‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 219 sur 327 · LES TROIS VERTUS THÉOLOGALES · texte numérisé non relu

LES TROIS VERTUS THÉOLOGALES

(Bordures des tapisseries.)

plissent la barque, les brebis qui paissent derrière le Christ; c'est pourquoi il a si fortement individualisé les figures des apôtres, se réservant d'opposer, par un de ces brusques efforts qui lui sont familiers, la beauté sereine du Christ, les élans de foi de saint Jean, à la rudesse ou à l'humilité de saint Pierre et de ses compagnons. Cette figure du Christ, nous savons aujourd'hui comment elle a pris naissance, avec quelle rapidité le maître a transformé, transfiguré le modèle qui, un instant auparavant, posait devant lui en bras de chemise, en chausses collantes, dans une attitude qui n'avait rien d'imposant (voy. notre gravure)*. Que nous voilà loin des procédés expéditifs, des froides déclamations de ses successeurs! Devant cette intensité de vie, on a peine à croire que les scènes illustrées par Raphaël se soient passées autrement que le maître les a retracées dans les Actes des apôtres.

Dans la Giiérison du boiteux, l'élément décoratif, banni des deux compositions précédentes, recouvre tous ses droits : belle et riche architecture, avec ces colonnes vitéennes de la basilique de saint Pierre, provenant, d'après la tradition, du temple de Jérusalem-, costumes variés; personnages nombreux. Cette pièce est, de toute la série, celle qui se prétait le mieux aux exigences de l'art textile. Que l'on se garde bien toutefois de croire que l'effet décoratif ait été obtenu aux dépens de l'intérêt dramatique; l'action est aussi vive que dans n'importe laquelle des autres tapisseries : la mise en scène est plus variée, voilà tout. Autant il y a de pathétique dans les deux infirmes attendant leur guérison avec une confiance inaltérable, autant il y a de grâce dans les

I. La collection de Windsor possède le dessin du sujet entier : on y retrouve notre figure. Mais Raphaël, en peignant le carton, en a complètement changé les lignes, l'expression, et le mouvement. (Voy. la Notice des dessins... du Louvre, de M. Rei-

SET, pp.IOI, I02.)

deux jeunes mères placées aux extrémités de la composition. L'enfant qui court à côté de l'une d'elles, portant (cet âge est sans pitié!) deux tourterelles attachées à un bâton, est surtout digne d'admiration : l'antiquité n'a pas créé de ligure plus vivante, plus suave.

Au point de vue de l'effet dramatique, le Châtiment d'Ananie forme le digne pendant de VHcliodore. Comme dans la fresque, Raphaël a sacrifié La recherche de la beauté à celle de l'expression : il n'y a de place ici que pour la sévérité, l'indignation, l'épouvante ou la douleur. Les apôtres, debout sur une estrade, ont examiné la conduite d'Ananie. Saint Pierre, ministre de la vengeance divine, étend la main vers le coupable, qui tombe, comme frappé de la foudre, et se tord dans les convulsions de l'agonie. Un autre apôtre, la main levée vers le ciel, semble proclamer la justice de cet arrêt, tandis que ses compagnons laissent éclater leur indignation ou leur surprise. Parmi les spectateurs placés au premier plan, l'un pousse un cri de stupéfaction, le second reste comiiie pétrifié; le troisième, qui s'est approché d'Ananie pour lui porter secours, s'arrête tout interdit en voyant qu'il est trop tard; le quatrième, enfin, montrant du doigt les apôtres, semble dire au moribond que la cause a été bien jugée et qu'il a mérité son châtiment. Il n'est pas un de ces traits qui ne paraisse pris sur le vif.

Nous pouvons passer rapidement sur le Martyre de saint Etienne et sur la Conversion de saint Paul : ces deux compositions ne sont pas à la hauteur des précédentes, et l'on est autorisé à croire que les élèves de Raphaël ont eu une grande part à leur exécution.

Dans le Châtiment d'Élymas, Raphaël a de nouveau créé une page du pathétique le plus saisissant. Nous ne saurions mieux louer cette composition célèbre qu'en plaçant en regard de la

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