‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 180 sur 327 · PORTRAIT DE LÉON X · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE LÉON X

(Palais Pitti.)

de Saint-Marc. Il s'occupait en même temps de reconstituer un cabinet d'antiques et une galerie de tableaux. Albertini, qui décrivait en iSoij son palais, situé près de l'église Saint-Eustachc , célèbre surtout la

beauté de la bibliothèque, ornée de peintures et de statues'. Parmi ces peintures, nous le savons par Vasari, figuraient plusieurs ouvrages de Frà Bartolommeo délia Porta, entre autres une Nativité. Quant aux statues, Albertini cite surtout avec éloges celle d'un Satyre. Une poésie latine, composée vers cette époque par le cardinal, montre à quel point il appréciait dans les antiques la beauté de l'expression. Cette pièce, consacrée à une statue de Lucrèce, trouvée dans le Transtévère, a été publiée par Roscoe '; elle est d'une fort bonne latinité. La restauration de l'église de la Navicella, titre cardinalice de Jean de Médicis, acheva de mériter au fils de Laurent le Magnifique un des premiers rangs parmi les Mécènes romains; on a souvent affirmé que Raphaël avait dirigé ce travail. Est-il surprenant que Jean de Médicis, en montant sur le trône pontifical, fût criblé de dettes? Heureusement, les trésors laissés par Jules II lui permirent de satisfaire sans retard son goût pour la magnificence.

L'élection du nouveau pape provoqua à Rome et dans toute l'Italie un enthousiasme indescriptible. On était fatigué de la tyrannie, de l'humeur belliqueuse de Jules II. Son successeur, au contraire, était depuis longtemps connu pour sa douceur et pour sa libéralité. Tous fondèrent sur lui les plus belles espérances.

Les Romains ne s'étaient pas trompés sur le caractère de Léon X. Rarement pape montra plus de mansuétude, de clémence, de générosité. Un de ses premiers actes fut de rappeler de l'exil le principal des adversaires de sa famille, Pierre Soderini, l'ancien gonfalonier de Florence, et de supplier la Seigneurie de sa Aille natale de rendre la liberté aux citoyens détenus pour leur opposition aux Médicis. Parmi ceux qui furent relâchés sur ses instances, se trouvait Nicolas Machiavel, l'auteur du Prince. La tolérance du pape n'était pas moins grande : il fit absoudre, à la prière de Bembo, Pierre Pomponace, accusé de nier l'immortalité de l'àme. Nous trouvons même en lui, et ce fait mérite d'être mis en lumière, un adversaire déclaré de l'esclavage'. Mais, pour que ces qualités, si dignes de sympathie, se fissent jour, il ne fallait pas qu'il lut placé entre son picnchant à l'humanité et l'intérêt de sa maison. S'agissait- il d'assurer la grandeur des Médicis, Léon X devenait le plus égoïste et le plus dur des hommes; il ne lui en coûtait même pas de commettre un crime pour réaliser ses projets

Page 1