Il Buonarroti, nouvelle série, t. I, p. loi
5. Voyez le savant travail de M. Armand : Les Mcdaillctirs italiens des quinzième et seizième siècles ; Paris, i883, t. I, p. iSg.
FRA MARIANO FETTI. 435
Maiiiano. Le premier était l'orfèvre attitré de la cour romaine; il cumulait ces fonctions avec celles de massier ou sergent d'armes pontifical. Ce fut lui qui cisela les roses d'or et les épées d'honneur distribuées par Léon X. Le second s'occupait plutôt de joaillerie; il était le principal représentant de la vaillante colonie milanaise alors fixée à Rome. Benvenuto Cellini, qui visita Rome en i5i9, parle, dans ses Mémoires, de Gajo, dont il reconnaît le mérite, tout en lui reprochant sa présomption.
A ces savants si vénérables, à ces artistes si brillants, à ces prélats tour à tour distingués par la gravité de leur caractère, leurs capacités diplomatiques ou leur magnificence, se mêlaient quelques personnages grotesques, qui avaient le privilège de faire rire le pape et son entourage. Quelques-uns d'entre eux occupaient des charges considérables. Lorsque Bramante mourut, la place si enviée de « piombatore » ; membre de la confrérie chargée de sceller les bulles) fut donnée à un certain Mariano F'etti, que les contemporains s'accordent à représenter comme une sorte de bouffon', et dont le pape fit peindre le portrait ou plutôt la caricature sur le rideau du théâtre sur lequel on joua les Suppositi. Mariano valait y mieux cependant que sa réputation. Ce fut lui
qui hébergea rrà Bartolommeo lors de son pas-
{Uiiivcr'^itO d'OxforJ.)
sage à Rome; il reçut de lui, en échange, le Saint
Pierre et le Saint Paul, que l'on a vus jusqu'en 1870 au Quirinal. Mariano commanda aussi à Balthazar Peru.zzi, pour son jardin de Monte-Cavallo, un Saint Bernard en camaïeu'.
Il ne manquait à cette société brillante que l'élément féminin, auquel les cours de Ferrare, de Mantoue, d'Urbin, devaient tout leur prestige. A un certain moment, on put espérer que le mariage de Julien de Médicis comblerait cette lacune. Bibbiena se réjouissait d'avance de voir
1. « In ecclfsia Sancti Sylvestri, ubi frater Marianus, fainiliaris ridicularius ejus (Papœ) habitat... u (Paris de Grassis, Z)ii3r!«m ; BibliothiL-que nationale, fonds latin, n° 5i()5, t. 111, p. 617.)
2. Vasari, édit. Lemonnier,t. Vlll, p. 225, et Rio, De l'Art clirêtien, nouvelle édition,!. V, pp. 439, 440.
enfin une dame présider aux fêtes de la cour. « Il me semble, ecrit-il à Julien, que mille années encore nous séparent de l'arrivée de votre ' noble épouse et de Votre Excellence; la cour l'attend avec une impatience difficile à dépeindre... Toute la ville dit : Grâce à Dieu, nous allons enfin posséder ce qui nous manquait, une cour de dames : cette dame si noble, si bien douée, si belle et si bonne, imprimera ainsi à la cour romaine le sceau de la perfection'. »
Mais Julien, comme on sait, ne survécut guère à son mariage, et ces riantes espérances ne se réalisèrent pas.