‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 181 sur 327 · LÉON X · texte numérisé non relu

LÉON X

ambitieux. Le soin de sa sûreté personnelle le rendait également implacable : il le prouva en iSiy, lors de la conjuration du cardinal Petrucci. Ces défauts toutefois ne se développèrent qu'avec le temps : en i5i3, il n'était personne qui ne s'associât sans arrière-pensée à l'allégresse causée par l'exaltation du cardinal de Médicis.

Léon X aurait pu prétendre, aussi bien que son père, aussi bien que son ami Chigi, au surnom de Magnifique. Sa libéralité était sans bornes; nul n'aimait autant que lui à donner, à faire des heureux. Mais, en vrai Médicis, il ne reculait aussi devant aucun moyen pour se procurer de l'argent. Peu de souverains ont déployé autant de ressources d'esprit pour remplir leur trésor; un plus petit nombre encore est parvenu à le dépenser d'un cœur aussi léger. L'exemple de son père aurait cependant dû effrayer Léon X; il le fascina, au contraire. On sait aujourd'hui quelle détresse réelle cachaient souvent les prodigalités de Laurent le Magnifique, et à quels artifices il se vit forcé de recourir pour faire face à ses engagements : il en était arrivé à puiser à pleines mains dans le trésor public. Son fils ne montra pas plus de scrupules; il trafiqua de tout, de la pourpre cardinalice (on sait qu'il fit d'un coup une promotion de trente cardinaux!, des dignités ou des fonctions de toute sorte. Il institua un ordre de chevalerie comprenant 400 membres, et créa en outre (io chambellans et 140 écuyers, qui durent payer, les premiers qo 000^ les seconds 112 000 ducats d'or'. Il tira même parti des conjurations tramées contre lui : le cardinal Riario, impliqué dans le complot de Petrucci, obtint son pardon contre le payement d'une amende de 5o 000 ducats.

Les contemporains étaient éblouis, mais en même temps effrayés, à la vue des monceaux d'or qui s'engouffraient chaque jour dans le trésor pontifical, pour en sortir avec une facilité encore plus grande. On en jugera par quelques chiffres. Les ambassadeurs vénitiens évaluaient les revenus de Léon X à environ 400 000 ducats. C'était une belle somme, et qui permettait de faire bien des choses. Mais les cadeaux courants et le jeu n'absorbaient pas moins de 8000 ducats par mois, c'est-à-dire le revenu de tous les sièges vacants; les dépenses de table en exigeaient presque autant : soit donc près de 200 000 ducats par an pour ces deux seuls chapitres

Si Léon X se montrait prodigue pour lui, il l'était tout autant pour

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