‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 269 sur 327 · BouGOT, Pliilostratc l'ancien; Paris, 1881, p · texte numérisé non relu

BouGOT, Pliilostratc l'ancien; Paris, 1881, p

2. PuLSZKY, Raphaël S.viti in dcr unfçarischcn Rciclis-G.tllcric, pp. 41-4'/.

RAPHAËL ET L'ANTIQUITE. 6i3 de nous rendre le magnifique ensemble des monuments romains

rongés par le temps ou mutilés par la main des hommes. Raphaël se présente à nous sous ce double aspect; mais, tandis qu'au début l'artiste

6i4 RAPHAËL. — CHAPITRE XX.

l'emporte sur Tarchéologue, nous assistons vers la fin de sa vie au phénomène inverse. Quelques critiques pourront être tentés de voir dans ce changement une preuve de lassitude : lorsque l'inspiration tarit, on se tourne vers la science. On naît poète; on devient érudit. Pour nous, nous croj'ons qu'il faut plutôt admirer le bonheur singulier de ce maître, éminent entre tous, qui, dans sa courte carrière, a pu embrasser tour à tour tant de disciplines diverses, vivre d'une vie si multiple , savourer Tune après l'autre toutes les jouissances intellectuelles de cette grande époque.

Peu de temps après son arrivée à Rome, Raphaël eut l'occasion de témoigner de son culte pour les souvenirs du passé, ce passé s'appelàtil antiquité, moyen âge ou Renaissance, et de montrer qu'à côté de l'artiste il y avait en lui l'étoffe d'un archéologue. Jules II, dans son ardeur à remplir le A^atican de créations nouvelles, avait donné l'ordre à son peintre favori de détruire les fresques de ses prédécesseurs. Raphaël dut obéir ; mais il voulut du moins que toute trace de ces compositions, si importantes pour l'histoire des arts, ne fût pas perdue, et fit copier une partie des peintures de Piero délia Francesca (voy. ci-dessus, p. 326). Quelle belle leçon donnée à cette bande de démolisseurs acharnés, à ces vandales qui s'attaquaient alors aux plus vénérables monuments de Rome païenne ou de Rome chrétienne ! Si l'exemple de Raphaël avait été suivi, si ses principes avaient triomphé, nous posséderions du moins une image, fût-elle sommaire, de tant de chefs-d'œuvre perdus sans retour.

Ce ne fut toutefois que longtemps après, en ]5i5, que Raphaël put intervenir d'une manière plus efficace dans la conservation des monuments historiques. Un bref en date du 27 août i5i5 lui accorda, très certainement sur sa demande, le droit de s'opposer à la destruction de ceux des marbres antit|ues qui porteraient des inscriptions. « Considérant, lui écrit le pape, que les tailleurs de pierre détruisent, en les employant comme matériaux de construction, beaucoup de marbres et d'autres pierres antiques contenant des inscriptions, témoignages précieux qu'il importe de conserver pour développer le culte des lettres et pour -entretenir l'élégance de la langue latine : Nous défendons à tous ceux qui travaillent le marbre à Rome de couper ou de scier, sans ta permission, n'importe quelle pierre ornée d'inscriptions, sous peine d'amende pour ceux qui contreviennent à nos ordres. »

La première partie du même bref accorde à Raphaël le droit de réquisitionner partout les matériaux provenant des fouilles pratiquées à

Rome ou dans les environs, et de les employer à la construction de la basilique de Saint-Pierre, dont il avait e'té nommé architecte en chef une

NEPTUNE CALMANT LA TEMPETE (qUOS EGO

(Fac-similL- do la gravure de Marc-Antoine.)

année auparavant. L'ai-tiste ne tarda pas cependant à découvrir le danger qu'il y avait à encourager ces fouilles. Nous le verrons dans un instant s'élever contre les papes qui, en permettant d'extraire la

pouzzolane des fondations des édifices antiques, avaient cause la ruine de bon nombre de monuments.

En ce qui concerne les inscriptions, les eflbrts de Raphaël ne tardèrent pas à être couronnés de succès. Dès le 3o novembre i5i7, un des principaux éditeurs de Rome, Jacques Mazzocchi obtenait de Léon X un privilège de sept ans pour le recueil qu'il se proposait de publier sous le titre de EpigTammata antiqux Urbis, et, quatre années plus tard, au mois d'avril i52i son travail, un superbe in-folio de quatre cents pages, était livré au public. Ce volume, le plus ancien recueil épigraphique imprimé que nous possédions, en préservant de l'oubli les inscriptions dont Rome regorgeait alors, concourait donc au but poursuivi par Raphaël-, il offrait en outre, des gravures sur bois, assez bien faites, de plusieurs des monuments romains les plus remarquables, la porte Saint-Laurent, le pont Sainte-Marie, l'arc de Constantin (sans les sculptures), l'arc de Septime-Sévère, le Panthéon, la colonne Trajane, la pyramide de Cestius, l'obélisque du Vatican, etc., etc.

On a voulu assimiler les fonctions de Raphaël à une véritable direction des musées romains. Peut-être est-ce aller trop loin. Ce n'est que longtemps après que l'on semble avoir songé à créer un office spécial pour ce service, et encore l'emploi fut-il, au commencement, bien modeste. Francesco de' Botti, qui était, en 1640, « politor et scopator statuarum et figurarum palatii Capitolii », c'est-à-dire chargé de la garde et de l'entretien des statues du Capitole et du Vatican, ne recevait que 2 ducats de traitement par mois. Le gardien de la colonne Trajane (le scribe pontifical écrit Coluna trojana) était mieux rétribué, quoique ses fonctions n'exigeassent pas cies aptitudes bien spéciales : il recevait 4 ducats par mois (Archives ci'Etat de Rome). Les Médicis n'avaient pas attendu si longtemps pour confier leurs collections à des hommes compétents. On a vu que Donatello et son élève Bertoldo avaient été de véritables directeurs de musées, dans l'acception moderne du terme.

La mission confiée à Raphaël lui suscitait parfois des conflits avec la municipalité romaine, dès lors fort jalouse de l'accroissemeni du musée Capitolin. Le i5 juillet i5iN, comme le peintre archéologue revendiquait, sans doute pour le pape, une statue provenant de la succession de Gabriel de' Rossi, les conservateurs de la ville déclarèrent vouloir

I. Mazzocchi mentionne prcciscmeni une inscription tracée sur un bloc de tra\ertin qui était destiné à la construction de Saint-Pierre et qui aura sans doute été préservé de la destruction par Raphaël : c< In .saxo oblongo tiburtino adducto ad fabricani Sancti Pétri, qui démuni lissu.i est in duas partes per lapicidas. » (l''ol. ci.xv v".)

user du droit que leur conférait le testament du défunt, et incorporer la statue aux collections du Capitole (Passavant, t. I, p. 204).

VÉNUS ET l'a m O U R

(Fac-similé de la gravure de Marc-Antoine.)

Par contre, nous voyons Raphaël profiter des facilités que lui offraient ses fonctions pour procurer des antiques à ses amis ou connaissances. Une lettre du chargé d'affaires de Ferrare, publiée ' par le

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