Gregorovius, Storia délia città di Roma, t. XUl, p
les siens. Lorsque son frère Julien épousa en i5i5 la tante de François I", le pape lui accorda, en dehors de sa pension mensuelle de 5oo ducats, les entrées des villes de Parme, de Plaisance et de Modène, c'est-à-dire près de 5o ooo ducats par an; il assigna en outre à sa femme une pension mensuelle de 3oo ducats. Autre exemple : lors du mariage de son neveu Laurent avec Madeleine de la Tour d'Auvergne, et du baptême du fils de François V% Léon X envoya à la reine et à la fiancée des cadeaux qui formaient la charge de trentesix mulets. On remarquait surtout une litière ornée d'ivoire, de nacre et d'autres matières précieuses. Ces cadeaux étaient estimés 3oo ooo ducats, c'est-à-dire une douzaine de millions, au pouvoir actuel de l'argent \
Mais qui pourrait supputer les sommes annuellement dépensées en subventions aux réfugiés grecs, aux prélats pauvres, et surtout aux compatriotes du pape? Les Florentins s'étaient abattus sur Rome comme sur une ville conquise; ils la mettaient littéralement au pillage. « Quand ceux qui lui ont procuré le plus riche de tous les manteaux, disait l'Arioste dans une satire célèbre, seront satisfaits, le pape songera aux hommes qui ont pris son parti contre le gonfalonier Soderini. L'un dira : J'étais avec Pierre (le frère de Léon X) à Casentino, et je faillis y être tué ou fait prisonnier. L'autre représentera qu'il lui a prêté de l'argent. Un troisième s'écriera : Il a vécu toute une année à mes dépens; je lui ai fourni des armes, des vêtements, de l'argent et des chevaux! Quant à moi, si j'attends qu'ils soient tous désaltérés, )e mourrai de soif, ou je trouverai le puits à sec » Ft dans le fait, la cour pontificale ne comptait .plus que des citoyens de la vieille métropole toscane : les Pucci, les Tornabuoni, les Gaddi, les Acciajuoli, les j Salviati, les Ridolfi, les Rossi, les Accolti, les Strozzi, les Ruccellai, sans parler du ban et de l'arrièrc-ban des Médicis^
La générosité, l'esprit de bienfaisance, avaient certainement plus de part aux prodigalités de Léon X que l'ostentation. Le pape n'aurait voulu voir que des figures jo3'euses. Un de ses historiens nous raconte que, chaque matin, il se faisait apporter un plat couvert de velours cramoisi et rempli de pièces d'or; c'était pour les menus cadeaux de la journée; le soir, le plat était vide. 'Passavant, t. II, p. 271.)
Cette prodigalité avait pour pendant un épicurisme intellectuel tel