‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 38 sur 327 · CONDITION DES ARTISTES AU XVM SIÈCLE · texte numérisé non relu

CONDITION DES ARTISTES AU XVM SIÈCLE

chaque jour à 3 mesures de vin, à G miches de pain, à un bon plat de viande, à du poisson, des œufs ou des légumes Si, à Orvieto, Frà Angelico ne recevait que le pain, le vin et en outre 3 ducats par mois pour ses autres de'penses de table, c'est qu'il touchait des appointements

LA MADONE SOLLY

(Musée do Berlin. I

splendides, i6 florins par mois, somme qui équivaudrait aujourd'hui à une dizaine de mille francs par an.

I. Voyez mon travail sur les Arts a la cour des Papes, t. If, p. 3io. Les moines de San- Miniato nourrissaient moins bien le pauvre Paolo Uccello. Fatigué de ne manger que du fromage, le malheureux prit la fuite et ne revint que sur la promesse d'un menu plus varié et plus copieux. (Vasari, t. IV, pp. qo, 91.) Domenico et David Ghirlandajo aussi avaient à se plaindre de la chère que leur faisaient les moines de Passignano. Un jour David, poussé à bout, lança les plats à la tète du frère qui les servait et le blessa grièvement. (Vasari, t. V, p. 81.) Mentionnons encore à titre de curiosité le contrat conclu par les héritiers d'A. Chigi,

Il nous reste à parler d'un genre de rémunération depuis longtemps abandonné, quoiqu'il offre d'incontestables avantages : quelquefois les parties, éprouvant de la difficulté à fixer d'avance la valeur d.'un ouvrage, surtout quand il s'agissait de travaux de longue haleine, s'en remettaient à des experts du soin de déterminer, après achèvement complet, la somme due à l'artiste. Celui-ci pouvait, dans ce cas, travailler avec une entière indépendance, assuré, comme il l'était, que ses efforts seraient pleinement appréciés par des hommes compétents et équitables. Raphaël avait des préférences pour ce système. Dans une lettre adressée à son oncle Simon, en i5o8, il lui dit qu'il n'a point fixé de prix pour un de ses tableaux, aimant mieux que cet ouvrage fût évalué après coup. Après l'achèvement des Sibylles, de l'église de la Pace, il demanda également qu'un expert fixât le prix du travail. Cet expert, nous le verrons, n'était autre que Michel-Ange. Le grand sculpteur florentin remplit les mêmes fonctions, à la demande du cardinal Jules de Médicis et de Sebastiano del Piombo, après l'achèvement de la Résurrection de Lazare peinte par ce dernier.

Nul doute que, dès ses premières années, Raphaël n'ait donné des marques de cette rare et exquise délicatesse de caractère qui le distingue de la plupart de ses contemporains, et en particulier de son maître. Il ne dédaignait pas l'argent, mais il savait l'employer noblement. Alors même qu'il pouvait vendre ses moindres esquisses au poids de l'or, il n'hésitait pas à les offrir, à titre de don, à des amis, à des protecteurs. Un seigneur florentin reçut de lui pour cadeau de noces la Vierge au chardonneret . Plus tard, un véritable tournoi s'engagea entre l'artiste et ce Crésus siennois qui s'appelait Augustin Chigi : chacun d'eux voulait surpasser son émule en générosité.

Le débutant s'essaya naturellement d'abord dans des tableaux de petites dimensions et dans des sujets n'exigeant pas une science consommée. Tout un groupe de madones, représentées à mi-corps, dans une attitude encore assez timide (la Vierge est généralement vue de face; elle baisse modestement les regards sur son filsl, se rattache à ces pre-

en i52o, avec l'artiste vénitien chargé de terminer les mosaïques de la chapelle de Sainte- Marie du Peuple, Luigi de Pace : « Le maître recevra (pendant les quatre ans qu'il doit employer à ce travail) du pain, du vin, de l'huile et du sel à discrétion pour lui et pour son compagnon, et en outre 2 ducats par mois. Il sera habillé de neuf une fois par an aux frais des Chigi. Ceux-ci lui feront en outre don, lorsque l'ouvrage sera terminé, d'une maison de la valeur de 200 ducats d'or. Enfin ils auront à fournir tous les matériaux, le salaire du compagnon restant seul à la charge de maître Luigi. » (Cugnoni, Agostino Chigi il Magnifico; Rome, l88i, p. 144.)

LA MADONE SOLLY.

miers efforts. Citons parmi elles la Madone Sollj, la Vierge entre saint Jérôme et saint François, toutes deux au musée de Berlin, et la Madone Staffa Conestabile^ ou Madone au livre, au musée de Saint-Pétersbourg.

La Madone Solly est une œuvre encore timide, conçue dans la plus

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