‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 258 sur 327 · I. Voyez la Galette des Beaux-Arts, 1879, t. II, p · texte numérisé non relu

I. Voyez la Galette des Beaux-Arts, 1879, t. II, p

L'ardeur que Raphaël apporta dans ses nouvelles fonctions ne diminua pas avec les années. Une lettre de renvo3'é du duc de Ferrare (17 décembre iSig) nous le montre s'occupant, quelques semaines encore avant sa mort, des moindres détails de l'entreprise. « La commission relative à Raphaël d'Urbin est encore à faire; mais je la ferai, après avoir tenté encore s'il est possible de le vaincre par la mansuétude, car les hommes d'une telle supériorité sont toujours enclins à de certaines susceptibilités. Raphaël éprouve surtout les effets de cette sorte d'amertume i^melancolia), depuis qu'il a embrassé l'architecture après Bramante; il dispute à Giuliano Leno jusqu'à la pratique de cet art. Je le trouvai ce matin, ayant préparé deux piliers de soutènement que le pape fait faire pour consolider cette première voûte, dans la rue des Suisses, qui menaçait ruine, et, l'ayant appelé, il me pria d'attendre qu'il eût parlé à plusieurs maîtres, qu'il me recevrait la première fois que j'irais le trouver. J'aurai recours à tout moyen pour disposer de lui, lui faisant comprendre ce qui m'est arrivé chez lui l'autre jour, et s'il persiste toujours à dire de bonnes paroles sans etîet, je lui dirai ce que Votre Seigneurie Excellentissime m'écrit, et vous informerai ensuite de tout '. »

Les résultats ne furent malheureusement pas proportionnés aux efforts du jeune architecte en chef. Il lui fallut tout d'abord, à ce qu'il semble, s'occuper de la consolidation de l'édifice, travail ingrat qui absorba plusieurs années. Puis vint le manque d'argent. En réalité, lorsque Raphaël mourut, c'est à peine si les travaux avaient fait un pas.

Il n'en est pas moins intéressant de suivre les péripéties de la construction et d'examiner les changements survenus dans les idées du pape et dans celles de son maître favori.

Bramante, et ce fait paraît aujourd'hui hors de doute, avait adopte, pour Saint-Pierre, la forme de la croix grecque'. Sous Léon X, au contraire, on revint, probablement sur les instances du clergé, à la croix latine. Une monnaie, frappée sous ce pape, nous montre, d'un côté, le temple tel que Bramante l'avait conçu, de l'autre, le projet nouveau, c'est-à-dire la croix latine. Un plan, malheureusement fort incorrect, publié par Serlio, sous le nom de Raphaël, confirme, du moins dans leurs lignes générales, ces indications, que viennent corroborer le Memoriale d'Antonio da San-Gallo, publié par les derniers éditeurs de \^isari, ainsi que le plan de Giuliano da San-Gallo.

1. \'oyez la ('jir.^^ettc des Beaux- Arts, i^tV?, t. I, loc. cil.

2. Yoyc/. les Projets primitifs pour Saint-Picrrc de Rome, pp. 220-22? et 291.

RAP HAEL ARCHITKCT?:. 587

Il résulte de ces divers renseignements que Raphaël présenta au moins deux projets ou modèles. Dans le premier, vertement critiqué par le Mcmoriale^ le peintre-architecte agrandissait considérablement, dans le sens de la longueur de la nef, le côté des piliers formant le pied de la croix, et y pratiquait des chapelles semblables à celles que l'on aperçoit dans les pans coupés des piliers de la coupole. Il modifiait, en outre, le dessin des ronds-points et des pourtours en se réglant sur le chœur provisoire de Bramante, chreur qu'il paraît avoir eu l'intention de conserver définitivement.

Dans le deuxième projet, celui-là même qui semble avoir servi de base au plan publié par Serlio, Raphaël revint aux piliers de Bramante et se rapprocha également de nouveau des pourtours tracés par son prédécesseur. Il semble, à en juger par une des critiques contenues dans le Memoriale, que Raphaël conçut aussi le projet d'une coupole nouvelle, plus pesante encore que celle de Bramante.

Pour faire de Saint-Pierre une croix latine, Raphaël eut recours au mo^^en plus tard emplo\'é par Maderno : il ajouta plusieurs arcades. Seulement, tandis que l'architecte du dix-septième siècle se contenta de trois arcades nouvelles, Raphaël en proposa quatre; c'était dénaturer complètement le splendide édifice rêvé par Bramante. Aussi Antonio da San-Gallo s'éleva-t-il énergiquement contre ces modifications, qui heureusement ne furent pas adoptées.

En résumé, la part de Raphaël dans la réédification de Saint-Pierre se borne à quelques travaux secondaires : dans la nef, le nouvel architecte en chef éleva jusqu'à une hauteur de 12 mètres environ le pilier qui, de chaque côté, précède les piliers de la coupole. Dans le transsept sud, il voûta, soit seul, soit avec Antonio da San-Gallo, au moins une des deux arcades, celle du mur de derrière. Quant au transsept nord, il est difficile de décider si les piliers correspondants sont son reuvre ou celle de Bramante.

L'achèvement des Loges, tel fut, avec la continuation de Saint- Pierre, le principal des travaux confiés par le pape à Raphaël. Cette partie du palais apostolique avait été commencée par Bramante sous Jules II. En eff'et, sur un plan du Vatican, dessiné en i5o3 ou 1604 par le prédécesseur de Raphaël, nous trouvons déjà l'indication des Loges avec le même nombre d'arcades D'autre part, les deux premiers étages

I. Voyez IcA Projets printiii/s pour Samt-Pierrc de Rome, pp. jS-jS.

offrent entre eux des analogies si grandes, qu'il est impossible d'y voir l'œuvre de deux artistes différents. Nous sommes donc autorisés à faire honneur à Bramante de la partie inférieure de la galerie, d'autant plus que les profils y rappellent de la manière la plus frappante ceux de son corridor du Belvédère. Raphaël, selon toute vraisemblance, s'est borné à ajouter le troisième étage, uniquement supporté par des colonnes. Ainsi s'explique l'expression de Vasari qui, après avoir dit que Bramante commença la construction des Loges, nous apprend

que Raphaël les continua, « con nuovo disegno e con maggior

ordine ed ornamento ».

