‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 245 sur 327 · I. Raffacl und Michclangclo, t. H, pp · texte numérisé non relu

I. Raffacl und Michclangclo, t. H, pp

LA VIERGE DE SAINT-SIXTE. 541 damner. Au-dessous du couple divin, lui offrant son hommage et parti-

LA VISION d'ÉZÉCHIEL

(Galerie Pitti.)

cipant de sa gloire, planent le pape saint Sixte et sainte Barbe : l'un vieillard aux traits graves, presque rudes, avec sa barbe inculte, son

riche manteau de brocart; la tiare négligemment posée au-dessous de lui, personnification admirable du chrétien des premiers siècles, également prêt pour le combat et pour le mart^-re; l'autre, type inimitable de grâce, de modestie et de ferveur. Par un de ces contrastes dramatiques qui abondent dans IVeuvre de Raphaël, la sainte baisse les yeux, tandis que son compagnon les lève. Cette sainte, cependant, a des origines profanes : qu'on la compare à la nymphe qui, dans le Triomphe de Galatée, se laisse embrasser, un peu trop facilement, par le Triton joufflu, le doute n'est pas possible; le même modèle a servi pour les deux. Tours de force où seul un Raphaël pouvait triompher.

L'impression produite par la Vierge de Saint-Sixte est de celles qui ne s'analysent point. Renonçant à éblouir par sa science du dessin, son entente merveilleuse de l'ordonnance, dédaigneux de tout artifice technique et de toute mise en scène, Raphaël n'a voulu laisser parler que ses facultés sensitives et subordonner l'artiste au croyant. De là l'originalité profonde de la composition, qui ne ressemble à aucune autre, sa portée extraordinaire et ce mélange mystérieux, fascinateur, d'émotion humaine, de splendeur divine et d'échappées sur l'infini. Une telle page est plus qu'un miracle de l'art, digne de fixer à jamais l'admiration de tout esprit amoureux du beau : c'est un éternel encouragement aux sentiments qui élèvent et honorent le plus l'humanité, un auxiliaire inappréciable pour l'œuvre de la civilisation.

La Vierge de Saint-Sixte a été peinte pour le couvent de Saint-Sixte, à Plaisance; elle a été acquise en 1753 par le roi Auguste III, de Saxe, moyennant la somme de ()o 000 thalers (environ 225 000 francs), et fait partie, depuis cette époque, du splendide musée de Dresde.

Ces idées de triomphe, d'apothéose, qui constituent le caractère dominant des Madones de la période romaine, nous les retrouvons dans les représentations du Père éternel, du Christ, des saints. Le spectacle de la lutte et de la souffrance ne s'oflVe que rarement à nos yeux. En dehors du Portement de croix, de Madrid, de la Descente de croix, gravée par Marc-Antoine, et de la Pietà, conservée au musée du Louvre, Raphaël ne s'est plus attaché, dans ses dernières années, qu'à exprimer la grandeur de Jéhovah (Loges, mosaïques de la chapelle Chigi, Vision d'E:{échiel, fresques de la Magliana), la gloire du Christ, que nous voyons tantôt trôner sur les nuages, comme dans les Cinq Saints, tantôt, comme dans la Transfiguration, rayonner d'une lumière surnaturelle. La glorification des martyrs complète cet ensemble si

LES CINQ SAINTS. 543 brillant, qui répondait également aux aspirations de l'artiste et aux

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