‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 225 sur 327 · ESQUISSE POUR UN PLAT · texte numérisé non relu

ESQUISSE POUR UN PLAT

(Cabinet des estampes de Dresde.)

exécutées en bronze par l'orfèvre Cesarino Rossetti, de Pérouse. L'un des dessins du maître est conservé à l'Université d'Oxford; l'autre, reproduit par notre gravure, au Cabinet des estampes de Dresde. P"n examinant attentivement ce dernier, qui représente, avec une liberté et une fantaisie inimitables, les Jeux des dieux marins, et qui est en même temps une merveille de composition, je suis arrivé à la conviction que Raphaël, après l'avoir esquissé à la sanguine (les traits rouges sont

encore apparents en maints endroits), Ta fait repasser à la plume par un de ses élèves et l'a retouché ensuite, notamment dans les têtes, pleines de repentirs exécutés avec une encre plus noire que le reste. Ainsi s'explique ce qu'il y a de froid et de vide dans certaines parties ciu dessin.

Vers la même époque, Raphaël fournissait au frère Jean de Vérone le dessin des portes et des boiseries de la salle de la Signature. Sous Léon X, il rendit un service analogue à Jean Barile, de Sienne. Plusieurs des marqueteries exécutées par ce dernier subsistent encore dans les Chambres.

Puis vint l'exécution des inosaïques de la chapelle Chigi. Dans cet ouvrage, Raphaël, on ne saurait se le dissimuler, s'inspira des mêmes principes que dans ses tapisseries. Il traita ses cartons comme s'ils devaient êti'e traduits en fresques. De là une exubérance de vie qui ne répond peut-être pas entièrement aux exigences de la mosaïque. Cependant, comparés au>; cartons que le Titien et d'autres peintres du seizième siècle exécutèrent en vue du même genre de reproduction, ceux de Raphaël peuvent passer pour des modèles de sagesse et de goijt.

Une gravure de Marc-Antoine, reproduite ci-contre, nous montre Raphaël composant de nouveau le modèle d'une pièce d'orfèvrerie, une cassolette, qui, si nous en jugeons par les fleurs de lis et les salamandres dont elle est ornée, était destinée à François I". Cette cassolette devait probablement avoir des dimensions fort réduites. Néanmoins le dessin avait été préparé avec tant d'amour, qu'il pourrait servir à l'exécution d'une (cuvre monumentale. On admirera surtout la netteté véritablement plastique des cariatides, le rythme de leurs mouvements, l'habileté avec laquelle l'artiste les a rattachées au vase auquel elles servent de support.

On a cru pendant longtemps que Raphaël avait également défrayé de modèles la céramique, et que les fabricants d'LIrbin et de Gubbio lui devaient le dessin de ces superbes majoliques, aujourd'hui recherchées à l'égal des tableaux de maîtres. Un auteur du dix-septième siècle, Malvasia, lui en a même fait un crime. Il s'est oublié jusqu'à traiter le plus grand des peintres de misérable potier iquel boccalajo di Urbino). Plus récemment, Louis Achim d'Arnim a édifié sur cette donnée un roman ingénieux. Passavant encore s'est vu contraint de discuter sérieusement une tradition qui avait pour elle une antiquité relativement assez haute.

MODÈLES POUR LES ARTS DECORATIFS. 5oi

Grâce aux recherches de M. le marquis G. Canipori, nous posse-dons aujourd'hui hi clef de l'énigme. Ce savant a réussi à prouver qu'un com-

M O n fe I. E DE V A S r. A PAR F V M S

( l'ac-^iniilc de la gravure de Marc-Antoine.)

patriote, bien plus, un parent de Raphaël Santi, Raffaello di Ciarla d'Urbin (la mère de Raphaël appartenait, on le sait, à la faniille Ciarla', a effectivement fabriqué de nombreuses majoliques vers le milieu du seizième siècle. Ses ouvrages, comme ceux de ses confrères, reprodui-

saient souvent, Vasari déjà en a fait la remarque, des compositions de Raphaël d'après les gravures de Marc-Antoine. On s'explique donc, sans peine aucune, la confusion provoquée par la similitude des noms et la similitude des sujets

I. Xoii^ie storiche e artistiche délia majoUca c dclla porccllana di Fcrrara nei secoli xv" et xvi", '.-««cdit.; Pe.siiro, 1S7Q, pp. i32,

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