ARMOIRIES DE LÉON X
(Tapisseries du Vatican.)
Liion X et la iKuivcllc cour pontiticale. — Représentations théâtrales, festins et citasses. — Julien, Laurent et Jules de Médicis. — Navagero, Heaz/ano, Tebaldeo, Sannazaro et Fahio Calvi. — Léonard de Vinci et Frà Bartolomnieo. — Antonio da San-Marino. — Frà Mariano Fetti.
Lorsque le cardinal Jean monta sur le trône pontilical, il y a-\ait près d'un siècle que le culte des lettres et des arts, joint à une libèi'alité sans bornes, avait rendu célèbre, dans l'F^urope entière, le nom de Medicis. Cosnie, le Père de la patrie, le fondateur de la suprématie de sa maison, avait voulu donner pour base à son autorite, non seulement une fortune vraiment royale, mais encore la s3-mpathie de tout ce que Flbrence comptait d'hommes èmincnts. Il avait compris que, pour mériter, simple citoyen, de gouverner une ville si illustre, il devait en même temps se placer à la tête du mouvement intellectuel qui avait fait de Florence l'Athènes de l'Italie. Pendant les trente années que dura son influence • — on serait presque tenté de dire son règne, — il prodigua, tout joyeux, ses ti-ésors pour fonder une Académie, pour élever palais sur palais, pour improviser de vastes cvcles de fresques, pour réunir un musée d'antiquités sans rival. Son nom est indissolublement lié à ceux des P)runellesco, des Donatello, des Michelozzo, des Filippo Lippi, des Niccolô Niccoli, des Traversari, des Marsile Ficin; bref, des plus éminents d'entre les champions de la Renaissance. Non content de favoriser par ses prodigalités l'essor des arts, il résolut encore de mettre à la disposition des artistes les modèles les plus partaits de l'antiquité classique. Bientôt ses collec-
tions, placées sous la haute direction de Donatello, ollVirent le choix le plus rare de marbres, de bronzes, de gemmes, de médailles. Rome n'était plus dans Rome, elle semblait être toute à Florence. Son fils Pierre continua ses traditions. Tous deux cependant ne firent que préparer la voie au plus brillant des Mécènes du quinzième siècle, à celui que la postérité a si justement surnommé le Magnifique, à Laurent de Médicis, le père du futur Léon X.
Né et élevé dans un tel milieu, disciple de Politien, de Pic de la Mirandole, de Marsile Ficin, lié avec tout ce que Florence comptait d'hommes illustres dans les sciences, les lettres et les arts, il était naturel que Jean de Médicis, le fils favori de Laurent, fût initié dès la plus tendre enfance aux jouissances de l'esprit. Son père, qui fondait sur lui les plus hautes espérances (il l'appelait le Sage";, ne négligea rien pour former son jugement. Après que Jean, à peine âgé d'une quinzaine d'années, eut été revêtu de la pourpre cardinalice, Laurent, auquel cet honneur avait coûté des sommes folies (les contemporains parlent de 200 000 ducats d'or), lui écrivit une lettre admirable, dans laquelle il lui recommandait, entre autres choses, de préférer aux plus riches ornements, aux chefs-d'ceuvre de l'orfèvrerie ou de la broderie, une belle antique. « Les bijoux et la soie, lui disait-il, ne conviennent que rarement aux prélats tels que vous. Attachez-vous plutôt à réunir de beaux livres et quelques pièces antiques curieuses : qualchc gentile:^:^a di cose anliche'. Belles instructions, auxquelles il ne fut pas toujours facile au jeune cardinal de se conformer. En elfet, tout favorisait son penchant au luxe : dès les premiers jours, la Seigneurie de Florence, pour lui marquer la joie que lui causait son élévation, lui olfrit un splendide service d'argenterie du poids de 1000 livres et d'une valeur de i5ooo florins
La fortune ne tarda pas à se tourner contre les Médicis : pendant près de quatre lustres on put croire que leur étoile s'était éclipsée pour toujours. Leur expulsion de Florence, le pillage de leurs trésors, la dispersion de leurs inestimables collections, c'étaient là des coups propres à abattre les plus courageux. Mais le cardinal Jean ne désespéra jamais. Fixé à Rome, il ne cessa de s'3' montrer l'ardent protecteur des lettres et des arts. Son palais se distinguait par une sévérité de bon goût : à cette époque, du moins, il n'avait pas cessé de se pénétrer des leçons paternelles. Ce fut un beau jour pour tous les par-
1. I'ahroni, Laurcntii Mcdicis Àfa^nijici pita; Fisc, 17(S4, t. II, p.