I. Voyez Raffaello Sanzio studiato corne architetto, p. io
continuer la construction du temple du prince des apôtres commencée par lui... » Ce sont là les propres termes employés par Léon X dans le bref par lequel il nomme Raphaël architecte en chef de Saint-Pierre. Cette recommandation, toutefois, ne fut pas jugée suffisante. Raphaël, provisoirement mis en possession du poste de Bramante, le i" avril i5i4, avec 3oo ducats d'or de traitement, ne fut confirmé dans cette situation que le i" août suivant, après avoir remis un modèle dessiné par lui et exécuté en bois par Giovanni Barile.
Comme pour se rendre encore plus digne de cette haute mission, Raphaël se livra à une étude approfondie de Vitruve. Il nous l'apprend lui-même dans sa célèbre lettre à Castiglione : « Notre Seigneurie (le pape), lui écrit-il, m'a, en voulant m'honorer, chargé d'un grand fardeau. Je veux parler de la direction des travaux de Saint-Pierre. J'espère bien ne pas succomber, d'autant plus que mon modèle plaît à Sa Sainteté et obtient l'approbation de beaucoup de juges distingués. Mais je vise plus haut. Je voudrais trouver les belles formes des édifices antiques. Peut-être mon vol ressemblera-t-il à celui d'Icare. Vitruve me donne beaucoup de lumières, sans cependant me suffire. »
C'est vers cette époque sans doute que Raphaël fit traduire en italien, pour son usage personnel, par Fabio Calvo de Ravenne, le Traité d'architecture de l'auteur romain. Cette traduction existe encore à la Bibliothèque royale de Munich; elle contient cette note curieuse, rapportée par Passavant (t. I", p. 199) : « Fin du livre de Vitruve, architecte, traduit du latin en langue vulgaire par Marcus Fabius Calvus de Ravenne, à Rome, dans la maison et à la prière de Raphaël, fils de Giovanni di Sancte d'Urbin. »
Quelques années plus tard, un des secrétaires de Léon X, Celio Calcagnini, rendait de Raphaël un témoignage qui prouve combien le peintre-architecte avait profité de la lecture de Vitruve. « Raphaël est peut-être le premier de tous les peintres, sous le rapport de la théorie comme sous celui de la pratique; de plus, architecte d'un si rare talent, qu'il invente et exécute des choses que les hommes les mieux doués croyaient impossibles. Je n'en excepte que Vitruve, dont il ne se borne pas à enseigner les principes, mais qu'il défend ou attaque avec les arguments les plus sûrs, et avec tant de grâce, qu'aucune aigreur ne se mêle à sa critique. »
L'impression produite par ces études fut si forte, que Raphaël, après avoir appliqué les préceptes de l'auteur romain à des constructions nouvelles, s'en servit pour tenter la restitution idéale de Rome antique.
Nous aurons l'occasion d'étudier en détail ce projet gigantesque; dans l'histoire des dernières années de Raphaël, il tient, concurremment avec l'architecture, plus de place que la peinture elle-même.
Mais revenons aux travaux de Saint-Pierre. Léon X, qui se proposait de donner à la construction une impulsion nouvelle, adjoignit à Raphaël, avec le même traitement, deux des vétérans de l'architecture : Giuliano da San-Gallo et Frà Giocondo, le premier âgé de soixantedix ans, le second plus qu'octogénaire. Dans sa lettre à son oncle Simon (i" juillet i5i4), Raphaël nous parle en termes sympathiques du vieux philologue et architecte véronais : « Le pape m'a adjoint un très savant frate d'au moins quatre-vingts ans; voyant qu'il n'a plus longtemps à vivre, il m'a donné pour compagnon cet homme de grande réputation et très docte, afin que, s'il a quelque beau secret en matière d'architecture, je puisse l'apprendre et arriver ainsi à la perfection dans cet art. Son nom est Frà Giocondo. »
Giuliano Leno continua, comme du temps de Bramante, à s'occuper de la partie administrative des travaux. Comme sous-architectes, inspecteurs, vérificateurs, etc., nous trouvons Antonio da San-Gallo, Giovanni-Francesco da San-Gallo, Rainiero de Pise, Niccolô de Bibbiena, Giovanni Barile, Baldassare de Carrare, Desiderio de Fantellis, de Rome, Andréa de Milan, etc.
Les deux collègues de Raphaël ne tardèrent pas à disparaître. Frà Giocondo mourut en juillet i5i5; Giuliano da San-Gallo, le 20 octobre de l'année suivante. Raphaël demanda au pape de leur donner un successeur, et Léon X se rendit à ses désirs. Il choisit poiu" son coadjuteur, vers la fin de l'année i5i(), Antonio da San-Gallo le jeune, non pas avec le même traitement, comme le rapporte un auteur contemporain, mais avec 12 ducats et demi seulement par mois'.
Raphaël avait accepté d'un cœur léger la succession de Bramante. Nulle interruption, en i5i4-i5i5, dans ses travaux de peinture; nulle preuve de lassitude. Dans la lettre adressée à son oncle Simon, le i" juillet i5i4 (voy. ci-dessus, p. 440), il donne un libre cours à son enthousiasme: « Quelle entreprise, lui écrit-il, est plus digne que celle de Saint-Pierre, qui est le premier temple du monde? C'est le plus grand édifice qu'on ait jamais vu; il coûtera plus d'un million en or... Le pape nous fait appeler chaque jour et s'entretient quelque temps avec nous de cette construction. »