LE MARIAGE DE LA VIERGE
dans les figures accessoires. Prises individuellement, elles manquent de caractère; considérées dans leur ensemble, elles ne satisfont pas aux lois du groupement : chacune d'elles regarde d'un autre côté, sans avoir l'air de s'intéresser à la scène principale.
Autant de défauts chez le maître, autant de qualités chez l'élève. Ou plutôt c'est par la comparaison de l'reuvre, si supérieure à tous égards, de Raphaël avec celle du Pérugin, que nous découvrons des défauts là où, sans ce parallèle, nous n'eussions peut-être reconnu que les mérites propres au vieux chef de l'École ombrienne. Quelle candeur et quelle modestie dans la figure de la A'ierge! Le mouvement par lequel elle présente sa main au grand prêtre suffirait à lui seul pour montrer que nous avons affaire à un peintre de race, observateur et poète. Les compagnes de Marie sont les dignes sœurs de ces Florentines dont Domenico Ghirlandajo a peuplé le chceur de Santa-Maria Novella. Leur élégance, leur distinction, ne sont pas moindres. Il n'v a plus rien d'ombrien dans ce groupe si vivant et si pittoresque. Par contre, l'inHuence de l'P^cole se fait encore sentir dans les figures des rivaux de saint Joseph : les têtes n'ont ni assez de fermeté ni assez de caractère. C'est que Raphaël, par tempérament autant que par éducation, est arrivé à l'expression de la beauté féminine longtemps avant de savoir traduire les qualités propres à l'homme, la force et la fierté. Il semble être venu au monde pour peindre des madones et des anges. Ainsi, dès ses premiers essais, se révèle la profonde opposition entre son génie et celui de son rival Michel- Ange, dont les femmes, lorsqu'il lui arrive, par exception, d'en représenter, ont toujours quelque chose de viril. La nature se plaît à de pareils contrastes.
Le fond du Sposaliiio mérite une mention spéciale. Ici encore tout paraît imité du Pérugin, et tout cependant est original. Il n'y a que les artistes supérieurs qui sachent imiter ainsi, avec la certitude de résoudre des problèmes à peine entrevus par leurs prédécesseurs. Oui, on peut l'affirmer, Raphaël a triomphé ici de tous les obstacles. Le paysage, vaste et inondé de lumière, est d'un charme indicible ; un temple polygone, que l'architecte le plus savant n'eût pas désavoué, a pris la place de l'édifice encore hybride du Pérugin : ce temple est un chef-d'œuvre de goiJt, d'élégance; il nous montre la parenté intellectuelle de Raphaël avec son illustre compatriote Bramante.
Le jeune artiste était fier de son <euvre, et il avait raison de l'être. Aussi, tandis que jusqu'alors il avait modestement dissimulé ses initiales ou sa signature, inscrivit-il bravement sur la façade de l'édifice ces
simples mots, si bien faits pour frapper la foule surprise et ravie, qui se pressait devant le nouveau tableau d'autel de l'église Saint-François : Raphaël Vrbinas. MDIIIP.
I. Parmi les ouvraf;cs douteux attribués à cette période de la vie de Raphaël, nous citerons :
La Résurrection; au couvent de la Trinité, k la Gava dei Tirreni, près de Naples.
Portrait d'inconnu; galerie Borghèse, à Rome. Ce portrait représenterait, d'après M. Mo- RF.Li.i, le Pérugin; d'après M. Min(;hf.tti, Pinturicchio. (Voy. le Raffaello de M. Minghetti, p. 49, avec une photographie.)
Ls Supplice de saint Sebastien: collection Chaber, à Montpellier; gravé pour la Société française de gravure.
Les Maries de l'Écriture; sacristie de l'église Saint-Pierre-Majeur, à Pérouse. Ce tableau, attribué à Raphaël par Passavant est la copie d'un tableau du Pérugin, conservé au musée de Marseille (gravé dans la Galette des Beaux-Arts, 18.19, t. IV, p. 21); l'original appartient à la dernière manière du maître (i5i2-i5i7); il est donc postérieur à l'époque à laquelle Raphaël travaillait à Pérouse et ne saurait provenir de sa main. (Voyez Crowe et Cavalcaselle, //is^o/rf" de la Peinture italienne, éd. allem. t. IV, pp. 25i, 255; Blrckhardt et BoDE, Cicérone.)
Carton du Couronnement de la \'ierg-e. Le carton faisait partie autrefois de la collection Wellesley, à Oxford; la peinture, due au Pérugin, se trouve à la Pinacothèque de Pérouse.
Le Sacrifice de Cahi et d'Abcl, chez M. Henri Baseggio, à Rome (attribution de MM. Crowe et Cavalcaselle).
Les Martyrs, chez M. Waters, à Londres; anciennes collections Borghèse, Ottley, Stuart {idem).
Pax vohiscum. (Le Christ nu représenté à mi-corps.) Galerie de Brescia. Portrait d'homme au palais Haussmann.à Hanovre, -\utrefois attribué à Jean Bellin. (/éiVfc»».) Sainte Madeleine et sainte Catherine, chez le duc de Northumberland, à \\n\\ \ck. [Ibidem"^. La Madone Diotalevi. Musée de Berlin.
La Madone Alfani; chez la comtesse Béatrix Fabrizi, à Terni (l'attribution à Raphaël est contestée par MM. Crowe et Cavalcaselle).
K Ti n E D K M A I N
(L'niversilcî d'OxIord.)
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(D'aprl's la restitution de M. Roliault de Fleury.)