LES PEINTURES DU CAMBIO
parois. Le maître s'y trouve aux prises avec cette Renaissance qui s'imposait à lui, mais dont il ne parvint jamais à s'assimiler les principes. Ses arabesques sont à la vérité d'une élégance suffisante; nous n'avons pas d'objection non plus à élever contre les griffons, les satyres, les grecques, les méandres, les rosaces, qui constituent l'ornementation. Mais que dire de ces trônes aux formes recroquevillées, sur lesquels sont assises les divinités de l'Olympe, ou de ces chars microscopiques écrasés sous le poids des personnages qu'ils supportent!
Examinons d'abord la disposition même des peintures de la voûte. Celle-ci est divisée en neuf compartiments, de dimensions fort inégales; les ornements , qui se détachent sur un fond tantôt bleu, tantôt doré, les recouvrent en entier, à l'exception des sept médaillons renfermant les personnifications du Soleil, de la Lune et des Planètes. Chacune de ces divinités, dont les attributs et la caractéristique sont d'ailleurs irréprochables le poète Maturanzio n'était-il pas là pour guider et surveiller l'artiste.' , est placée sur un char traîné par des aigles, des colombes, des chevaux, des Heures, ou enfin par un dragon. Sur les roues de ces véhicules on remarque les signes du zodiaque. Parmi les créations les plus heureuses, citons Jupiter assis sur son trône et recevant la coupe que lui tend Ganymèdc agenouillé devant lui; cette dernière figure, d'un mouvement excellent, n'est pas indigne de Raphaël. Il faut encore signaler Apollon, incitant ses coursiers de la voix et du geste : dans son impatience, il s'élance hors du char qui, à son gré, roule trop lentement, ^'énus aussi mérite des éloges; c'est, à coup sûr, une des figures les plus gracieuses de l'Ecole ombrienne. Quant à Mars, Mercure, Diane et Saturne, leur attitude est moins heureuse : l'artiste n'a su donner à ces divinités ni vie, ni poésie, ni intérêt.
Si nous voulons juger avec équité la voûte du Cambio, il faut nous reporter à l'époque où elle a pris naissance. Certes, une dizaine d'années plus tard, les peintures mythologiques du Pérugin auraient passé pour surannées' dans n'importe quelle ville d'Italie. Raphaël surtout dut songer plus d'une fois avec compassion à ces naïfs essais, lorsqu'il traita dans la suite le même sujet et qu'il créa les fameuses Planètes de la chapelle Chigi. En i5oo même, on ne manquait ni à Florence, ni à Rome, ni à Mantoue, de peintres capables de donner à des compositions de cette nature une saveur bien autrement antique. Mais, étant admis l'éducation et le tempérament du Pérugin, ses Planètes témoignent d'un effort qu'il n'est pas permis de méconnaître, alors même que l'on en discuterait l'opportunité.