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LE PÉRUGIN

développer chez le jeune peintre des sentiments si bien faits pour conquérir tous les cœurs. Grâce à son naturel si heureux, grâce à son excellente éducation, Raphaël compta bientôt autant d'admirateurs que d'amis.

Une quinzaine de peintres, émules ou imitateurs du Pérugin, des orfèvres, des architectes, quelques sculpteurs en bois ou en pierre, composaient alors la colonie artistique de Pérouse. Le nombre de ces maîtres était relativement peu élevé, eu égard au chiffre de la population fau quinzième siècle, la ville comptait encore 40000 habitants). Ils ne se mouvaient pas toujours non plus dans les plus hautes régions de l'art; beaucoup de leurs travaux offraient le caractère le plus humble. Cependant, de fort bonne heure, les prédécesseurs de ces différents artistes s'étaient groupés, avaient formé des corporations. L' « arte dei pittori », la corporation des peintres, remontait à i3G6; celle des orfèvres, à 1296. L' « arte dei miniatori », d'une importance fort grande, pouvait également prétendre à une haute antiquité'.

Parmi les peintres les plus éminents, il faut tout d'abord citer Fiorenzo et Pinturicchio, tous deux véritables chefs d'école. Puis venaient Andréa Luigi, surnommé l'Ingegno, artiste célèbre de son temps, mais dont le rôle n'est pas encore bien défini; — Berto di Giovanni, qui fut chargé, en i5i(), d'exécuter les ornements destinés au Couronnement dp la Vierge, commandé à Raphaël par les nonnes de Monteluce; — Bartolommeo Caporali et son fils, l'architecte Giovanni Battista, le traducteur de Vitruve; — Eusebio di San-Georgio, — Mariano di ser Eusterio ; — Lodovico Angeli; — Assalone di Ottaviano; — Lattanzio di Giovanni; — Giannicola Manni, l'auteur des fresques de la chapelle située à côté de la Sala dei Canibio '^.

Raphaël fit probablement aussi dès lors connaissance avec l'orfèvre Cesarino di Francesco Rossetti, de Pérouse, pour lequel il devait exécuter plus tard, à Rome, les dessins de plateaux destinés à Agostino Chigi. Dans sa lettre adressée à Domenico Alfani, en i5o8, le peintre parle de l'orfèvre dans les termes les plus amicaux \

A ces maîtres, que nous savons de source certaine avoir travaillé à Pérouse durant la présence de Raphaël dans l'atelier du Pérugin, c'està-dire entre 1499 et i5o2, il faut ajouter les élèves attirés dans la ville

I. Marchksi, // Cambio di Pcrugia; Prato, iS53, pp. iX8, i8q, et Giovnalc di erudi\ione artistica (1873), t. H, pp. 8q, 3o5, 35o.

i. Nous avons dressé cette liste k l'aide des précieux documents analysés dans les Lettere pittoriclie peruffiiie, de Mariotti.

i. Gioniale di erudt\ione artistica, t. 11, pp. 104, io5.

46 RAPHAEI. — CHAPITRE II.

par la réputation du Pérugin et ceux avec lesquels Raphaël se lia dans la suite, soit à Pérouse, soit dans les environs : Giovanni di Pietro, surnommé le Spagna, qui s'inspira tout ensemble de la manière de son maître et de celle de son condisciple, et qui vint plus tard grossir à Rome la phalange des collaborateurs de ce dernier; Girolamo Genga, d'Urbin, que nous trouverons également dans la suite à Rome, à coté de Raphaël l^''asari, t. XI, p. 87.)

Domenico Alfani, de Pérouse, poussa peut-être le plus loin l'admiration pour le jeune artiste venu d'Urbin. I^ne de ses madones, conservée au musée de sa ville natale, est la reproduction exacte d'un dessin de Raphaël. Après le départ de son ami, Domenico lui servit de correspondant et s'occupa de ses intérêts dans l'Ombrie; il se croyait trop généreusement payé lorsqu'il recevait quelque esquisse, quelque croquis en échange de ses services '.

Ainsi ce génie naissant exerçait, dès son entrée chez le Pérugin, une véritable fascination, non seulement sur ses camarades, mais encore sur des artistes beaucoup plus âgés que lui. On est heureux de retrouver plus tard à Rome, autour de Raphaël, sur un théâtre plus digne de lui, quelques-uns de ceux qui avaient encouragé ses débuts, qui s'étaient intéressés à ses efforts lorsqu'il arriva étranger, inconnu, dans la capitale de l'Ombrie.

Les juges les plus autorisés, notamment MM. Crowe et Cavalcaselle, admettent que Raphaël prit part à l'exécution des fresques du Cambio. Le Pérugin, on l'a vu, se consacra exclusivement à ce travail de 1499 à i3oo, c'est-à-dire à l'époque où la présence, dans son atelier, du jeune artiste d'Urbin est un fait indiscutable; on n'hésitera donc pas à se ranger à une opinion qui a pour elle toute espèce de vraisemblance. Etudions, avec l'attention qu'il mérite, cet ouvrage considérable qui a été exécuté sous les veux de Raphaël et dont plusieurs parties sont peut-être dues à la collaboration de ce glorieux élève, si promptement devenu le rival de son maître.

Le Cambio n'a pas les proportions gigantesques de ces palais dans lesquels les municipalités italiennes du moyen âge ont laissé de si éclatants témoignages de leur patriotisme. La salle qui servait aux délibérations ne mesure pas plus de douze pas- de long sur six de large; elle s'ouvre directement sur la rue, de sorte que l'on peut

I. On a aussi rançîii parmi les condisciples de Raphacl le Picinontais Gaudenzio Ferrari. Mais le P. Coi.omho a montré que c'est là une hypothèse inadmissible : Vita ed opère di Gaudenzio Ferrari; Turin, 1881, pp. ^j-'Mk

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