‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 74 sur 327 · Rapliacl et l'antiquité, t. I, pp · texte numérisé non relu

Rapliacl et l'antiquité, t. I, pp

2. Annuaire des musées de Berlin, t. III, pp. 2r)()-27i. Voy., ci-dessus, les gravures Jes pages 142-143.

Léonard de \'iiici et la statue de Francesco S/orja; Paris, 1879, p. '3 i .

LA RENAISSANCE FLORENTINE ET L'ANTIQUITE. iSj

mème motif — et sur ce point je suis ravi de me trouver d'accord avec M. Grimm — a servi plus tard à Raphaël pour son Jugement de Salomon, dans la chambre de la Signature.

Comparé aux innombrables emprunts faits par Raphaël à l'antiquitc' pendant son séjour à Rome, ce butin paraît maigre, et l'on pourrait être tenté de révoquer en doute l'action exercée a ce moment sur le jeune peintre par l'art des Grecs et des Romains.

Pour apprécier ses tendances, il nous faut jeter un coup d'œil en arrière et examiner l'attitude prise par la première Renaissance en face de l'antiquité. Une étude impartiale des faits modifiera, nous en sommes convaincu, les opinions reçues à cet égard.

Lors de l'arrivée de Raphaël à Florence, il y avait près d'un siècle que l'antiquité païenne-, grâce aux efforts de Brunellesco, dé Donatello, et aussi de Ghiberti, avait été rétablie dans ses droits. Architectes, peintres et sculpteurs s'appliquaient sans relâche à retrouver les règles qui avaient guidé leurs glorieux prédécesseurs d'Athènes et de Rome. Mais on se tromperait en croyant que la première Renaissance se considérât comme astreinte à une imitation servile, et qu'elle commit à cet égard l'erreur qui devint si fatale au siècle suivant. Ghiberti pouvait, dans ses portes, copier la tète d'une divinité païenne, se servir de motifs de costumes ou d'ornements empruntés à quelque bas-relief romain, sans cesser d'être un artiste foncièrement chrétien. Pour pousser plus loin le culte de l'antiquité, Donatello n'en tenait pas moins à son indépendance. Si ses médaillons du palais des Médicis sont des reproductions exactes de camées grecs ou romains; si tel de ses bas-reliefs peut faire illusion par son extrême ressemblance avec les modèles anciens, dans ses deux David, dans son Saint Georges, dans les statues du Campanile, le naturalisme reprend tous ses droits : le maître y montre une liberté de conception et de facture que les novateurs les plus hardis n'ont pas dépassée depuis. Il en fut de cet artiste prodigieux comme de Giotto, de Brunellesco, de Masaccio, des frères Van Eyck : il surpassa non seulement ses contemporains, mais encore les générations qui le suivirent. En comparant les productions de ses successeurs aux siennes, on croit même assister à une sorte de recul. Desiderio da Settignano, les délia Robbia, Mino da Fiesole, sont bien moins près de l'antiquité. Verrocchio, PoUajuolo, tout en faisant un pas de plus, hésitent encore. Il nous faudra aller jusqu'au commencement du seizième siècle pour voir ériger en principe, dans la sculpture, l'imitation des modèles classiques.

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