‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 248 sur 327 · SAINTE MARGUERITE · texte numérisé non relu

SAINTE MARGUERITE

(Musée du Louvre. 1

les airs, six anges, émergeant des nuages (un des plus beaux groupes que la peinture ait créés), font entendre des chants divins. Sur la terre, quatre saints ou saintes, debout autour de sainte Cécile, écoutent

avec délices. Au centre, l'héroïne, les yeux fixés sur le ciel, est comme ravie en extase; elle a jeté ces instruments qui lui étaient autrefois si chers, — violon, triangle, C3'mbales, — l'orgue même, l'instrument sacré par excellence, s'échappe de ses mains. Son voisin, saint Paul, oublie tout pour savourer, comme elle, ces divines mélodies; les yeux baissés, le menton appuyé sur sa droite, la gauche négligemment posée sur son épée, le fougueux lutteur, l'ardent apôtre des Gentils, est perdu dans une rêverie sans fin. En face de lui, sainte Marie-Madeleine (la figure la plus ingrate de la composition) se retourne vers le spectateur, comme pour lui faire partager ses impressions. Au fond enfin, saint Jean et saint Augustin se livrent sans réserve à leur enthousiasme et s'expriment l'un à l'autre, par leurs regards et leurs gestes, la vivacité de leurs sentiments.

L'origine et la destination de la Sainte Cécile expliquent ce débordement de mysticisme. Au mois d'octobre de l'année i5i3, une dame noble de Bologne, Elena Duglioli dall'Olio, crut entendre des voix surnaturelles qui lui ordonnaient de consacrer une chapelle à sainte Cécile, dans l'église Saint-Jean du Mont. Elle fit part de ses révélations à un de ses parents, Antonio Pucci, de Florence, qui offrit de faire décorer la chapelle à ses frais, et pria son oncle Lorenzo Pucci, le nouveau cardinal, de commander à Raphaël le tableau destiné à orner l'autel. En accordant dans cette œuvre une si large place à l'élément mystique, l'artiste ne faisait donc que se conformer aux sentiments de donna Elena. Coïncidence bizarre : le cardinal Pucci était de tous les membres du sacré collège celui dont la voix était la plus rebelle; jamais il ne put arriver à chanter convenablement la messe'.

Quoique commandée vers la fin de l'année i5i3, la Sainte Cécile ne fut achevée qu'en i5i6. Raphaël s'adjoignit, pour la mener à fin, son élève Jean d'Udine : c'est ce dernier qui peignit les instruments de musique disséminés sur le sol. Le graveur Boucher-Desnoyers a relevé dans l'exécution matérielle de l'œuvre quelques particularités dignes d'être signalées : « J'ai examiné à l'envers, dit-il, le tableau de la Sainte Cécile, après que cette peinture eut subi la môme opération [\c rentoilage); je l'ai considérée avec la plus grande attention, et j'ai vu le trait de tout le tableau exécuté avec une facilité et une rapidité incompréhensibles, et toujonrs au pinceau avec de la terre d'ombre, comme celui de la Vierge de Foligno. Ce sont des preuves que ces

I. Crowe et Cavai.caselle, Raphaël, éd. angl. t. II, p. '^-jb.

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tracés n'ont pu être ainsi faits sans le travail préliminaire d'un carton. »

Raphaël, qui n'avait cessé d'entretenir les relations les plus cordiales avec Francia, songea tout naturellement à lui, lorsque le moment fut venu d'envoyer le tableau à Bologne et de l'installer dans la chapelle destinée à le recevoir, à Saint-Jean du Mont. Il lui écrivit pour le prier de retoucher la peinture, s'il y remarquait quelque défaut, ou si elle avait souffert du transport, et de surveiller l'exécution du cadre. Vasari raconte que Francia ressentit une si vive douleur à

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