Ai.HKni, Rela^iuni, 2»^ série, t. III, p. iifj
2. Repcrtoriiim filr KunsUvissenscliaft, t. II, pp. 4i(j, 417.
quait Pellcgrino de Modènc. Par une allusion délicate au nom du pontife, on représenta sur l'un des véhicules un lion léchant les pieds d'un esclave (la Mansuétude), sur l'autre, deux lions attelés à un char (l'Éternité).
Pendant le carnaval, le peuple réclamait des divertissements plus propres à émouvoir. En 1619, on admira beaucoup un combat de taureaux qui coûta la vie à trois hommes et à cinq chevaux.
La plus curieuse peut-être des fêtes organisées sous le pontificat de Léon X fut celle dont le plus méchant des poètes du temps, Baraballo de Gaëte, fut le héros. Ce personnage grotesque était tellement pénétré de sa valeur, qu'il se croyait un second Pétrarque, et qu'il ambitionna la gloire d'être couronné, comme celui-ci, en plein Capitole. Le pape et son entourage accueillirent avec enthousiasme cette idée : le jour de la fête de saint Cosme et de saint Damien fut fixé pour la cérémonie. Afin d'augmenter encore l'éclat de la fête, il fut décidé que Baraballo, vêtu en triomphateur romain, monterait sur l'éléphant dont le roi de Portugal avait fait présent au pape, et qui devait être couvert des plus riches ornements. Ce fut en vain que la famille du poète, qui occupait à Gaéte un rang distingué, lui envoya des messagers chargés de le détourner de ce projet ridicule. Baraballo considéra cette démarche comme une preuve de jalousie et éclata en reproches. Puis, après avoir récité des vers qui faillirent faire éclater de rire les assistants, il fut conduit devant le palais du Vatican, où il prit place sur le gigantesque quadrupède. Il serait difficile de décrire l'hilarité qu'excita la vue de ce vieillard de belle taille, aux cheveux blancs, vêtu d'une robe de pourpre brodée d'or, et traversant Rome sur le dos d'un éléphant, au milieu des clameurs du peuple, du bruit des tambours et des trompettes. A l'entrée du pont Saint-Ange, l'éléphant, plus sage que le poète, refusa de se prêter plus longtemps aux divertissements de la populace, et Baraballo fut forcé de mettre pied à terre. Ainsi se termina cette cérémonie mémorable dont on parla longtemps à Rome (Roscoe, t. III, pp. 370-372). Léon X voulut que Raphaël en perpétuât le souvenir, et Jean Barile de Sienne fut chargé de traduire en marqueterie le dessin du maître d'Urbin. Aujourd'hui encore, on peut voir sur la porte de la salle de la Signature le poète assis sur un trône supporté par un éléphant, avec l'inscription : POETA BARRABAL.
Si Baraballo disparut de la scène après cette aventure, l'éléphant, par contre, continua de jouer un grand rôle à la cour pontificale. Qui croirait que ce quadrupède eut l'honneur d'être peint, dans des dimensions
colossales, par Raphaël.- Le fait résulte cependant d'un document authentique. Après la mort du monstre, en i5iô, Léon X, pour adoucir les regrets de la population, le fit peindre par son artiste favori près de la tour située à l'entrée du palais. Le portrait était accompagné d'une longue inscription dont nous citerons les dernières lignes :
JO. BAPTISTA BRACONIVS AQVILANVS A CVBICVI.O ET KI.EPHANTIS CVR^ PR.EFECTVS POSVIT MDXVI. 8 JVXII LEONIS X. PONT. ANNO QVARTO RAPHAËL VRBINAS QVOD NATVRA ABSTVI.ERAT ARTE RESTITVIT'.
C'était rabaisser singulièrement la dignité de l'art et des artistes. Mais Raphaël pouvait se consoler; il était en bonne compagnie : un chambellan du pape, Giovanni-Battista dell' Aquila, avait été commis à la garde de l'éléphant. Ne nous étonnons plus de voir le peintre pontifical chargé de faire son portrait?