Le plan de Bramante ne comportant que deux étages, le maître n'avait pas cru nécessaire de fermer les arcades du rez-de-chaussée. L'adjonction d'un troisième étage devait avoir pour effet de surcharger les fondations et de compromettre la solidité de l'édifice. C'est ce qui arriva : des crevasses se produisirent la nuit même où mourut Raphaël, et l'on put craindre un instant que l'édifice tout entier ne s'écroulât. Antonio da San-Gallo conjura le danger en fermant les arcades du rezde-chaussée, et en n'y laissant que les petites fenêtres encore existantes. — Grâce à cette explication, nous comprenons enfin le passage dans lequel Vasari nous dit que Raphaël, pour plaire à de certaines personnes, laissa des vides dans les fondations des Loges.

Léon X fut tellement satisfait de l'œuvre de Raphaël, qu'il lui donna la direction de tous les travaux d'architecture et de peinture du Vatican.

Le cousin du pape, le cardinal Jules de Médicis, choisit à son tour Raphaël pour son architecte. Il lui demanda de composer les plans de la villa qu'il se proposait de faire élever aux portes de Rome, sur le Monte Mario, la villa Madame. Raphaël semble avoir fait plusieurs projets, car la gravure publiée par Serlio diffère sensiblement du plan conservé au musée des Offices. Les travaux furent probablement commencés de son vivant (dans la Bataille de Constantin, peinte par Jules Romain avant 1524, date de son départ pour Mantoue, on voit déjà la villa dans son état actuel); mais il ne fut pas donné au maître d'assister à l'achèvement de ce monument, qui passe à juste titre pour son chef-d'œuvre en architecture.

L'ordre des pilastres ioniques, la loge et les arcades qui plongent dans le bassin de la terrasse inférieure, sont dignes de toute notre admiration. Comme le temple élevé à Rimini par L. B. Alberti, ils

éveillent l'idée de la grandeur, sans avoir des dimensions colossales. Les profils des piédestaux, les fenêtres de marbre blanc, à meneaux cruciformes, la cour disposée en demi-cercle, ajoutent à l'eftet de la construction. On y découvre une simplicité, une souplesse, une ampleur qui montrent quelles qualités Raphaël savait mettre dans ses ouvrages d'architecture.

l'ancien palais DELL' AQUILA, A ROME

(Fac-similé d'une vieille gravure.)

L'ordonnance n'est pas aussi irréprochable dans l'aile composée de deux étages. Cette infériorité relative tient peut-être à des changements introduits dans le plan primitif par Jules Romain, qui, comme on sait, continua la construction de la villa. Il est, du reste, certain que des « graffiti », des fresques ou des stucs devaient compléter la décoration de ces parties et en atténuer les imperfections.

Parmi les monuments que Raphaël construisit pour des particuliers pendant le règne de Léon X, il faut tout d'abord citer les

écuries de Chigi, les « Stalle Chigiane » 'voyez ci-dessus, p. 5o4). Cet édifice, qui par sa magnificence pouvait rivaliser a\ ec plus d'un palais, fut commencé en i5i4, et non sous le règne de Jules II, comme on le croyait jusqu'ici. Un document récemment publié par M. Cugnoni nous apprend en etiet que, le 23 mai i5i4, l'architecte milanais Giovanni Antonio de Pallavicini reçut 40 ducats à valoir sur le prix des travaux à exécuter dans certaine écurie dépendant de la villa d'Augustin Chigi'. D'après la teneur de la quittance, les travaux étaient à peine commencés à ce moment.

Un autre ami de Raphaël, Giovanni-Battista Branconio dell'Aquila, fit appel à son talent d'architecte pour l'édification d'un palais. Cet édifice était situé dans le Borgo Nuovo, à gauche en allant à Saint- Pierre : il fut détruit au dix-septième siècle, en même temps que le palais de Bramante, acheté par Raphaël; mais une vieille gravure-, reproduite ici en fac-similé, nous permet d'en étudier les dispositions principales. Des ornements en stuc, exécutés par Jean d'Udine, venaient relever l'élégance de la façade dessinée par Raphaël. La date de i52o, que l'on voyait dans une frise, marquait sans doute l'époque de l'achèvement du palais.

Le palais Coltrolini-Cafîarelli-Stoppani-Vidoni a été mieux partagé. Il s'élève aujourd'hui encore près de Sant'Andrea délia Valle. On y retrouve, avec quelques légères variantes, le t\'pe adopté par Bramante pour son propre palais. De même que dans ce dernier, l'extérieur est orné de stucs.

Mentionnons encore le palais construit par Raphaël pour le médecin de Léon X, Jacopo de Brescia, dans la rue qui conduit du pont Saint-Ange au \'atican. Ce palais existe encore, mais il a été fortement remanié.

Florence possède également un palais de Raphaël, le plus beau qu'il ait inventé, et, ajoutons-le, un des plus beaux de la Renaissance. Nous voulons parler du palais que ré\èque de Troja, Giannozzo Pandolfini, ami intime de l'artiste, fit construire sur ses plans dans la via San-Gallo (voyez la gravure ci-contre). Raphaël n'eut pas la satisfaction d'assister à l'achèvement de cet édifice; bien plus, la con-

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