CHAPITRE PREMIER
haut la gloire du nom de Santi, Raphaël. Son père, dit Passavant, lui donna le nom d'un archange, comme s'il eût pressenti la splendeur céleste à laquelle son fils devait s'élever. Il ne souffrit pas, Vasari l'affirme, que l'enfant eût une nourrice; il voulut que la mère l'allaitât elle-même et lui transmit avec la vie tout son amour.
Deux autres enfants, un garçon et une fille, moururent en bas âge.
On aime à se figurer Raphaël entouré dès le berceau des images les plus riantes, de madones contemplant avec tendresse le divin « bambino », de chérubins voltigeant au milieu de nuages empourprés. L'histoire est ici d'accord avec la fiction.
Le premier tableau que Giovanni Santi exécuta après la naissance de son fils était bien fait pour frapper l'imagination de l'enfant et pour graver dans sa mémoire des types tendres et gracieux. Le maître avait reçu en 1483 la commande d'un retable destiné à l'église de Gradara. Dans cet ouvrage, qui fut terminé le 10 avril 1484 (Raphaël était alors âgé d'un an), l'enfant Jésus, placé sur les genoux de sa mère, est d'une grâce parfaite. Son visage, les contours de son petit corps, son attitude, tout en lui offre une ressemblance saisissante avec ces admirables « putti », dont Raphaël peupla plus tard ses compositions, et qui sont comme la personnification la plus parfaite de l'enfance. Une autre peinture, la fresque, conservée de nos jours encore dans la maison des Santi, nous montre une jeune femme assise devant un pupitre, sur lequel est placé un livre, et tenant sur ses genoux son fils endormi, la tête posée sur son petit bras (voyez la gravure ci-contre). Quelque endommagée que soit cette composition, on y trouve encore des traces de sa beauté primitive. Ajoutons que les traits sont fortement individualisés; cette circonstance, jointe à l'absence de nimbes, nous
n'esl pas universellement admise. Plusieurs auteurs, notamment Passavant, se fondant sur l'inscription funéraire de Raphaël, qui dit que l'artiste, mort le vendredi saint, 6 avril i52o, comptait juste trente-sept ans, jour par jour, le font naître le 6 avril 1483. Le témoignage de Vasari est cependant formel. Raphaël, dit-il, est né en 1483, le vendredi saint, à trois heures de la nuit (^c'est-à-dire, selon notre manière de compter, à neuf heures trois quarts du soir). Il ajoute que le maître mourut le jour anniversaire de sa naissance, le vendredi saint de l'année i52(). A cette époque, où l'astrologie, les horoscopes jouaient un si grand rôle, les familles tenaient bien plus compte des événements marquants qui accompagnaient les naissances que de la date même des naissances. Ce qui a donc frappé le plus les contemporains, c'est que Raphaël, né un vendredi saint, est également mort un vendredi saint. Nous devons ajouter que les derniers éditeurs de Vasari, ainsi que MM. Rohinson, Springer, le commandant Paliard et bon nombre d'aiitre.î savants, se sont formellement prononcés pour la date du 28 mars. — On nous dispensera, après ces explications, de discuter les arguments récemment produits par M. Pii'F.r (Galette d'Aiif^sbourf:;; supplément du 27 juillet 1881), et par MM. Crowe et (^WAi.CASKi.i.F. {RaffacUo, la sua vita e le suc opère; Florence, t. I, 1884, p. (i).
GIOVANNI SANTI
il-i
autorise à croire que l'artiste a représenté ici, non pas la ^'ierge et l'enfant Jésus, mais sa propre femme et son tils'. Souvent, sans doute, Magia était assise dans cette attitude à côté de son époux, pendant qu'il travaillait. — Certes, l'intérieur des Santi était bien modeste, mais le jeune Raphaël aurait difficilement trouvé ailleurs de plus vives