LES AMOURS JOUANT
tinient fort vif de la grâce et au respect absolu des convenances décoratives. On y remarque même quelques traits assez libres. Mais Léon X et son entourage, on le sait, n'y regardaient pas de si près. Au siècle suivant, Urbain Wll fut tellement charmé de l'élégance et de la naïveté des compositions, qu'il donna à un peintre célèbre, J.-F. Romanelli, Tordre de les copier, et en fit faire une réplique, également en tapisserie, dans l'atelier qu'il avait fondé à Roine vers i()3o.
Les Amours joiianl se composaient à l'origine de vingt pièces. La
ENFANTS JOUANT DANS UN li <) I S
(I)'aprcs hi gravure Jii niaitrc au di.-.)
série tout entière paraît avoir été dispersée à l'époque de la Révolution. Grâce aux indications dont nous sommes redevable à M. Charles Ephrussi, le savant historien de Durer, nous avons retrouvé huit pièces des Enfants jouant à Paris, dans l'hôtel de M""' la princesse Mathilde, rue de Berri. Nous avons essayé, dans notre Histoire de la Tapisserie en Italie, en nous aidant de dessins et ci'inventaires anciens, de reconstituer cet ensemble si intéressant.
Une tapisserie distincte des précédentes, les A)noiirs Jouant dans un bois, otïre une telle beauté, que Passavant en a, sans hésitation, attribué le dessin à Raphaël. Nous la reproduisons d'après une gravure du maître au dé, seul souvenir de cette précieuse composition, depuis longtemps perdue.
498 RAPHAP:L. — CHAPITRE XVI.
Les auteurs anciens ou modernes ont fait lionneur à Raphaël d'une foule d'autres tentures, tissues ou brodées. Ce serait un travail fort fastidieux que de passer en revue toutes ces attributions, dont aucune ne repose sur une base sérieuse. Il nous suffira de constater la prodigieuse influence exercée par l'auteur des Ac/es sur cette branche de l'art décoratif. Pendant tout un siècle, la tapisserie se meut dans la voie qu'il lui a tracée; elle renonce à son autonomie pour se faire l'esclave de la peinture, tant le joug du divin maître paraissait à tous facile à porter. Le prestige de Raphaël fit même accepter à l'Europe tout entière — je parle des pays qui possédaient des fabriques de haute lisse, Italie, France, Flandres, — la tyrannie de son élève favori, le rude et puissant Jules Romain. Quelque défectueuses que ses compositions fussent au point de vue décoratif, Jules Romain eut le privilège de fournir les cartons des suites qui, après celles de Raphaël, provoquèrent la plus vive admiration, le Triomphe de Scipioti, les Fritctus Belli, VHistoire de Lucrèce, les Triomphes de Bacchiis, YHistoire de Romuhis et de Rémns, les Mois, etc. Sa fécondité tenait du prodige; le chifiVe des tentures qui lui sont attribuées dépasse certainement la centaine. Un autre disciple de Raphaël, Perino del A^aga, voulut à son tour s'essayer dans ce genre qui jouissait alors d'une vogue si grande. On lui doit les cartons de VHistoire de Didon.
On le voit, loin de reprocher à Léon X d'avoir rabaissé Raphaël en lui commandant les cartons des Actes des apôtres, le seizième siècle entier applaudissait à l'initiative prise par le pape, et s'empressait de poursuivre, à son exemple, l'union de l'art et de l'industrie, l'union du beau et de l'utile. . ,
Ces modèles, que Raphaël préparait avec tant d'amour en vue de la tapisserie, il ne les refusait pas aux autres arts décoratifs. L'orfèvrerie, la sculpture en bois, la marqueterie, la mosaïque, ont successivement été ses tributaires. Il a peint de sa main des décors de théâtre. Peut-être même a-t-il fourni à Lucas délia Robbia le dessin des carrelages émaillés dont celui-ci devait orner les Loges et plusieurs salles de l'appartement papal. Sa double qualité de peintre et d'architecte le rendait particulièrement apte à ces travaux, dans lesquels il apporta le goût exquis qui distingue toutes ses productions. Si nous ajoutons aux modèles composés en vue de ces diflerentes industries les innombrables motifs d'ornementation contenus dans ses fresques et dans ses tableaux, on