‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 183 sur 327 · Ghegorovius, Storia dcUa città di Roma. t. \'lll, p · texte numérisé non relu

Ghegorovius, Storia dcUa città di Roma. t. \'lll, p

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que l'Italie n'en avait peut-être jamais vu. Sciences et lettres, arts du dessin et musique, fêtes et représentations théâtrales, bref tout ce qui élève rhomme au-dessus des préoccupations vulgaires, l'intéressait et le passionnait, sans toutefois lui faire négliger les intérêts de l'Eglise et surtout ceux des Médicis. Il semblait que le génie de la Renaissance se fût incarné en lui, non dans ce qu'il avait de plus pur, mais dans ce qu'il avait de plus brillant. Quelle qu'eût été l'ardeur d'un Nicolas V et d'un Sixte IV, ces papes n'avaient pas réussi à grouper autour d'eux un nombre aussi prodigieux d'hommes illustres dans toutes les branches des connaissances humaines. Qu'on en juge! Dès les premières années de son règne, la cour pontificale devient le centre du mouvement littéraire et artistique de l'Italie, bien plus, du monde entier. D'un côté, des savants ou des littérateurs tels que l'Arioste, Bembo, Bibbiena, Sadolet, Inghirami, Castiglione, Béroalde, Beazzano, Tebaldeo, Navagero, Colocci, Acciajuoli, Aleandro, André Fulvio, Raphaël Maftei de ^"olterra, Paul Jove, Jean Lascaris, l'Arétin; de l'autre, des maîtres, grands entre tous, Bramante, Michel-Ange, Raphaël, entourés d'une phalange d'élèves qui ne tarderont pas à devenir eux-mêmes des maîtres; puis Balthazar Peruzzi , les deux Sansovino, Giuliano et Antonio da San-Gallo, Frà Bartolommeo, Sodoma, Signorelli, Sébastien de Venise, Frà (iiocondo, Guillaume Marcillat, Giovanni Barile, Caradosso, et tant d'autres. C'était une assemblée de dieux plutôt que de simples mortels. Le grand Léonard lui-même vint un instant se mêler à cette foule brillante, entouré de ses élèves Beltraffio, Melzi, Salai, Lorenzo et Fanfaja. On sait qu'il se rendit à Rome, en i5i3, en compagnie de Julien de Médicis, le frère du pape, et qu'il obtînt la faveur de loger au Vatican. Ce ne fut pas le seul bienfait que l'illustre peintre florentin dut aux Médicis : un document, encore inédit, des archives d'Etat de Florence nous apprend que Léonard resta au service de Julien jusqu'en i5i5, et que celui-ci lui accorda une pension fort considérable, 33 ducats d'or par mois, non compris 7 ducats pour son élève Giorgio Tedesco.

Les historiens qui ont mis en parallèle Jules II et Léon X se sont d'ordinaire prononcés en faveur du premier. On ne saurait nier que son dévouement aux intérêts de l'Église, son énergie, la grandeur de ses conceptions, ne lui assignent une place à part dans les annales de la papauté aussi bien que dans celles de la Renaissance. L'homme qui a commencé la réédihcation de Saint-Pierre, qui a fait exécuter les fres-

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ques de la Sixtinc et de la chambre de la Signature, ne le cède à aucun protecteur des arts, soit parmi les anciens, soit parmi les modernes. Mais n'est-il donc qu'une manière de comprendre et d'encourager le beau? L'élégance, la grâce, la magnificence, n'ont-elles pas le droit de figurer à côté de la noblesse et de la fierté? Personne, à cet égard, ne l'emporte sur le glorieux héritier des Médicis. L'universalité de ses connaissances et le raffinement de son goût font de lui l'amateur le plus délicat du seizième siècle. C'est bien ainsi que Raphaël a jugé et peint j son illustre protecteur, dans le prodigieux portrait conservé au palais Pitti. Cet épicurien, à la figure épanouie, aux mains grasses et blan- , ches, assis devant une table supportant un riche missel, avec une loupe | posée à côté de lui, n'est-il pas le plus étonnant type du « curieux »? Qui, au souvenir des merveilles nées sous les auspices de Léon X, j les Loges, les cartons de tapisseries, ne se sent gagner par une douce volupté? Ce luxe, cependant, n'a rien d'amollissant encore; l'idée de la i décadence ne se présente même pas à notre esprit : c'est une fleur qui vient de s'épanouir.

Il est certain que, pour ceux qui considèrent la beauté comme inséparable de l'austérité, Léon X a conduit la Renaissance aux abîmes. Personne n'était plus ami que lui de la magnificence et de la gaieté. , Son règne n'a été qu'une fête perpétuelle. A chaque instant, au milieu de ces distractions profanes, on croit entendre l'écho de l'admirable chanson composée par son père, de glorieuse mémoire : le Triomphe de i Bacchus et d'Ariane : >< Que la jeunesse est belle! Elle fuit cependant. Que celui qui veut être joyeux, le soit dès à présent. Il n'y a point de certitude pour demain... Que chacun joue des instruments, danse et chante; que le C(eur s'enflamme de tendresse : U'ù\c à la peine et à la douleur. Que celui qui veut être jo3'eux le soit! Il n'y a point de certitude pour demain. Gomme la jeunesse est belle! Elle fuit cependant. »

Quant' è bella giovinczza, Chi vuol' esser lieto sia,

Chc si fuggc tuttavia! Di doman non c'c certczza, etc.