Le Vatican (quelquefois aussi le château de Saint-Ange était le théâtre d'autres fêtes, plus intimes, mais aussi d'un intérêt plus réel. Léon X, fidèle ici encore aux traditions de la maison paternelle, adorait la comédie; il ne dédaignait pas de présider à la représentation de la Calandra de Bibbiena ou des Siipposîti de l'Arioste. Un contemporain, l'envoyé du duc de Ferrarc, nous a laissé la description d'une de ces solennités. Nous publions ci-dessous, d'après le marquis Campori, un extrait du récit de ce témoin oculaire :
» Je suis allé dimanche soir à la comédie. M"'' de Rangoni me fit entrer dans la salle où était le pontife avec ses jeunes et révérendissimes cardinaux, dans une antichambre de (M^"') Cibo. Sa Sainteté s'y promenait, laissant s'introduire ceux dont la qualité lui convenait; puis, arrivés au nombre déterminé, nous nous rendîmes au local destiné à la comédie. Le Saint-Père se plaça près de la porte, et sans bruit, en donnant sa bénédiction, il permettait l'entrée à qui bon lui semblait. Une fois admis dans la salle, on trouvait la scène d'un côté, de l'autre des gradins sur lesquels était installé le trône du pape, qui, après l'entrée des laïques, prit place dans son fauteuil, élevé de cinq marches
I. C ANcKi.i.iF.Ri, Storia de' solenni Pnssessi de' sommi pontefici. p.
au-dessus du sol, suivi des révérendissimes et des ambassadeurs. Ceuxci s'assirent autour du fauteuil selon leur rang. Puis, quand les spectateurs, qui pouvaient être au nombre de deux mille, furent au complet, on fit descendre, au son des fifres, la toile sur laquelle on avait peint frère Mariano avec plusieurs diables qui folâtraient autour de lui. Une inscription tracée sur la toile contenait ces mots : « Voilà les caprices de frère Mariano. » La musique se fit entendre, et le pape, se munissant de ses lunettes, admira la scène, qui était fort belle et faite de la main de Raphaël. C'était, en vérité, un beau coup d'oeil que toutes ces issues et perspectives; aussi les vanta-t-on beaucoup. Sa Sainteté admira aussi le ciel, qui était représenté d'une manière merveilleuse; les candélabres étaient formés de lettres, et chaque lettre supportait cinq torches qui disaient : Léo X Pont. Maximiis. Le nonce parut en scène, et récita un prologue dans lequel il prouvait que Ferrare était venue là sous la foi de Cibo, ne se considérant pas comme inférieure à Mantoue, à qui le cardinal de Sainte-Marie in Porticu 1 Bibbiena) l'avait présentée l'année passée. Il se moqua du titre de la comédie, les Suppositi, à tel point que le pape en a ri de bon cœur avec les spectateurs. A ce que
' j'entendis, les Français furent un peu scandalisés du sujet des Suppositi. On récita la comédie, qui fut' bien jouée, et à chaque acte il y eut un intermède de musique avec les fifres, les cornemuses, deux cornets, des violes, des luths, comme aussi avec le petit orgue aux sons si variés qui a été donné au pape par Monseigneur très illustre, d'heureuse mémoire. Il y avait en même temps une fiùte et une voix qui plut beaucoup; il y eut aussi un concert de voix qui ne réussit pas aussi
! bien, selon moi, que les autres parties de musique. Le dernier intermède fut la Mauresque, qui figurait la fable de Gorgone; elle fut assez bonne, mais pas dans cette perfection où je l'ai vu représenter dans le palais de \'otre Seigneurie : ainsi se termina la fête... Pauluzo. Rome, 8 mars i5i8. »
La peinture, on vient de le voir, avait une grande part à ces représentations. Raphaël, en se chargeant de composer les décors des Suppositi, croyait ne pas déroger : il pouvait s'autoriser de l'exemple d'illustres prédécesseurs. Mantegna n'avait-il pas peint de sa main les cartons exposés, en i5oi, sur la scène du théâtre de Mantoue, le Triomphe de César et les Triomphes de Pétrarque'? En i5i3, lors de la représentation du Pœnulus de Plante, donnée en l'honneur de Julien de Médicis,