LA SALLE DE CONSTANTIN
peindre une quatrième « stance », l'immense salle qui est située du côte de la cour de Saint-Damase et qui est connue sous le nom de salle de Constantin. Si nous nous sommes vu dans la nécessité de condamner le choix de plusieurs des sujets représentés dans les autres parties des Stances, nous devons reconnaître qu'ici le programme adopté par Léon X répondait aux exigences de la critique la plus sévère. L'histoire de l'empereur qui assura le triomphe de l'Eglise, et d'autre part la glorification de huit des papes les plus illustres (saint Pierre, saint Clément 1", saint Sylvestre, saint Urbain I", saint Damase, saint Léon l", saint Félix III et Grégoire VII), c'étaient là, au point de vue de la décoration du palais pontifical, des sujets dont on ne fiouvait que louer la piarfaite convenance. Mais la supériorité du programme n'a pas profité à la salle de Constantin, puisque, parmi les p)eintures dont elle est ornée, il n'en est pas une qui provienne de la main de Raphaël.
On prête au maître l'intention de se servir de la peinture à l'huile pour décorer la salle de Constantin. Quelques essais furent faits dans ce sens, et ils obtinrent l'approbation de Bibbiena, qui les loua hautement devant Sébastien de Venise, l'assurant que désormais on ne regarderait même plus celles des Chambres qui étaient peintes à fresque. Mais les successeurs de Raphaël ne tardèrent pas à changer d'opinion, et firent détruire les peintures exécutées par ce procédé.
En réalité, on peut dire qu'à la mort du maître (avril i52o), les travaux n'étaient pas commencés dans la dernière des Stances. Le pape n'avait même pas encore fixé les sujets de toutes les peintures. Une lettre, adressée quelques mois plus tard par Sébastien de Venise à Michel- Ange (27 octobre i52o), nous apprend qu'à ce moment on s'était arrêté aux scènes suivantes : Y Apparition de la croix, une Victoire de Constantin, une Bataille, enfin la Lèpre de Constantin . Mais ce programme n'était nullement définitif; deux des sujets, la Victoire et la Lèpre, furent écartés et remplacés par le Baptême de Constanti?t et par la Donation de Constantin. Il est donc certain, ainsi que M. Springer l'a fait observer, que Raphaël est resté absolument étranger à la composition de ces deux dernières fresques, commandées longtemps après sa mort.
Nous ne décrirons pas ce cycle immense, dont la majeure partie ne se rattache au maître que par la composition générale. Si les élèves de Raphaël ont respecté sa pensée dans la Bataille de Constantin^ ■ — on peut s'en convaincre en rapprochant de la fresque le beau dessin con-
1. Ce dessin semble avoir été exécute, d'après un croquis et sous la direction de Raphaël, par Polydore de Caravage. (Voy. la Notice des dessins... du Louvre, par M. Reiset, p. 256.)
serve au Louvre, — en revanche, dans les autres scènes préparées par lui, ils ne se sont pas fait faute de la modifier et de l'altérer. L'Apparition de la C7~oix (aussi appelée la Harangue de Constantin) nous en fournit la preuve. Dans la fresque, nous apercevons, aux pieds de Constantin, deux jeunes gens portant ses armes, et, un peu plus loin, un nain hideux. Dans l'esquisse de Raphaël ces figures manquent : elles y sont remplacées par des soldats; ceux-ci, en reparaissant dans la fresque,}^ occupent le fond de la composition, et non plus le premier plan.
Quelque imparfaite qu'ait été l'interprétation, la Bataille de Constantin, telle qu'elle s'offre à nous, dans la dernière des Stances, produit une impression profonde. Nous apercevons, non plus des épisodes d'un combat, comme chez Paolo Uccello, chez Léonard et chez Michel- Ange, mais une bataille véritable, avec des masses nombreuses, savamment disposées, avec toutes les péripéties de la lutte la plus acharnée. La victoire cependant n'est plus douteuse. Le jeune empereur chrétien s'est élancé hors des rangs, comme poussé par une force surnaturelle : la tête haute, le regard assuré, il retient d'une main son cheval qui se cabre, tandis que de l'autre il brandit son javelot contre l'infortuné Maxence, qui, à quelques pas de lui, s'enfonce dans les eaux bourbeuses du Tibre, entraînant avec lui la brillante civilisation païenne.
La Bataille de Constantin, répétons-le, n'est qu'un pâle reflet de la fresque rêvée par Raphaël. Quelle n'aurait pas été la beauté de la composition, s'il avait été donné au maître de la peindre de sa main!
I. Collection du duc de Devonshire,à Chatsworth; Braun, n" 98. En comparant ce dessin à celui de V Attila qui est au musée du Louvre, et qui nous montre également des soldats effrayés par une apparition céleste, on ne peut s'empêcher de concevoir quelques doutes sur son authenticité, tant la facture en est hâtive et inégale.
ETUDE POUR l'aTTILA DE LA CHAMBRE D'hELIODORE
(Muscc du Louvre.)