Les fêtes du couronnement et celles de la procession lil saero possesso) par laquelle chaque pape était tenu d'inaugurer son règne étaient bien propres à préparer les Romains aux splendeurs de ce pontificat. Le possesso de Léon X est le plus magnifique dont l'histoire ait garde le souvenir. Les innombrables architectes, peintres, sculpteurs, bro-

deurs et orfèvres fixés dans la Ville éternelle se mirent à l'œuvre avec une ardeur sans pareille. Celui qui accepta de diriger les travaux de charpente n'était autre, d'après un document des archives romaines, que l'illustre Antonio da San-Gallo. Des peintres, d'ailleurs inconnus, Hrianxa, Balduino, Evangelista et Alexo, surveillèrent, au nom de leurs confrères, l'exécution des ouvrages de peinture. Parmi les maîtres auxquels le pape confia l'exécution des bannières, fanons et autres ornements analogues, les banderai, nous trouvons un Urbinate du nom de Girolamo, sans doute Girolamo Genga, l'ancien condisciple de Raphaël, que nous savons par Vasari avoir travaillé à Rome. Raphaël lui-même ne put sans doute pas se soustraire à cette sorte d'obligations; n'avait-il pas pour se consoler l'exemple de deux peintres illustres, Benozzo Gozzoli et le Pérugin, qui n'avaient pas dédaigné, l'un sous Pie II, l'autre sous Innocent VIII, de présider aux fêtes du couronnement !

Jamais encore Rome n'avait offert le spectacle d'un luxe pareil à celui qui fut déployé lors de l'intronisation de Léon X. Sur le passage du cortège, toutes les maisons étaient tendues des plus riches tapisseries; de distance en distance s'élevaient des fontaines distribuant le I vin; puis des chapelles, des arcs de triomphe décorés non seulement j de feuillage, mais encore de statues, de tableaux spécialement exécutés pour la fête, et même, luxe sans précédent, d'antiques du plus haut prix. Deux de ces arcs se distinguaient entre tous par ces ornements i d'une nouvelle espèce. L'un d'eux, placé devant le palais de l'évêque délia Valle, contenait, outre un certain nombre de bustes en marbre, les statues de Ganymède, de \'énus, de Bacchus, de Mercure, d'Hercule. L'autre, décoré par les soins du patricien romain Evangelista de' Rosci, offrait aux regards de la foule une Diane d'albâtre, un Neptune armé du trident, un Apollon, un Marsyas, une Latone, un Mercure, un Platon, un Triptolème et douze bustes d'empereurs. Ainsi l'antiquité classique était associée même aux cérémonies du christianisme'.

I Que sont nos fêtes les plus brillantes en comparaison de ce luxe épique, de ces triomphes de la couleur? L'imagination a peine à concevoir un ensemble aussi riche et aussi varié.

Le couronnement et la procession n'étaient que le prélude d'autres fêtes, non moins éblouissantes. Celles qui furent données, au Capitole,

I. CANxiiLLiERi, Storia de solenni Pussessi de' xvmmi pontejici ; Rome, 1802, pp. 60 et suiv.

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en l'honneur de Julien de Médicis fournirent aux Romains, deux mois plus tard, l'occasion de témoigner de nouveau de leur attachement pour le pape et de leur passion pour ces sortes de spectacles. Six peintres, choisis parmi les plus célèbres que la capitale comptât alors, furent chargés d'exécuter les décors.. La composition de Peruzzi, la Trahison de Tarpeia, enleva tous les suffrages. Puis vint l'entrée triomphale de Léon X à Florence, fête éblouissante, étourdissante, qui mit en mouvement tout ce que la vieille cité toscane renfermait d'artistes éminents, et fit surgir d'innombrables chefs-d'œuvre. A'asari nous a conserve la description de quelques-uns de ces monuments éphémères, dont les auteurs s'appelaient Baccio da Montelupo, Giuliano del Tasso, Antonio da San-Gallo le vieux, Baccio Bandinelli, Granaccio, Aristote de San- Gallo, le Rosso, Jacopo Sansovino, Perino del ^"aga, Andréa del Sarto. La même année, l'entrevue de Léon X avec François P', à Bologne, donna lieu à de nouvelles réjouissances, où la cour du pape et celle du roi rivalisèrent de magnificence. Pour la première fois, Léon X rencontra un souverain aussi passionné que lui pour les belles choses. François P', qui pensait sans doute que la discrétion était une qualité indigne d'un prince, n'hésita pas à demander à son hôte de lui faire don du Laocoon'. On peut juger de l'émotion de Léon X et de toute la cour pontificale. Céder le Laocoon, ce palladium du nouveau ^'atican ! ^'ite, on en commanda une copie destinée à couper court à de pareilles convoitises.

Dans sa passion pour les fêtes triomphales, le pape se rencontrait avec ses sujets. Peu s'en fallait que ceux-ci ne se contentassent, comme sous l'Empire, de pain et de jeux, et ne fissent retentir la WWo. éternelle du cri de Panem et circenses. La plupart des prédécesseurs de Léon X avaient fait célébrer avec la plus grande magnificence les fêtes qui avaient lieu chaque année sur la place Navone, les « feste agonali ». Léon pensa que l'organisation de ces réjouissances n'était pas indigne du bibliothécaire de l'Église romaine, et il chargea Phèdre Inghirami de régler l'ordre et la marche de la cérémonie. Celui-ci, d'après un document publié par M. H. Janitschek', choisit pour sujets des décorations les vertus qu'il jugeait devoir être le plus appréciées du maître : l'amitié, la gaieté, la mansuétude, la magnanimité, la libéralité, la magnificence, la tempérance, etc. Dix-huit chars furent ornés de figures allégoriques par des peintres habiles, parmi lesquels on remar-

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