‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 274 sur 327 · ÉTUDE P O U R LA T É T E DE MÉDUSE · texte numérisé non relu

ÉTUDE P O U R LA T É T E DE MÉDUSE

(Uilivcrsitij d'OxforJ.)

ÉTUDE POUR UN COMBAT d' HOMMES NUS

(Université d'Oxford.)

Dernières années de Raphaël. — Ses e'ièves. — La Fornarine. — Son palais et son intérieur. Son testament et sa mort. — Conclusion.

Les dernières années de Raphaël, si fécondes au point de vue de l'art, ont été, en ce qui concerne l'histoire de sa vie, fort pauvres en événements saillants, en péripéties propres à nous émouvoir. En i5i5, Raphaël fait un voyage à Florence, où il assiste aux fêtes de l'entrée de Léon X, et prend part au concours pour la façade de Saint-Laurent. Puis il retourne à Rome, qu'il ne quitte plus à partir de ce moment. La situation qu'il occupait à la cour pontificale, la faveur du pape, étaient bien propres d'ailleurs à le fixer dans la Ville éternelle. On peut dire que, pendant le règne de Léon X, sa vie n'a plus été qu'une série ininterrompue de succès; les clameurs mêmes de ses ennemis se perdaient bien vite au milieu des applaudissements et ne servaient qu'à faire ressortir la grandeur de son triomphe. L'artiste ne tarda pas à être doublé d'un grand seigneur : à une fortune considérable, à une situation morale que les plus grands maîtres, anciens ou modernes, auraient pu lui envier, Raphaël joignit le titre

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de camcrier pontifical, ainsi que celui de chevalier de l'Éperon d'or.

Malheureusement pour lui, et heureusement pour nous, les exigences du pape et de son entourage, jointes à celles des amateurs les plus illustres de l'Europe entière, ne lui permirent pas de jouir de ces richesses si bien gagnées. A partir de i5i5, l'artiste fut vraiment débordé : il lui fallut à la fois composer des cartons de fresques, de tapisseries, de mosaïques, de décors de théâtre; peindre des tableaux de chevalet ou des retables gigantesques; diriger les travaux de Saint- Pierre, des Loges et de plusieurs palais particuliers; surveiller les antiquités de Rome; défrayer de modèles les orfèvres, les sculpteurs en bois, les graveurs, sans néanmoins négliger ses devoirs d'homme du monde et de courtisan. Tout autre que lui aurait fléchi sous un pareil fardeau. Raphaël eut le bonheur de pouvoir, plusieurs années durant, faire face à tant d'obligations diverses; puis il s'affaissa subite ment, ayant lutté jusqu'à la dernière heure, et emporté, en quelque sorte, au milieu de son triomphe.

Depuis l'avènement de Léon X, la réputation de Raphaël avait tellement grandi, que les princes les plus puissants se disputaient jusqu'à la moindre ébauche de son pinceau. Léon X donna l'exemple de l'indiscrétion en accablant l'artiste de commandes : il fallut que Raphaël satisfît tous ses caprices, s'abaissant, par exemple, jusqu'à peindre, grandeur nature, l'éléphant envoyé au pape par le roi de Portugal. Bien plus, il se vit forcé de servir d'instrument à des intrigues politiques, tantôt en représentant François 1" sous les traits de Charlemagne, tantôt en composant le Saint Michel et la Sainie Famille que Laurent de Médicis offrit, en i5i8, au monarque français. Bibbiena également, qui avait fait faire deux fois son portrait par son jeune ami , qui lui avait demandé, en outre, de décorer sa salle de bain, lui commanda un tableau destiné à flatter la passion du roi pour les belles peintures et pour les belles femmes : je veux parler du portrait de Jeanne d'Aragon. Peut-être François I", qui venait de recevoir coup sur coup ces trois chefs-d'œuvre, s'adressat-il aussi au peintre et le chargea-t-il d'exécuter la Sainte Mai^i^nevite, qui est entrée au Louvre.

Les souverains italiens ne montraient pas moins d'empressemlent à conquérir un ouvrage de la main de Raphaël. Parmi ceux qui apportèrent le plus d'obstination dans ces démarches, Alphonse d'Esté, l'époux de Lucrèce Borgia, occupe le premier rang. Il organisa autour de Raphaël un véritable siège. Il faut lire, dans la correspondance

publiée par le marquis Campori le récit de ses sollicitations, qui finirent par dégénérer en persécution.

