Passavant, le Peintre-graveur, t. VI, p
dans les Loges (Vasari, t. VIII, pp. 242, 246; t. X, p. 142). Raphaël entretenait une émulation féconde parmi ces auxiliaires, dont la plupart n'étaient guère plus jeunes que lui. « On comptait alors à Rome, nous dit Vasari, d'innombrables jeunes gens qui étudiaient la peinture et rivalisaient d'ardeur, cherchant à se perfectionner dans le dessin pour gagner les bonnes grâces de Raphaël et se faire un nom parmi les nations. »
Pour stimuler l'ardeur de cette vaillante phalange, comme aussi pour hâter l'exécution de ses grandes œuvres décoratives, les Stances, les Loges, les tapisseries, le maître ne tarda pas à choisir, parmi ses élèves, un certain nombre de collaborateurs. En agissant ainsi, il pouvait s'autoriser des exemples les plus illustres. Lorsque Donatello exécuta les fameux bronzes de l'église Saint-Antoine de Padoue, il était toujours assisté de dix-huit à vingt aides. Ghiberti en comptait un plus grand nombre encore : le chiffre de ses collaborateurs s'éleva à vingt-six pour l'exécution de la première porte du Baptistère; il fut probablement plus considérable encore pour la seconde. Michel- Ange lui-même s'adjoignit, au moment de commencer les fresques de la Sixtine, cinq aides, parmi lesquels on comptait des artistes distingués (voyez ses Lettres, p. 563). Il est vrai qu'il ne tarda pas à les congédier pour exécuter seul cette tâche immense.
Le cœur tenait autant de place que l'esprit dans l'empire que le jeune maître exerçait sur son école. Raphaël était un véritable père pour ses élèves, et cette cordialité qu'il leur témoignait, il réussit aussi à la faire dominer dans les rapports des élèves entre eux. Rien de plus touchant que la concorde qui régnait dans cette société, d'origine et d'aspirations si diverses. Il semblait, pour nous servir de la belle expression de Castiglione décrivant la cour d'Urbin, qu'une chaîne les tînt tous réunis dans un commun amour. Vasari a une expression touchante pour caractériser l'exquise bonté de Raphaël, comme aussi la sympathie qu'il inspirait à tous : il nous dit que les animaux euxmêmes l'aimaient et le respectaient : « E questo avveniva, perché (tutti) restavano vinti dalla cortesia e dall'arte sua, ma più dal genio délia sua buona naiura; la quale era si piena di gentilezza e si colma di carità, che egli si vedeva che fino agli animali l'onoravano, non che gli uomini. »
Le souvenir du maître fut assez puissant pour maintenir cette concorde longtemps encore après sa mort. Lorenzetto épousa, d'après le
désir de Raphaël, la sœur de Jules Romain; Perino del Vaga, la sœur du Fattore. Ce dernier et Jules Romain s'associèrent à leur tour pour terminer les ouvrages laissés inachevés par leur maître. Même association entre Polydore de Caravage et Maturino de Florence, qui, d'après l'expression de Vasari, résolurent de vivre et de mourir ensemble en vrais frères. En 027, nous voyons le plus obscur des élèves de Raphaël, Baviera, venir au secours de son condisciple Perino del Vaga, cruellement éprouvé par le sac de Rome. Vers la même époque, le Rosso s'étant permis des attaques violentes contre le talent de Raphaël, se vit forcé de s'enfuir de Rome pour échapper à la vengeance des élèves indignés de l'ancien chef de l'Ecole romaine [Mémoires de Benvenuto Cellini).
La vénération des élèves pour la mémoire du maître dura autant qu'eux-mêmes; ils cherchèrent même à la transmettre à leurs enfants. Jules Romain et Jean d'Udine donnèrent chacun à un de leurs fils le glorieux prénom de Raphaël. Jean d'Udine voulut en outre être enterré à côté de son maître, dans le Panthéon. C'est là aussi que plusieurs artistes éminents, parmi lesquels on remarque Perino del Vaga et Antonio da San-Gallo, fondèrent en 1542, sans doute en souvenir de Raphaël, une corporation, la « Congregazione dei Virtuosi », qui existe encore aujourd'hui'.
On voit combien, dans l'étude des relations de Raphaël avec ses élèves, il est difficile de dire oix finit le rôle du maître et où commence celui de l'ami. L'école de Raphaël constituait en réalité sa famille; elle partageait ses affections, était initiée à ses secrets, et savait à l'occasion fermer les yeux sur les faiblesses du grand homme.
Ceci nous amène à aborder un sujet délicat, que nous avons évité jusqu'ici de traiter, mais qu'un historien impartial ne saurait entièrement passer sous silence. Nous voulons parler des rapports de Raphaël et de la Fornarine. En réalité, tout ce que l'on sait sur la maîtresse de Raphaël est contenu dans quelques lignes de Vasari (t. VIII, pp. 35, 44, 45, 58). « Marc-Antoine exécuta ensuite un certain nombre de gravures pour Raphaël, qui les remit à Baviera, un de ses compagnons (garzone). Celui-ci avait soin d'une femme que Raphaël aima jusqu'à la mort, et dont il fit un très beau portrait, qui paraissait vivant; ce portrait est aujourd'hui conserve à Florence, chez Matteo Botti. —
I. Voy. C. L. ViscoNTi, Siilla istitii^ionc dclla insif^nc artistica congregazione pontificia dei Virtuosi al Panthéon; Rome, iSGq.