‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 54 sur 327 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Voyage de Raphaël à Sienne. — Nouvelle collaboration avec Pinturicchio. — Les fresques de la bibliothèque du Dôme. — Le groupe des Trois Grâces. — • Premier contact avec l'antiquité. — La vieille Ecole de Sienne et le Sodoma. — Le Songe du chevalier.

La période comprise entre les années i5o4 et i5oS est certainement la plus agitée dans la vie de Raphaël. On le trouve tour à tour à Pérouse, à Città di Castello, à Sienne, à. Urbin, à Florence, peut-être aussi à Bologne, puis de nouveau à Pérouse et à Urbin, sans qu'il soit possible de fixer avec certitude la date respective de ces différents voyages. Tantôt, comme à Urbin, le jeune maître prend part à toutes les distractions d'une cour lettrée et brillante; tantôt, comme dans ses nouvelles pérégrinations à travers l'Ombrie, il se livre avec ardeur au travail. Ici c'est par des chefs-d'reuvre qu'il signale son passage; ailleurs il noue de solides amitiés. Si l'on examine son style, le choix de ses sujets, on constate une variété tout aussi grande : histoire sacrée et histoire profane, portraits, tableaux de chevalet et fresques monumentales, il n'est point de genre dans lequel il ne s'essaye. Signorelli, Léonard de Vinci, Frà Bartolommeo, Masaccio, le préoccupent et le do-

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minent presque simultanément; puis il revient tout à coup à la manière du Pérugin. Plus d'une fois l'observateur se sent complètement dérouté et cependant, on peut l'affirmer hautement, à travers ces apparentes contradictions Raphaël n'a pas cessé de grandir et de progresser.

Ces voyages étaient nécessaires pour soustraire le jeune peintre à l'influence de l'Ecole ombrienne, car enfin Raphaël avait mieux à faire que de se vouer, sa vie durant, à la propagation des doctrines du Pérugin! Serait-il devenu le prince des peintres, aurait-il changé la face de l'art, s'il s'était borné à défrayer de tableaux de sainteté les couvents de Pérouse et de Città di Castello? Une évolution était indispensable : elle se rit sans secousse, sans précipitation, avec la mesure, la modération qui caractérisent cette nature si admirablement pondérée. « Raphaël, ainsi que l'a dit avec raison un juge délicat, M. Charles Clément, se transforme sans parti pris, à mesure que l'âge et les circonstances moditient ses impressions '. » Admirateur sincère de l'École ombrienne, il lui reste fidèle, non seulement assez longtemps pour s'initier à tous ses secrets, mais encore assez longtemps pour faire faire à cette F^cole un pas gigantesque, et lui imprimer sa consécration définitive. Puis, sentant qu'il est appelé à de plus hautes destinées, il s'enrôle sous un autre drapeau, non sans garder toujours un souvenir affectueux à ses anciens compagnons d'armes.

La date du séjour de Raphaël à Sienne n'est pas connue. On sait seulement que Pinturicchio , sur l'invitation duquel Raphaël semble avoir entrepris ce voyage, consacra plusieurs années, entre ibo3 et i5ob, à l'exécution des fresques dont le cardinal François Piccolomini l'avait chargé d'orner la bibliothèque de la cathédrale -. En \ bo3, il commença et termina la décoration de la voûte. Quant à la décoration des parois, il ne s'en occupa vraisemblablement qu'à partir de i 504. C'est pendant

1. Michel-Ange, Léonard de Vinci, Raphaël, 4'' cdit. Paris, 1H7S, p. 2t]~.

2. Le texte du contrat conclu entre le cardinal et Je peintre nous a été conservé. Ici encore il est nécessaire de rapporter les dispositions principales de l'acte : en nous permettant de nous rendre compte des conditions matérielles dans lesquelles l'œuvre d'art prenait naissance, elles nous aideront à pénétrer dans le vif de la production artistique de l'époque. Pinturicchio s'y engage à orner de grotesques la voûte de la bibliothèque (a la foggia et disegni che oggi si chiamano grottesche); il promet en outre de dessiner lui-même, soit les cartons, soit les fresques, et de peindre de sa propre main toutes les tètes. Le contrat détermine également la place des armoiries du cardinal; il rixe k dix le nombre des compositions destinées à illustrer la vie de Pie II. il impose enrin à l'artiste l'obligation d'employer de l'or, du bleu d'outremer, du vert d'azur de bonne qualité, de peindre à fresque et de retoucher à sec. Pour cet immense travail il lui est alloué une somme totale de 1000 ducats d'or (5o 000 francs environ), sur laquelle 200 ducats doivent être consacrés à l'achat de couleurs. Le blé, l'huile et le vin dont Pinturicchio aura besoin pour sa consommation lui seront fournis, par le régisseur du cardinal, au prix du jour; la valeur de ces fournitures sera déduite du prix des peintures Quant au logement, le cardinal se charge de le fournir gratuitement.

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