Selon toute vraisemblance, Raphaël fut présenté au duc, en par leur ami commun, l'Arioste. Cependant ce n'est qu'à partir de iSiy que nous avons des preuves certaines des rapports de l'artiste avec le souverain de F^errare. A ce moment, Raphaël achetait pour lui des antiquités (voy. ci-dessus, p. 618), en même temps qu'il préparait, à son intention, deux tableaux représentant la Chasse de Méléagre et le Triomphe de Bacchiis dans les Indes. Il lui avait déjà envoyé l'esquisse de cette dernière composition, lorsqu'il apprit qu'un peintre attaché au duc, Pellegrino d'Udine, devait traiter le même sujet. Il proposa donc un autre sujet, pour lequel il reçut un acompte de 5o ducats. La même année, il ht don au duc du carton de YHistoire de Léon III. A partir de i5i8, Alphonse commence à insister. L'artiste, au contraire, cherche à gagner du temps. « Raphaël d'Urbin, écrit l'envoyé de Ferrare (1" mars i5i8"), s'excuse encore. Il n'aura pas terminé à Pâques l'ouvrage de \'otre Excellence, attendu que le pape et son seigneur le duc (Laurent de Médicis) l'occupent tellement par des portraits, des dessins, qu'il ne peut continuer à y travailler. Ce qui l'absorbe surtout, c'est un Saint Michel, grandeur nature, que Sa Sainteté lui a commandé pour être offert à Sa Majesté Très Chrétienne. Il faut que ce tableau soit hni au plus tôt. Malgré cela, je le presse de mon mieux par mes instances. »

Pour faire prendre patience à ce royal solliciteur, Raphaël lui otfre le carton de son Saint Michel. A cette occasion, l'artiste donne de nouveau une belle preuve de sa délicatesse et de son désintéressement. Ecoutons l'envoyé de Ferrare (lettre du 20 novembre i5i8) : « Je l'ai remercié pour son carton et l'ai assuré que Votre Excellence avait été très heureuse de le recevoir. Je lui ai ensuite remis les 2 5 écus que ^^otrc Excellence m'a chargé de lui donner. II a délicatement fait quelque résistance pour les 'recevoir, déclarant qu'il avait offert le carton par dévouement et par affection pour votre personne. A cet égard, il abonde en expressions courtoises, et m'a déclaré à plusieurs reprises, qu'il était plus disposé à satisfaire \^otre Excellence que toute cette cour. A la fin, il a pris l'argent en rendant grâce à \'otre Excellence. »

Le duc, mis en goût par ces envois, demanda et obtint également le carton de la Jeanne d'Aragon. Mais il n'oubliait pas, pour cela, les

I. Voy. la Ga'^ette des Beaux-Arts, i863, t. I et l'article de iM. Venturi dans le Kiiiistfreund, i885, pp. 32(3-328.

dcu.\ tableaux, et ne cessa de harceler l'artiste, qui prodiguait les excuses et les promesses. Trois ans durant, il se paya de ces promesses, certainement sincères. Mais à la fin il éclata : « Allez trouver Raphaël, écrivit-il, le lo septembre i5ig, à son ambassadeur, et dites-lui qu'il y a maintenant trois ans qu'il vous a engagé sa parole, et que ce ne sont pas là procédés à employer avec nos pareils : s'il ne tient pas sa promesse, nous lui apprendrons qu'il ne fait pas bon nous tromper. Vous ajouterez, comme venant de vous, qu'il ferait bien de ne pas changer en haine l'affection que nous lui portons : s'il tient sa promesse, il peut compter sur nous; si non, il peut s'attendre à en éprouver un jour du regret. »

Il faut remonter aux démêlés de Jules II avec Michel-Ange pour voir un prince souverain faire à un simple artiste l'honneur de se courroucer à tel point.

Raphaël parvint cependant à apaiser la colère du duc. Celui-ci, en attendant qu'il reçût ses tableaux, ne cessait de mettre l'artiste à contribution. Le 20 mars i520, son envoyé lui annonce qu'il a eu une longue conversation avec Raphaël sur les moyens d'empêcher les cheminées de Son Altesse de fumer, et qu'il lui enverra prochainement les dessins et modèles à l'appui. Seize jours plus tard, Raphaël expirait.

L'histoire des relations de Raphaël avec Alphonse d'Esté a un épilogue qui n'est guère à l'honneur du duc. N'ayant pas reçu les tableaux qu'il avait commandés, il redemanda les 5o écus donnés comme acompte, et n'eut de cesse qu'il ne les eût obtenus des héritiers de l'artiste, qui ne lui ménagèrent pas les expressions de leur mépris pour cette conduite indigne d'un souverain,

La marquise Isabelle de Mantoue apporta plus de courtoisie que son frère, le duc Alphonse d'Esté, dans ces négociations; mais elle n'y mit guère moins d'insistance. Une correspondance découverte par le marquis G. Campori nous fournit sur les relations de cette princesse avec l'artiste les détails les plus curieux'. Dans une lettre adressée à la marquise, au mois de juin i5i5, Augustin de Gonzague lui écrit de Rome qu'il a parlé à Raphaël, et que celui-ci lui a promis de faire pour elle un petit tableau. Une seconde lettre, expédiée d'Urbin, le S novembre i5i5, ajoute quelques renseignements nouveaux qu'il est important de recueillir. « Quand je partis de Mantoue, écrit le corres-

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