‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 264 sur 327 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

figuration et la villa Madame, le couronnement de cette brillante carrière, si tôt interrompue.

Rechercher, à l'aide de documents peu connus, quelles étaient les ressources que Rome offrait à Raphaël, définir l'influence exercée sur lui par les chefs-d'œuvre de l'antiquité, signaler les services qu'il a rendus à la cause de l'archéologie et à celle de l'histoire de l'art, tel est l'objet du présent chapitre.

Si Raphaël avait eu l'occasion de voir des statues grecques ou romaines à Urbin, à Sienne, à Florence, c'est à Rome, sans contredit, qu'il put, pour la première fois, étudier des peintures antiques. Beaucoup de monuments conservaient encore, au seizième siècle, leur décoration primitive, sans compter les nombreux fragments de fresques que les fouilles mettaient incessamment au jour. On ne songeait pas encore à recueillir ces précieux spécimens, mais les artistes les étudiaient dès lors avec ardeur. Il est, dans l'œuvre de Raphaël, bien des réminiscences que l'imitation de la sculpture antique ne suffit pas à expliquer : le maître a très certainement puisé, plus libéralement qu'on ne l'admettait jusqu'ici, dans les productions de ses prédécesseurs, les peintres de l'ancienne Rome.

Sous Jules II, ou, plus exactement, en iSoq, des vestiges de fresques plus ou moins considérables ornaient les thermes et les jardins de Salluste et de Titus. On apercevait aussi des traces de peintures dans les ruines situées sur le Quirinal, ainsi que dans celles qui avoisinaient l'église Saint-Pierre ès Liens. Sur le Palatin, la villa d'un ami de Raphaël, Inghirami (Phèdre de Volterra), renfermait plusieurs parois entièrement couvertes de fresques. Albertini cite encore un tombeau de la via Salaria, orné de figures de Gérés et de Bacchus, ainsi que de pampres et d'amphores. Raphaël lui-même, dans son rapport à Léon X, parle des peintures des thermes de Dioclétien, qu'il oppose aux peintures contemporaines de Trajan et de Titus. On sait quel parti il tira des charmantes décorations découvertes de son temps dans les thermes construits par le dernier de ces empereurs. Mais on oublie trop qu'à cet égard il ne fit que suivre l'exemple de Morto da Feltro, le véritable inventeur des grotesques. Peut-être le maître urbinate étudia-t-il aussi les peintures, aujourd'hui encore existantes, de la pyramide de Cestius. Tivoli enfin lui fournit très certainement des modèles. (Nous savons que Morto da Feltro avait, peu d'années auparavant, mis à contribution les grotesques conservées dans cette ville. ^ L'étude des mosaïques,

dont Rome et ses environs, notamment Palestrine, possédaient et possèdent encore des restes si considérables , acheva très certainement de familiariser Raphaël avec les traditions de la peinture antique.

Cependant, quoique Rome l'emportât, à cet égard, sur toutes les villes d'Italie, sa richesse en peintures antiques n'était pas assez grande pour dispenser un artiste aussi curieux que Raphaël de recourir à d'autres modèles. N'ayant pu étendre, comme Morto da Feltro, ses investigations jusqu'au royaume de Naples, jusqu'à Pouzzoles, Baïes, Mercato di Sabbato (Vasari, t. IX, p. 107), il dut demander à la sculpture un supplément d'informations. Ce furent les statues et les basreliefs qui développèrent son goût et qui lui fournirent les innombrables détails de costumes, d'ameublement, les armures et les ornements nécessaires à ses grandes compositions historiques. Il est indispensable, avant d'aller plus loin, de passer en revue les modèles que la Ville éternelle pouvait otïrir à son nouvel hôte.

En thèse générale, on est trop porté à déprécier les collections romaines du commencement du seizième siècle. Le savant auteur des Sculpteurs italiens, M. Charles Perkins, a suivi, à cet égard, les errements de ses prédécesseurs. Cherchant à dresser la liste des antiques existant à Rome du temps de Raphaël, M. Perkins se fonde sur ce passage bien connu, dans lequel le Pogge déclare que Rome, vers le milieu du quinzième siècle, ne contenait plus que cinq statues'. Mais le Pogge ne voulait évidemment parler que des statues exposées sur les places publiques, les colosses de Monte Cavallo, le Marc- Aurèle, etc. En réalité, cinquante ans plus tard, c'est par centaines que les antiques se chiffraient dans la Ville éternelle. Nous allons le démontrer.

Dès ce moment, Rome renfermait deux musées proprement dits, celui du Vatican, 1' « Antiquarium », comme on l'appelait, et celui du Capitole. Le premier ne comptait que peu de monuments encore, mais c'étaient presque tous des chefs-d'œuvre : l'Apollon du Belvédère, le Laocoon, le Torse, l'Ariane (alors connue sous le nom de Cléopàtre), la statue de l'impératrice Sallustia Barba Orbana, représentée sous la figure de Vénus, le Commode, le Tibre. Sous Léon X, le Nil, ainsi que deux statues d'Antinous (dans la statue de Jonas, Raphaël a reproduit le type du favori d'Hadrien) vinrent s'ajouter à ces mer-

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