‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 188 sur 327 · JULIEN DE MED ICIS · texte numérisé non relu

JULIEN DE MED ICIS

reçus du feu duc Guidobaldo. Le pape se borna à dire: « Julien, songe à recouvrer la santé; ce n'est point le moment de parle]- de ces choses », et, malgré toutes les supplications du mourant, il refusa de prendre aucun engagement'.

La peinture et la sculpture ont éternisé les traits de Julien de Médicis. Peu de temps avant sa mort, Raphaël, avec qui il était lié depuis son séjour à T'rbin, peignit son portrait. L ne répétition du tableau original, malheureusement fort endommagée, se trouvait, il }• a peu d'années, chez la grande-duchesse Marie de Russie. La statue de Julien a été mieux partagée; ce chef-d'œuvre de Michel-Ange orne aujourd'hui encore la chapelle des Médicis. Frà Giocondo et Léonard de Vinci étaient également en relations avec le frère de Léon X. Nous avons vu que ce dernier l'accompagna dans la A'ille éternelle en t5i3, et qu'il resta à son service jusqu'en i5i 5. Nul doute qu'il ne dût à sa recommandation l'accueil bienveillant que lui fit le pape. Lorsque Julien, devenu duc de Nemours, s'occupa de constituer sa maison, ou comme on disait alors, sa famille, il n'eut garde d'oublier Raphaël. Le nom de l'artiste d'I^rbin figure sur le rôle des familiers dressé en i5i5 et revêtu de la signature de Julien-,

Tout autre était Laurent, le neveu de Léon X et de Julien, le digne père de Catherine de Médicis. Non content d'exercer à Florence l'autorité la plus absolue, il ne cessait de rêver aux moyens de devenir prince souverain. L'ambassadeur vénitien près le Saint-Siège, dans une lettre publiée par Alberi, le représente comme un autre César Borgia, moins toutefois l'énergie et l'audace qui ont donné au fils d'Alexandre Yl une sorte de grandeur épique. C'est lui qui poussa son oncle à entreprendre, à son profit, l'odieuse expédition d'LVbin, la grande iniquité de son règne, à épuiser les finances pontificales, à jeter dans des complications nouvelles l'Italie à peine remise de tant d'épreuves. Laurent ne jouit pas longtemps du fruit de ses crimes. Il mourut en i5t(), âgé de vingt-cinq ans seulement.

Laurent de Médicis occupe dans l'histoire des arts une place bien grande. Il est l'original du « Pensieroso » de Michel-Ange. Raphaël aussi se vit plusieurs fois dans l'obligation de servir ce sinistre personnage, qui avait dépouillé son souverain et bienfaiteur, François-Marie délia Rovere. Il dut faire son portrait, fournir des croquis pour une médaille que Ton se proposait de fondre en son honneur. Ce fut aussi

1. Alberi, Relaiioni dcfçli ambasciatori veneti al Scnato, 2'' scric, t. [11, p. 5i.

2. Archives d'Ktat de Florence; fonds Strozzi, n" 10, fol. ijq.

sur ses instances qu'il peignit la Sainte Famille de François I" et le Grand Saint Miehel du Louvre.

Le cousin germain de Léon X, le cardinal Jules de Médicis, le futur Clément n'exerçait pas moins d'influence sur l'esprit du pape.

Mais il rachetait du moins par son goiàt pour les belles choses son penchant à l'intrigue. La commande de la Trajisfîgnration, la construction de la villa Madame, lui ont assuré la reconnaissance de la postérité. Seul d'entre les Médicis, le cardinal Jules tint la balance égale entre les deux rivaux qui se disputaient alors l'empire des arts. Sans cesser d'admirer Raphaël, il eut le courage de témoigner de la bienveillance à Michel-Ange. Ce fut sous ses auspices que s'ouvrit la grande joute artistique dont les tenants étaient Raphaël d'un côté, de l'autre l'ami, et le champion du peintre-sculpteur florentin, Sébastien de Venise.

Parmi les autres parents ou alliés du pape, on remarquait son beaufrère, Franceschetto Cibo, et le fils de ce dernier, Lmocent, que son oncle revêtit de la pourpre cardinalice; puis un autre neveu de Léon X, Louis de Rossi, que Raphaël, dans le célèbre portrait du palais Pitti, a représenté debout à côté de son oncle. Tous ces personnages se distinguaient par leur faste.

Nous avons déjà eu l'occasion de faire connaissance avec plusieurs autres prélats, diplomates ou banquiers attachés à la cour romaine. Sous Léon X, nous l'avons dit, la faveur de Bibbiena, de Bembo, d'Lighirami, de Balthazar Turini, de Castiglione, de Chigi, ne fit qu'augmenter. Si Raphaël perdit dans Sigismond Conti un protecteur dévoué, il en trouva dix autres qui ne lui permirent pas de le regretter. Parmi eux le cardinal Laurent Pucci mérite la première place. Ce fut lui qui commanda au maître la Sainte Cécile. Raphaël semble aussi avoir exécuté son portrait. Plus tard Pucci entra en relations avec Perino del Vaga, auquel il confia la décoration de la Trinité du Mont', et avec Michel-Ange, auquel il demanda le dessin d'un pont et d'une église'. Il semble avoir été fort lié avec ce dernier, car il l'appelle « charissimo quanto fratello cher à l'égal d'un frère. Giannozzo Pandolfini, évèquc de Troja, coniptait également parmi les intimes de Raphaël : l'artiste fit son portrait dans le Couri)nnement de (^lia)-lemai^iie, et esquissa pour lui le plan du superbe palais élevé à Florence, dans la via San-Gallo. Citons encore le camérier du pape, Giovanni-Battista Branconio dell'

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