la hauteur de son modèle, et a rendu, avec une force dont on ne l'aurait pas cru capable, l'énergie, la fougue, la perspicacité de l'homme de fer qui s'appelait Julien délia Rovere. C'est le Jules II historique, méditant de vastes projets, indomptable dans l'adversité, prêt à éclater à la moindre contradiction. Il est peint avec tant de vérité, que, pour nous servir du mot de \"asari, il fait trembler comme s'il était vivant. Tout le monde, avons-nous dit, connaît cette page admirable, et cependant qui sait où se trouve l'original? Une demidouzaine d'exemplaires anciens se disputent la priorité, et, même en restreignant le débat aux deux portraits conservés, l'un dans la Tribune des Offices, l'autre au palais Pitti, le problème est bien loin d'être tranché. La critique a ses fluctuations comme la mode. Il y a vingt ans, celui qui aurait affirmé que l'exemplaire du palais Pitti n'était pas l'original aurait passé pour un ignorant. « Fn ce qui concerne le véritable original, dit Passavant, il est certain, du moins pour tous les connaisseurs, que c'est le portrait du palais Pitti, dont le dessin et le modelé sont bien supérieurs à tous les autres. « Aujourd'hui, au con-

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