‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 69 sur 327 · LE SAINT MICHEL DU LOUVRE · texte numérisé non relu

LE SAINT MICHEL DU LOUVRE

fut tombé à terre, entièrement consumé, la cendre se rapprocha d'ellemême et forma de nouveau un corps comme le premier. »

La critique est heureuse de constater l'admiration professée par Raphaël pour l'auteur de la Divine Comédie, mais elle doit faire observer qu'ici, comme dans beaucoup d'autres circonstances, le poète a été loin d'exercer sur ses imitateurs une influence bienfaisante. Entendons-nous: il s'agit des artistes qui, comme Giotto, Orcagna et leur école, ont traduit en peinture les visions de Dante, surtout son Enfer, en s'attachant à la lettre même de ses descriptions, non à l'esprit qui anime ces pages sublimes. Ils sont arrivés ainsi à reproduire, avec une fidélité désespérante, les neuf cercles concentriques, à leur tour subdivisés en degrés, le Lucifer à triple gueule, les supplices les plus raffinés, sans se demander si ces conceptions avaient des racines suffisamment profondes dans les croyances populaires, ou bien si elles pouvaient former le point de départ d'une composition vraiment plastique. Ces emprunts, dont notre époque abuse, plus encore que le moyen âge, portent rarement bonheur. C'est une tâche ingrate que de s'ingénier à faire passer les idées ou les images du domaine de la littérature dans celui de l'art, surtout lorsqu'elles présentent un caractère aussi éminemment personnel, aussi compliqué, que celles du poète florentin. L'artiste est gêné à chaque instant par la nécessité de se conformer à un programme conçu en vue de la poésie, non en vue de la peinture. Au lieu de songer à renouveler le sujet par les ressources que lui fournit sa propre imagination, par celles que lui offre la tradition populaire, il met toute sa gloire à passer pour un imitateur fidèle. L'inspiration tarit, l'essor se paralyse, et le public reste froid devant une œuvre dans laquelle il ne reconnaît plus la passion, la verve qui lui faisaient chérir l'artiste. Le Saisit Michel de Raphaël en est une preuve. Tout entiers au spectacle de la lutte de l'archange avec le démon, qu'avons-nous à faire de ces réminiscences étrangères au sujet, ces hypocrites couverts de chapes de plomb, ces voleurs dévorés par les serpents, ces monstres dignes du pinceau d'un Breughel? Aurions-nous même compris ces allégories, si le consciencieux Passavant n'avait songé à rapprocher la Dii'ine Comédie du tableau de Raphaël, et ne nous avait ainsi restitué la clef de l'énigme?

Dans une étude ingénieuse, M. Schmarsow a cherché à établir qu'un troisième tableau, offrant une étroite parenté avec les précédents, le Saint Geors^es à la lance, du musée de l'Ermitage, avait pris naissance vers cette même époque, voire un peu plus tôt, et non en i5o6, comme on l'admettait universellement. M. Schmarsow se fonde sur ce fait que

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